En Corrèze, le projet de réseau d'eau potable de Xaintrie, connecté avec Argentat-sur-Dordogne, ne coule pas de source
Décidément, le projet d’interconnexion avec le réseau d’eau d’Argentat qu’envisage le syndicat du Puy du Bassin pour une entente de neuf communes de Xaintrie (*) ne coule pas de source. À l’appel de l’association Eaux actes citoyens, environ 150 personnes opposées à ces travaux se sont mobilisées samedi 20 janvier après-midi au lieu-dit « Le Péage », où les travaux devraient débuter d’ici fin 2024.
Sur le bord de la RD 980, des messages étaient brandis sur des fourches de tracteurs. « Pas de tuyau ! Pas de monopole de l’eau. Oui aux réseaux municipaux. » Sur une autre pancarte : « Contre la privatisation de notre bien commun ».
Travaux jugés « coûteux » et « inadaptés »D’une seule voix, les familles présentes, retraités ou encore agriculteurs dénoncent un projet « démesuré », « coûteux » et surtout « inadapté ». Celui-ci prévoit, afin d’assurer une pérennisation de la ressource en eau potable, un raccordement au réseau d’Argentat via la construction d’une station, mais surtout d’une conduite d’une dizaine de kilomètres. Via un système de pompes, l’eau pourrait ainsi être remontée via cette canalisation de 250 mm jusqu’au plateau et assurer les administrés de l’eau en abondance après trois années de citernage à Saint-Privat, faute d’eau en plein été. « Ce qui a manqué, c’est 150 m3 et qu’un certain nombre de jours. Là, on nous annonce un projet de 8 M€ avec une capacité de 2.000 m3 jour. C’est totalement surdimensionné ! », estime Anne, l’une des représentantes de l’association opposante.
À ses côtés, une amie, Claude, évoque des ressources déjà présentes et que l’on n’exploite pas : « À Saint-Cirgues-la-Loutre, nous sommes en excédant d’eau mais la suggestion d’interconnexion faite il y a quelques années n’avait pas été retenue. » D’autres s’interrogent sur l’abandon total de l’option de priorisation des captages déjà existants, voire de créer de nouveaux captages sur un secteur riche en eau. « Sur le plateau, nous avons de l’eau de qualité et en abondance. Mais allez comprendre, cette possibilité de chercher des ressources en sous-terrain a été totalement occultée. »
« Moins d’opacité »Si ce chantier est bien prévu entre les neuf communes de Xaintrie et le syndicat des eaux, les opposants sont nombreux à y voir une première phase à un chantier d’une autre ampleur. En effet, la communauté de communes Xaintrie-Val-Dordogne prévoit un raccordement à la Dordogne pour alimenter l’ensemble des communes. Et l’idée d’un réseau mono ressource fait aussi l’objet d’un ferme rejet.
« Imaginez une pollution de la rivière ? Comment ferait-on si la Dordogne devient la seule source d’approvisionnement ? », avance Daniel. La qualité de l’eau, dans cette hypothèse, suscite également des inquiétudes, poursuit-il : « Puiser dans la Dordogne, c’est ce qui a été fait avec la station de Bellovic, à Beaulieu-sur-Dordogne. Et l’eau est tellement traitée qu’elle est proprement imbuvable ! »
Autre motif de ferme opposition, le coût de ce projet, « qui sera forcément répercuté sur la facture des administrés ». Venus nombreux, des agriculteurs, à l’instar de Victor, éleveur, sont eux aussi vent debout notamment pour des raisons économiques. « Une vache, ça boit 100 litres d’eau par jour. Imaginez les agriculteurs qui sont raccordés sur le réseau le prix qu’il va falloir payer pour ce projet… Certains sont autosuffisants, mais pas tous. » Vendredi, l’association doit rencontrer le secrétaire général de la préfecture en espérant faire valoir leurs solutions, dont le recours aux ressources du plateau, et demander « moins d’opacité ».
(*) Saint-Privat, Servières-le-Château, Darazac, Auriac, Rilhac-Xaintrie, Saint-Julien-aux-Bois, Bassignac-le-Haut, Saint-Geniez-ô-Merle et Hautefage.
Julien Bachellerie