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Adolf Hitler était-il fou ? La thèse de l’historien Claude Quétel

Depuis sa mort, le 30 avril 1945, dans son bunker, psychiatres, psychanalystes et historiens n'ont cessé d'ausculter la personnalité d'Adolf Hitler. Diagnostiqué schizophrène par plusieurs spécialistes, d'aucuns lui ont prêté en outre une paranoïa sévère associée à des troubles de la personnalité. D’autres encore ont insisté sur son instabilité émotionnelle et ses accès de colère, validant l'hypothèse d'une psychopathie voire d'une personnalité borderline. Autant d'éléments qui, naturellement, poussent à s'interroger : à quel point cette composition psychique a-t-elle pesé dans sa vie et, par ricochet, dans le cours de l'Histoire ? Celle-ci rendait-elle inéluctable ce qui demeure encore, 82 ans après sa mort, comme l'un des plus grands traumatismes du Vieux Continent ?

Pour comprendre comment celui qui se destinait à une médiocre carrière d'artiste-peintre a fini par devenir le chef d'orchestre du plus grand génocide du XXe siècle, Claude Quétel prend l'audacieux parti, dans une biographie intitulée Hitler* et publiée aux éditions Perrin, d'extirper le personnage de son décor. Du jeune paresseux chétif qui frôle la clochardise au leader politique capable d'envouter les foules, l'historien spécialiste de la psyché nous promène dans la vie paradoxalement méconnue de Führer. Entretien.

Pour comprendre un individu, les psychiatres et psychologues commencent le plus souvent par l’enfance. Celle de Hitler explique-t-elle quelque chose, ou faut-il se méfier de l’idée trop commode selon laquelle "tout était déjà là" ?

Lorsqu'on se penche sur l’enfance de Hitler, il faut se garder des explications trop faciles. On aimerait pouvoir dire qu’il a été un enfant martyr, battu, profondément traumatisé - ce qui permettrait d’expliquer plus simplement la suite. Mais ce n’est pas le cas. Son enfance est, au fond, assez ordinaire. Sa famille n’est pas particulièrement toxique, du moins pas plus que beaucoup d’autres à l’époque. C’est une famille modeste, un peu chaotique, recomposée, mais rien qui suffise à expliquer, à lui seul, ce qu’il deviendra.

Ce qui frappe davantage, c’est autre chose : Hitler est un enfant paresseux, peu travailleur, malgré des capacités réelles. Il est en outre très choyé par sa mère qui tend à excuser ses échecs scolaires, son manque de discipline, son absence d’effort. Hitler grandit ainsi dans une forme de décalage entre ce qu’il est réellement et l’image qu’il se fait de lui-même.

Et cette illusion, il la conserve même lorsqu’il est au bord de la clochardisation à Vienne - période oubliée de sa vie que vous restituez en détails dans votre ouvrage…

Oui, absolument. Il faut comprendre qu’il existe plusieurs formes d’échec : il y a ceux qui savent qu’ils ont échoué, ceux qui l’ignorent… et ceux qui, malgré l’échec, se croient supérieurs. Hitler appartient clairement à cette dernière catégorie. Il vit son échec - notamment artistique - comme une injustice. S’il n’a pas réussi, ce n’est pas par manque de talent, pense-t-il, mais parce qu’on n’a pas su reconnaître sa valeur. Il continue donc à se percevoir comme un artiste, alors même que ses productions sont médiocres.

Il se voit d'ailleurs recalé par deux fois de l'école des beaux-arts de Vienne. Le ressentiment est-il une clé majeure pour comprendre Hitler ?

Oui très probablement. Hitler n'est pas dénué de talent pour le dessin ; le problème, c'est qu'il ne le travaille pas. Le dessin ne sera pas pour lui un travail d’artiste au sens plein, mais plutôt un moyen de subsistance. Il survit en vendant de petites aquarelles, souvent des copies de cartes postales ou de monuments. Il ne fait que reproduire, il ne crée pas véritablement.

