"Il veut être l'homme qui rassemble toutes les colères" : pourquoi Mélenchon a adopté la stratégie du clash
Dimanche 3 décembre, le fondateur de La France insoumise (LFI) provoque une nouvelle polémique en qualifiant Ruth Elkrief de « manipulatrice » sur X (ex-Twitter), dans la foulée d’un entretien tendu entre la journaliste et éditorialiste de LCI et le numéro deux de LFI, Manuel Bompard. Clash après clash, Jean-Luc Mélenchon poursuit sa stratégie de conflictualisation. Pourquoi ?"Un discours politique modéré et policé a, de son point de vue, peu de chances de percer médiatiquement, tandis qu’un discours radical et clivant, surtout contre les journalistes, attire l’attention et mobilise l’électorat, analyse le politologue et maître de conférences à l’université Paris II Benjamin Morel. Si celui-ci vient suffisamment aux urnes, il représente une masse critique électorale, qui peut déclencher un effet de vote utile."Pour Philippe Moreau-Chevrolet, consultant en communication et professeur à Sciences Po, "Jean-Luc Mélenchon adopte une méthode à la Trump, classique dans les mouvements populistes. On l’observe un peu partout dans le monde aujourd’hui, des États-Unis à l’Inde en passant par l’Italie ou la Hongrie. Elle consiste à fixer l’agenda médiatique par des réactions violentes sur Twitter. Elle passe par des mises en cause insultantes de personnalités publiques, comme récemment Ruth Elkrief. C’est une technique de communication."
"Il veut fédérer des colères"Selon les deux experts, Jean-Luc Mélenchon vise un duel de second tour à la prochaine présidentielle de 2027 entre Marine Le Pen et lui. Et cette stratégie de conflictualisation en continu doit lui permettre de passer le premier tour. "Il n’espère pas rassembler sur une position consensuelle ou un slogan fédérateur. Il veut fédérer des colères chauffées à blanc, sans nécessairement de rapports entre elles, qui chacune le considéreront comme leur champion […] Il veut être l’homme politique qui rassemble toutes les colères : antivax, pro russes, pro Hamas…", estime Philippe Moreau-Chevrolet."Dans le contexte français actuel, il y a deux grandes réserves électorales, peuplées d’abstentionnistes, qui, s’ils interviennent dans le jeu politique, peuvent profondément rebattre les cartes, décrypte Benjamin Morel. C’est le Rassemblement national, plutôt dans les catégories populaires, le rural, le périurbain ; et Jean-Luc Mélenchon, avec les catégories populaires en banlieue. Si vous mobilisez cette base-là, ça peut faire un score tout à fait honnête […] Mélenchon se positionne donc comme le défenseur des immigrés et des musulmans en banlieue. Bien que cette stratégie ne soit pas absurde, elle est plus clivante dans une optique de second tour pour la présidentielle de 2027, notamment face à Marine Le Pen, ce qui rend une victoire finale très incertaine."
Nicolas Faucon