Immobilier imbattable et taux de chlorophylle record : 300.000 arbres pour 13.000 habitants à Guéret
Le rapport fait toujours sourire : la Creuse compte quatre fois plus de vaches que d’habitants. Tout aussi durable est cette proportion propre à la ville de Guéret, chef-lieu du département : 300.000 arbres pour 13.000 habitants. Le territoire communal détient près de 600 hectares de la forêt domaniale de Chabrières, qui couvre les puys au sud de la ville sur 2.000 hectares. La forêt a procuré naguère une belle rente à la capitale de la Marche. Aujourd’hui, c’est une évidence : moins seront débités les hêtres moussus des Monts de Guéret, plus ce capital naturel est susceptible de verser des intérêts.
Une maison familiale de plus de 100 mètres carrés , avec jardin, pour moins de 100.000 eurosEn ce pays de granite, la pierre offre pour le moment de maigres plus-values : « En ville, les biens se vendent en moyenne entre 700 et 1.000 euros le mètre carré », situe Thierry Bailliet, gérant de l’agence Pommeil immobilière. On peut trouver sans difficulté une maison « familiale » de plus de 100 mètres carrés, avec jardin, au cœur de Guéret, pour moins de 100.000 euros. Il faut aller à Vierzon ou à Hirson (Aisne) pour tomber sur une ville moyenne aussi bon marché. Nulle désindustrialisation tragique n’explique ces tarifs qui tutoient le plancher des vaches. Seul le fin fond des campagnes les plus oubliées offre un accès à la propriété aussi bas.
Les Britanniques, qui ont provoqué une petite bulle immobilière au début des années 2000, préfèrent la campagne creusoise à Guéret. Les Creusois aussi : comme la plupart des petites villes centre, le chef-lieu de la Creuse a subi une érosion démographique en faveur des communes périurbaines. Il y a trois ans, Sophie et son mari ont pu acheter une « maison creusoise traditionnelle en pierre » au pied du puy de Gaudy (653 mètres), la haute colline qui domine l’est de la ville.
Vivre en pleine nature, à cinq minutes du centre-ville et sans banlieue à traverserLa petite famille a passé le confinement sans trop tourner en rond dans « 4.000 m² de jardin ». Sophie a acquis pour 120.000 euros son petit bout de Creuse typique : « Il y avait des travaux à faire mais rien d’insurmontable. Et je suis à 6 minutes en voiture de mon boulot. »
LA CREUSE VUE du CIEL, avec le concours de l'aéroclub de la Creuse. Photos Floris Bressy Sans banlieue à traverser qui plus est : Guéret n’est pas léché par les vagues de l’océan mais littéralement par la forêt et les prairies bocagères. Il y a bien quelques lotissements ici ou là. Julie et Quentin savaient qu’ils n’y trouveraient pas leur bonheur : « On cherchait un grand terrain dans un environnement préservé. » Ils ont déniché un pré constructible de 3.500 m² cernés de haies et sans mitoyenneté, à 5 minutes de Guéret, et y ont bâti leur maison écologique : « Avec la viabilisation, on a payé ce terrain 15.000 euros », se réjouit Julie, qui vient d’emménager.
illustration de guéret Sophie ne cache pas que d’autres attraits que cette généreuse nature ont joué dans son choix : « On paye 600 euros seulement de foncier et 300 euros de taxe d’habitation » .
Le processus de transfert des charges de centralité de Guéret vers la communauté d’agglomération n’est pas achevé. Cela dit, qu’ils dépendent de l’« agglo » ou de la ville, les tarifs d’accès à la plupart des équipements culturels ou sportifs sont très bas, voire gratuits. Une aubaine pour les familles.
Un budget loisirs qui reste très raisonnableLe pays de Guéret a d'ailleurs établi une stratégie d’accueil de familles fuyant les métropoles. L’un des points forts du territoire est l’accès aux loisirs, dont profitent les familles modestes ou moyennes. Cerise, 9 ans, pratique le hip-hop, la danse classique, le modern’ jazz et le basket. Son grand frère Tom, 13 ans, fait du hand-ball, leurs parents fréquentent chaque semaine une salle de sports associative. Sylvie pratique aussi la danse et Vincent la pétanque… Cette famille guérétoise a de l’énergie à revendre mais, surtout, ne se limite pas pour des raisons de budget. Sylvie, friande de bons plans, l’assure : « Les adhésions à l’année sont très raisonnables. Et pour les vacances, les enfants profitent de tickets sports» .
« On a une ville qui dégage une atmosphère très sécurisante, dans un très beau cadre naturel, avec de bonnes infrastructures pour les loisirs. Ce qu’on vend, c’est cet excellent rapport qualité-prix »,
Le gérant de Pommeil immobilier ne sait plus ou donner de la tête depuis le 11 mai : « J’ai des demandes de gens de la région parisienne et du sud-est. Les maisons partent beaucoup plus vite que l’année dernière. » illustration de guéret Sur les flancs des collines de Grancher et de Pommeil, des maisons de caractère alternent avec des pavillons plus récents en offrant à la fois un beau point de vue et un accès direct au centre-ville : « Mon jardin est en lisière de bois et je descends au Monoprix à pied », s’étonne encore une néo-Creusoise, débarquée de région parisienne.
À l’ouest du centre-ville, ces « aménités », comme disent les urbanistes, sont complétées par un accès direct à la base de loisirs de Courtille, point de départ des sentiers du massif du Maupuy (680 mètres) et de la station de sports nature des Monts de Guéret.
Au beau milieu de ces tentations vertes et sportives, le cœur historique, très minéral, affiche une petite forme. L’opération « Cœur de ville » en cours prévoit de réhabiliter l’habitat du quartier piétonnier. C’est possible, pour le gérant de Pommeil immobilier : « Il y a déjà le cachet, il faut proposer de beaux appartements. Ce qui nous manque, c’est un peu de clinquant ! » Les promoteurs de l’opération envisagent de courtiser les seniors lassés par l’interminable tonte des pelouses creusoises.
LA CREUSE VUE du CIEL, avec le concours de l'aéroclub de la Creuse. Photos Floris Bressy
Julien Rapegno