Contrairement à ce qu’on a parfois dit, ce n’est pas un autodidacte au sens exigeant du terme : il ne s’impose par exemple pas de discipline. C’est surtout un lecteur de journaux et de brochures. Mais il possède une mémoire remarquable, et il va absorber, sans véritable esprit critique, les idées qui circulent dans la Vienne de l’époque – notamment celles des milieux nationalistes et antisémites. C’est dans ce contexte, fait d’errance, de paresse et de lectures fragmentaires, qu’il commence à forger sa vision du monde.

Son antisémitisme ne vient donc pas du berceau familial ?

Sa famille n’est pas le lieu où se construit son antisémitisme. C’est un milieu modeste, peu cultivé, mais pas particulièrement marqué idéologiquement. Son père est employé des douanes, donc la famille n’est pas dans la misère matérielle, mais elle est très pauvre sur le plan intellectuel et culturel. Rien, dans ce cadre familial, ne permet de parler d’un antisémitisme structuré ou théorisé. Bien sûr, l’antisémitisme est déjà largement répandu dans l’Autriche et l’Allemagne de l’époque, mais ce n’est pas là qu’Hitler en reçoit une forme doctrinale.

C’est à Vienne que les choses se cristallisent. À travers ses lectures et les conférences auxquelles il assiste, il s’imprègne des idées en vogue dans certains milieux nationalistes et völkisch. Il y trouve une vision du monde simplifiée et radicale, fondée sur l’opposition entre deux "races" : d’un côté un peuple supposé supérieur, de l’autre un ennemi désigné comme corrupteur.

Est-il sincèrement convaincu par ces théories pangermanistes et antisémites ou les utilisent-ils comme un instrument politique dans un climat où l'antisémitisme a le vent en poupe ?

Lorsqu'il les découvre, il n'a encore aucun projet politique en vue ; donc il s'agit là de véritables convictions - qui néanmoins, ne s’inscrivent pas encore dans une démarche d’action - qui se forgent d’autant plus facilement qu’il commence à avoir le sentiment d’être un homme en échec. Or, en face à l’échec, il est toujours plus simple d’accuser des responsables extérieurs que de se remettre en cause. L’antisémitisme offre précisément cela : une explication simple, commode, qui désigne un coupable. Cela dit, il ne faut pas non plus simplifier à l’excès. Par exemple, rien ne permet de dire qu’il établit un lien direct entre son échec aux Beaux-Arts et les Juifs.

La guerre lui a donné l'occasion de changer de vie

Sa vie à Vienne, malgré la précarité, ne lui déplaît pas forcément. On est face à un homme sans véritable ambition définie. À ce stade, son horizon est ailleurs : il veut vivre en Allemagne, qu’il considère comme sa véritable patrie. Il reste un marginal qui survit de petits travaux, sans réelle discipline ni ambition artistique. C’est la guerre qui va constituer un tournant décisif. Elle lui offre à la fois une possibilité de changer de vie et de s’inscrire concrètement dans la nation allemande. Il s’engage alors comme simple soldat - non pas forcément avec exaltation, mais parce que cela correspond à ses convictions pangermanistes et à une forme d’opportunité personnelle.

Toutes ces théories raciales, antisémites, eugénistes dont il s'imbibe à Vienne dans sa vingtaine existaient avant lui, en Europe comme aux Etats-Unis. Qu'est-ce qui peut expliquer que ce soit lui, et pas un autre, qui les transforme en projet politique concret ?

Sa personnalité a évidemment joué un rôle. Dès le début du XXe siècle, ses contemporains le décrivent comme un être apathique et misanthrope. Mais le tournant pour Hitler, se produit après la Première Guerre mondiale. La défaite et l’armistice constituent pour lui un traumatisme profond. C’est à ce moment-là qu’il radicalise ses convictions. Comme beaucoup d’Allemands, il cherche des responsables à l’effondrement du pays. Et il adopte pleinement le mythe de la "trahison" : pour lui, la défaite est le résultat d’un complot, dont les Juifs seraient les principaux responsables. Cette idée devient un thème central de son discours. Ce basculement intervient aussi dans un moment où l’Allemagne traverse une série de crises majeures : défaite de 1918, inflation, humiliation du traité de Versailles, puis crise économique et chômage de masse après 1929.

