Près de 60% des journalistes pensent que la réduction des dépenses de communication de l’État est néfaste
Peu après son arrivée à Matignon, Sébastien Lecornu annonçait suspendre jusqu’à la fin de l’année 2025 l’engagement de toute nouvelle dépense de communication par les ministères, les agences et les opérateurs de l’État. Il espérait ainsi pouvoir économiser 50 millions d’euros (M€).
Cette volonté de mieux maîtriser les dépenses de communication de l’État a été réaffirmée dans le budget 2026 avec un objectif, cette fois, de 300 M€ d’économies. Le Premier ministre a précisé qu’étaient particulièrement visées les dépenses de veille média, de sondages, d’achats d’espace, de production de contenus audiovisuels et de supports, d’événementiel, de produits numériques et de relations presse.
Interrogés par l’agence de communication et d’affaires publiques Coriolink, les journalistes critiquent majoritairement cette mesure d’économie : 58% pensent qu’elle aura des répercussions néfastes ; 56% considèrent qu’elle nuit à la qualité de l’information des citoyens et 53% pensent qu’elle affecte la transparence de l’action publique. Ils sont même 60% à craindre une dégradation durable de l’accès à l’information publique.
Quand on leur demande quels sont les domaines qui devraient être préservés et ne pas subir les coupes budgétaires, ce sont, sans grande surprise, les relations presse qui arrivent en tête (46% des répondants), suivies des campagnes de communication auprès du grand public (24%).
En réalité, les journalistes craignent d’avoir à creuser davantage leurs sujets si leurs articles ne sont plus prémâchés par les services de presse ministériels. Ils devraient au contraire se réjouir de ce surcroît de travail, alors qu’ils sont menacés de disparition face à l’intelligence artificielle (IA), plus rapide qu’eux lorsqu’il s’agit de recopier des communiqués de presse.
Ils devraient, en revanche, se mobiliser contre les atteintes régulières à la liberté d’expression de la part du pouvoir macroniste. Ils devraient être vent debout contre l’encadrement des réseaux sociaux souhaité par le président de la République, manifester contre le contrôle inéquitable des médias de la part de l’Autorité de régulation de communication audiovisuelle et numérique (Arcom), s’insurger contre l’Exécutif qui souhaite diffuser une parole officielle, qui ne pourrait être contestée, en matière de santé, d’environnement ou de sciences.
Ces coups de boutoir contre la liberté d’expression – et souvent contre la vérité – sont bien plus inquiétants pour notre démocratie que les quelques millions qui vont manquer aux services de communication des différents ministères.
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