A la tête de l'agence sanitaire américaine, Donald Trump choisit une pro-vaccins face à Kennedy
C'est un signal délicat pour Robert Kennedy Jr. et les partisans de son mouvement inspiré du trumpisme : Make America Healthy Again (Maha). Des mois durant, les Centers for Disease Control and Prevention, principale agence sanitaire américaine, traversent une profonde crise de gouvernance. Instabilité de la direction, tensions sur la politique vaccinale, perte de confiance du public : l'institution peine à retrouver son cap. Ce jeudi 16 avril, Donald Trump a choisi la docteure Erica Schwartz pour diriger l'agence. Si sa nomination est confirmée par le Sénat, la médecin qui a affiché son soutien aux vaccins, deviendrait la quatrième cheffe de l'institution en un peu plus d'un an.
Pour annoncer la nouvelle, Donald Trump s'est emparé de son téléphone. "Elle [Erica Schwartz] est une star !" s’est-il réjoui sur sa plateforme Truth Social.
Un profil "ancré dans la science"
Ancienne chirurgienne générale adjointe lors du premier mandat de Donald Trump, Erica Schwartz est considérée par plusieurs experts comme une candidate expérimentée, issue d’un profil classique de santé publique. Titulaire de diplômes en génie biomédical, médecine, santé publique et droit, elle s’est à plusieurs reprises exprimée en faveur de la vaccination, qu’elle présente comme un pilier de la prévention, tout en défendant également une approche centrée sur la prévention des maladies chroniques par l’alimentation et l’activité physique — un point qui rejoint certaines priorités de Robert Kennedy Jr.
Dans les colonnes du New York Times, plusieurs experts ont salué la nomination de ce profil jugé "ancré dans la science et le service public. Anne Zink, ancienne responsable sanitaire de l'Alaska, estime que "le pays a besoin de dirigeants enracinés dans la science et l’intérêt public". Même son de cloche du côté chez Brett Giroir, ancien secrétaire adjoint à la Santé et amiral à la retraite : "Ce n’est pas une personne effacée, et elle n’a pas peur de dire la vérité au pouvoir".
À l’inverse, certains proches de Robert Kennedy Jr. ont vivement critiqué cette nomination. L’avocat Aaron Siri, engagé dans plusieurs actions en justice sur les politiques vaccinales, a estimé qu’elle pourrait être "un désastre", pointant son rôle passé dans la mise en œuvre de programmes de vaccination et dans l’application de certaines obligations vaccinales.
"Remettre le CDC sur les rails"
En parallèle, Donald Trump a annoncé la nomination de trois autres responsables pour compléter la direction de l’agence : Sean Slovenski au poste de directeur des opérations, Jennifer Shuford comme directrice médicale, et Sara Brenner en tant que conseillère principale en santé publique. Et ses trois autres membres ne font pas non plus l'unanimité. Interrogé par le New York Times, la docteure proche de Robert Kennedy Jr., Mary Talley Bowden a reproché à Sara Brenner, future conseillère principale en santé publique, d'avoir soutenu les vaccins contre le covid. "J'ai du mal à lui pardonner", a-t-elle avoué.
Ces nominations doivent permettre de stabiliser une institution profondément fragilisée. Erica Schwartz et son équipe devront composer avec une institution sinistrée par des coupes budgétaires, le licenciement du quart de ses effectifs, des attaques à répétitions venues de leur ministre de tutelle, et la défiance grandissante du public à l’égard des vaccins. Interrogé jeudi lors d’une audition parlementaire, le ministre a assuré avoir "hâte" de travailler avec Erica Schwartz, saluant une "équipe extraordinaire" capable selon lui de "remettre le CDC sur les rails".
Cette décision intervient alors que le secrétaire à la Santé, Robert Kennedy Jr., défend des positions très controversées sur les vaccins. Son entourage a cherché à remanier le calendrier vaccinal infantile, en remettant notamment en cause certaines recommandations historiques du CDC et en relançant des débats sur la sécurité vaccinale que la communauté scientifique considère largement tranchés. Le mois dernier, un juge fédéral a estimé que plusieurs modifications apportées par le ministre étaient "arbitraires et capricieuses" et ne reposaient sur aucune preuve scientifique. Début avril, l’administration Trump a choisi de ne pas faire appel de cette décision — un premier signal interprété par certains observateurs comme une volonté de rééquilibrage.
L'ombre des élections de mi-mandat
A l'approche des élections de mi-mandat, le président des Etats-Unis qui peine déjà à défendre son bilan, a finalement choisi de prendre ses distances avec son ministre. Un jeu d'équilibriste pour le chef d'Etat qui espère maintenir sa - maigre - majorité parlementaire. Car lors des élections de 2024, les voix du camp Maha ont été décisives pour son retour à la Maison-Blanche. Un jeu d'autant plus dangereux que cette base électorale a déjà été bousculée cette année. D'abord, le président a pris position pour une entreprise de pesticides que l'entourage de Kennedy Jr. jugeait néfaste pour la santé. Ensuite, les militants républicains ont été heurtés par le rejet par le public de la politique vaccinale du ministre, lui qui détenait autrefois le titre de plus populaire du gouvernement. Jeffrey Klausner, infectiologue et conseiller informel de Robert Kennedy Jr., l’a lui-même reconnu dans le Washington Post : "La majorité des Américains veut des vaccins sûrs et efficaces, et la politique antivax ne fonctionne pas."
Donald Trump tente ainsi de jouer sur les deux tableaux : rassurer les partisans de Kennedy sans rompre avec une approche plus classique de santé publique. Un exercice d’équilibriste politique, alors que le CDC reste l’un des symboles les plus sensibles de la gestion sanitaire américaine.