Dans un tel climat, son discours trouve une résonance exceptionnelle. Son succès le conforte dans l’idée qu’il a une mission : redresser l’Allemagne, effacer l’humiliation du traité de Versailles, désigner des responsables – notamment les Juifs – et "purifier" le pays. Cette dimension quasi messianique lui donne le sentiment d'être un homme choisi, guidé par une forme de Providence. Ce qui fait la différence, ce n’est pas l’originalité de ses idées ni son profil pris isolément, mais leur combinaison avec un contexte de crise, une radicalisation personnelle et un talent oratoire qui lui permet de transformer une idéologie diffuse en projet politique mobilisateur.

Hitler serait donc davantage le produit d'une folie collective que fou lui-même comme d'aucuns l'ont parfois suggéré ?

Hitler présente indéniablement des traits qui peuvent évoquer des formes de pathologie, notamment une forte dimension paranoïaque. Beaucoup de ses contemporains l’ont d’ailleurs perçu comme un homme déséquilibré, excessif, voire "fou furieux". Sa personnalité, son comportement, sa vie affective sur laquelle je reviens dans mon livre... Tout cela le place en marge de la norme. À la toute fin de sa vie, dans le bunker, il semble perdre le sens des réalités. Il donne des ordres à des divisions qui n’existent plus, s’enferme dans une vision totalement déconnectée du réel.

Cela dit, même dans ces derniers moments, il ne délire pas au sens psychiatrique du terme : il reste cohérent avec lui-même. Cela me pousse à penser qu'Hitler, en dépit de toutes ces nervosités, demeure responsable de ses actes : la veille de sa mort, dans son testament politique, il réaffirme encore que le principal ennemi est le Juif. Il ne sombre donc pas dans une folie incohérente. Au contraire, il pousse jusqu’au bout la logique qui a structuré toute sa vie.

La Seconde Guerre mondiale, le génocide des Juifs et les millions de morts ne sont donc pas une sorte d’accident historique, lié à un individu exceptionnellement dérangé. Tout cela s’inscrit dans une histoire, dans une société, dans des idées largement partagées. Par ailleurs, dire qu’Hitler est fou revient à faire croire que ce qu’il a fait ne peut pas se reproduire. Or, c'est hélas tout à fait possible dans la mesure où ces événements dramatiques reposent sur des mécanismed humains et collectifs.

Certains, comme Eric-Emmanuel Schmitt dans sa biographie uchronique La Part de l’autre, imaginent qu’un simple événement, comme sa réussite à l'examen d'entrée aux Beaux-Arts de Vienne, aurait pu changer complètement le destin de Hitler, et de par la même occasion, celui du monde...

C’est toute la question du déterminisme en Histoire. Est-ce qu’un destin est écrit d’avance ? Personnellement, je ne le crois pas. Je crois beaucoup plus au hasard. La trajectoire de Hitler se construit par une succession de coups de hasard. Le premier, c’est la mort prématurée de son père : s’il avait vécu, il l’aurait probablement envoyé en apprentissage. Le deuxième, c’est son échec aux Beaux-Arts de Vienne. S’il avait été reçu, je ne pense pas qu’il serait devenu le grand artiste imaginé par Eric-Emmanuel Schmitt dans La Part de l’autre. Il aurait sans doute eu une carrière honnête, peut-être comme décorateur à l’opéra de Vienne, mais certainement pas un destin exceptionnel.

Puis les hasards se succèdent : sa rencontre avec le capitaine Mayr, qui lui permet de découvrir et d’exploiter son talent oratoire ; puis, plus tard, après l’échec du putsch de Munich, le fait qu’il ne soit pas renvoyé en Autriche, alors que le directeur de la police de Bavière le réclamait. Bref, à chaque fois, il y a des bifurcations possibles. Si l’un de ces événements avait tourné autrement, il n’y aurait peut-être pas eu de Hitler tel que nous le connaissons, pas de Seconde Guerre mondiale, pas de génocide des Juifs. Pour moi, son parcours n’était donc pas inévitable. Il tient moins du destin que d’une série de circonstances, de hasards et d’occasions saisies.

*Hitler, par Claude Quétel. Perrin, 400 p., 22 €.

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