Présidentielle: les adhérents LR donnent un coup d'accélérateur à la campagne de Retailleau
Cette large victoire avec 73,8% des votants apporte certes de la légitimité au patron de LR, qui s'est lancé dans la présidentielle en février avant la consultation. Mais la participation de 60%, avec près de 45.000 votants, ne tue pas pour autant dans l'oeuf l'idée d'une primaire ouverte à l'automne pour désigner un unique champion pour la droite et le centre.
Ce résultat était attendu: le match était d'autant plus plié qu'aucun rival n'avait émis le souhait de croiser le fer avec l'ancien ministre de l'Intérieur, qui avait conquis la présidence du parti il y a un an à peine avec le soutien de 75% des adhérents face à Laurent Wauquiez.
A l'époque ce duel avait fait monter le nombre d'adhérents à plus de 120.000, mais ils n'étaient que quelque 76.000 cette fois-ci.
"Je leur promets désormais d’aller jusqu’au bout pour faire gagner nos idées", a écrit sur X le Vendéen, promettant d'être un candidat de "rassemblement" et "dans un an, le président du relèvement de la France".
Avec ce score, "le débat est tranché au sein de LR", assure un dirigeant du parti qui se félicite que son parti soit pour l'instant le seul à droite à avoir consulté ses membres sur la présidentielle.
Même si les sondages le donnent largement derrière l'ancien Premier ministre Edouard Philippe, le président du parti n'en démord pas: "nos courbes se croiseront à l'automne", assure-t-il, convaincu que les Français sont lassés du "en même temps" et ne sont pas disposés à reconduire "un macroniste" à l'Elysée l'an prochain.
Soucieux de prendre ses distances, il répète à l'envi qu'il a été "un ministre de cohabitation" pendant son année passée à Beauvau dans les gouvernements de Michel Barnier et François Bayrou.
Mettant en avant son expérience, Bruno Retailleau, 65 ans, se dit aussi persuadé d'être le mieux placé pour battre au second tour Jordan Bardella si la justice met définitivement hors course Marine Le Pen en juillet.
Son entourage confirme sa volonté de ramener au bercail les électeurs LR partis au Rassemblement national.
Une ambition qui fait sourire l'Union des droites pour la République (UDR), le parti d'Eric Ciotti, l'ancien patron de LR qui s'est allié au RN il y a deux ans et qui s'efforce de ravir les électeurs des Républicains.
"Pour cette consultation, les LR ont mobilisé les quelques adhérents qu'il leur reste et qu'ils trahiront une fois de plus", ironise l'un de leurs députés.
Des soutiens discrets
Sa nomination par les LR ne fera pas taire ses rivaux pour autant: Laurent Wauquiez, partisan d'une primaire ouverte qui irait du macroniste "Gérald Darmanin à Sarah Knafo" du parti d'extrême droite Reconquête, a voté blanc et dénoncé "un jeu de dupes".
Chez les ténors du parti, qui ont soutenu l'an dernier Bruno Retailleau face à Laurent Wauquiez, beaucoup grincent des dents.
Si Jean-François Copé a pointé une "participation très faible", le libéral David Lisnard, qui a claqué récemment la porte du parti, a estimé que la droite se trouvait dans "une impasse" et réitéré son appel à une primaire ouverte.
Même embarras chez Michel Barnier, l'ex-Premier ministre défend l'idée d'un conclave pour désigner un candidat unique au sein de la droite et du centre.
Et à quelques heures de la proclamation des résultats dimanche, il a dit se sentir lui-même "capable d'être président de la République", donnant rendez-vous à l'automne, à l'heure où le foisonnement des candidatures devra se décanter.
Pas question d'attendre pour Bruno Retailleau, poussé par son entourage à "accélérer". "Nous sommes outsiders et il nous faut marquer des points", explique un proche qui plaide pour que le patron de LR constitue dès cette semaine son équipe de campagne.
Au cours des prochaines semaines, Bruno Retailleau continuera à décliner son programme, en égrenant ses propositions sur les institutions, ou la famille.
L'eurodéputée Nadine Morano a plaidé pour sa part pour un "tandem" entre le patron de LR et l'ancien ministre François Baroin.