Un camping, une cantine couverte... Dans le Cantal, le moulin de Gaspard entame sa mue
Difficile de parler d’ambition, tant le mot colle mal à la peau des lieux comme de ceux qui l’animent, qui se veulent tout en modestie, en bons colibris. Mais il n’empêche : le moulin de Gaspard a déjà bien évolué, cinq ans après sa création.
Pari réussiQuand, alors, pas grand monde ne pariait sur un succès de Sébastien, et de sa guinguette, au milieu d’un hameau de la Chapelle d’Alagnon.
Pourtant, le projet n’était pas si fou que ça, puisqu’on ne faisait que recréer ce qui avait déjà existé : un lieu de vie dans un village. Avant, à Gaspard, il y avait un bar.
Mais grâce à ses talents de cuisinier, au lieu, à l’ambiance qui s’en dégage, comme à une programmation culturelle novatrice et éclectique, l’endroit a séduit de plus en plus de monde. "Le moulin de Gaspard a fédéré, apprécie Gwendoline. Une population de néo, mais pas seulement. Il y a des gens vraiment du cru qui viennent. Ça prend du temps, au début ils jetaient un regard en coin depuis le pont en voyant que la pelouse du parking était pas tondue, ça cassait un peu leurs codes… et puis ils sont venus, ils ont trouvé le lieu sympa, les plats bons et différents…"
Une zone à recyclerAinsi assis sur de bonnes bases, Gaspard a pu voir plus loin. Et cette année, le moulin a opéré une vraie mue. En ouvrant d’abord, dès le début d’année, Lazar, une zone à recycler et une friperie où les vêtements se vendent au kilo. "L’idée c’est de donner une nouvelle vie à des objets, et si possible de raconter leur histoire d’avant, détaille Maëlle, illustrant son propos en prenant un sèche-cheveux assorti d’une notice “a appartenu à un élève de CAP coiffure qui l’a oublié dans le train en 2017”". "On prend les objets au cas par cas, poursuit Sébastien. On refuse les dépôts sauvages, comme les arrivées massives, parce qu’on ne veut pas se laisser déborder, on a d’autres choses à faire." Et l’espace devrait encore évoluer, en accueillant une matériauthèque, "et un service de prêt d’outil après adhésion, toujours dans cette idée de réemploi, et pour permettre aux gens d’acheter le minimum de choses".
Un campingPlus haut, un autre espace vient d’ouvrir, après un hiver de terrassement et d’aménagement : un camping. Avec quatre emplacements pour des tentes, plus deux pouvant accueillir des vans sans électricité, et une yourte dortoir, "notre hébergement insolite", sourit Gwendoline. Avant que Maëlle ne complète, plus sérieusement :
l’idée, ce n’est pas de concurrencer les campings existant alentours, mais de proposer quelque chose de différent. Du camping à l’ancienne, qu’une famille peut se payer sans trop dépenser, dans un cadre joli.
"Un cadre qu’on apprend à aimer et respecter, embraye Sébastien. On va mettre des petits panneaux explicatifs sur la flore, la faune. Il y a une couleuvre qui habite ici, les gens ne doivent pas prendre peur."
Un jardinForcément, avec toutes ces nouveautés, le jardin en contrebas n’est pas tiré au cordeau. "On a dû un peu le laisser de côté, mais ça fait un espace de biodiversité, sourit Sébastien. On fait quelques récoltes quand même. Et on va bientôt s’y atteler." Car en plus de servir à la cuisine et au bar, les fruits, fleurs et légumes seront, à terme, commercialisés. "On voudrait ouvrir une petite épicerie, avec nos sirops, nos confitures, les produits non transformés…"
Une cantine couverteLes plans de la future cantineMais avant cela, il y a le grand projet. "C’est quand même le côté guingette qui fait vivre l’endroit, avance Gwendoline. Et pour l’instant, on se heurte au fait qu’on ne puisse ouvrir que l’été, et aux aléas de la météo." Un espace de restauration couvert, et tout en verre (de récupération, évidemment) est donc en chantier.
L’idée, ce n’est pas de faire un restaurant classique, plus une cantine où on mange bien et sain
prévient Sébastien. Objectif : ouvrir le lieu pour le réveillon. Mais s’ils sont désormais huit dans cette aventure collective (voir par ailleurs), ils en appellent à la générosité générale pour concrétiser le projet. Avec des contreparties allant d’un bouquet de menthe à une semaine de vacance annuelle et à vie dans les lieux. Des lieux qui petit à petit prennent des allures de véritable “resort”, "oui mais un resort différent, peu cher et populaire", rigole et tempère Sébastien.
Le lien pour participer au financement participatif.
Yann Bayssat