Malgré sa déficience motrice, une jeune femme s'engage à fond pour son lycée en Creuse
À la voir déambuler, sourire aux lèvres, ce vendredi 17 mars, dans la cour du lycée Delphine-Gay de Bourganeuf, on imaginerait qu’elle est une jeune femme tout ce qu’il y a d’ordinaire. Ce n’est pas tout à fait le cas de Célicia Gomez.
Plusieurs casquettes dans son lycéeLa jeune femme de 18 ans multiplie les casquettes : elle fait partie du Conseil de vie lycéen, de l’association sportive ainsi que du Conseil d’administration de Delphine-Gay. Elle a également été élue présidente de la Maison des lycéens pour l’année scolaire 2022-2023, une élection à laquelle elle s’est volontairement présentée et qu’elle a remportée « haut la main » selon Laurence Chronopoulos.
La proviseure de l’établissement ne tarit pas d’éloges sur son élève : « Elle est incroyable cette petite ! », s’enthousiasme celle qui l’a connue quand elle était principale au collège de Bonnat. « Elle a du caractère, dans le sens positif du terme », abonde son adjoint Théodore Manesse.
« C’est une élève modèle pour sa classe, pour le lycée. Il suffit de la trouver pour avoir un projet. »
La cheffe d’établissement évoque plusieurs initiatives de Célicia Gomez. En tant que présidente de la Maison des lycéens, elle a déjà organisé des sorties à la patinoire et prépare une canirando pour début avril. Elle a également impulsé la vente de rubans rouges et blancs sous la forme « un ruban, un café » au sein du lycée, afin de récolter des fonds à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes et du Sidaction. « Une initiative qui n’avait jamais eu lieu auparavant », se félicite Laurence Chronopoulos.
Célicia GOMEZ, atteinte de déficience motrice, scolarisée au lycée Delphine Gay de Bourganeuf, le 17 mars 2023, photo Bruno Barlier
Troubles « dys »Remarquables par elles-mêmes, ces actions le sont encore davantage à l’aune du parcours de vie de Célicia Gomez. Très (trop ?) pressée de sortir du ventre de sa mère et découvrir le monde, Célicia Gomez est née grande prématurée, à seulement cinq mois. Les médecins ont rapidement diagnostiqué un « handicap invisible », comme l’appelle sa mère Marion Gomez : une déficience motrice qui altère sa capacité à coordonner correctement ses mouvements.
« Quand j’étais petite, je ne pouvais pas faire cinq pas sans tomber », révèle Célicia Gomez. La jeune femme, tout comme ses trois frères, cumule des troubles « dys » : la dyspraxie (1) et la dyslexie (2). Elle est passée par tout ce que l’administration compte de structures d’accompagnement pour les personnes atteintes d’un handicap : Centre médico-psycho-pédagogique (CMPP), service d’éducation spéciale et de soins à domicile (Sessad), Maison départementale des personnes handicapées (MDPH), un orthophoniste pour sa dyslexie et un ergothérapeute pour utiliser l’ordinateur.
« On a toujours poussé pour qu’ils aient une scolarité “normale”, pour qu’ils aient l’aide appropriée pour rester dans un cursus classique. On les a toujours aidés vers l’autonomie, après ils ont fait leurs choix. »
Après le collège justement, Célicia Gomez, s’est dirigée vers un CAP Accompagnement éducatif petite enfance, qu’elle a obtenu en juin 2022 lors d’épreuves aménagées (en raison de ses troubles) avec 16 de moyenne et des félicitations. Ses très bons résultats lui ont permis de bénéficier d’une classe passerelle pour réaliser un Bac pro en deux ans au lieu de trois.
Si elle a envisagé de devenir vétérinaire après son stage de 3e puis d’intégrer un parcours pour pouvoir travailler dans les pompes funèbres, elle s’est finalement orientée vers la filière ASSP, pour accompagnement, soins et services à la personne. « Ce n’était pas ce qui était initialement préconisé par le collège, mais une demande de Célicia et nous-mêmes, précise la proviseure. Elle avait tous les atouts et elle nous le prouve parfaitement tous les jours. » Titulaire du Bafa (Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur), Célicia Gomez envisage désormais de devenir aide-soignante ou infirmière. Laurence Chornopoulos voit dans les choix de Célicia Gomez une constante : « Elle aime participer à la vie de tous, aider les autres ».
Investissement des parents et travail d’équipe« C’est comme ça qu’on les a éduqués : à prendre part à la société, à la vie associative », indiquent les parents de Célicia, Marion et François. Ils voient en elle une jeune femme « très perfectionniste et minutieuse ». Mais ces traits de caractère pourraient ne pas être complètement innés. « On a toujours poussé nos enfants vers l’excellence », reconnaissent ceux qui sont devenus champions du monde de salaison en 2018. « On veut les tirer vers le haut, pour qu’ils aient appris au mieux, pour qu’après ils s’en sortent au mieux. »
L’investissement des parents de Célicia Gomez a sans doute été déterminant dans sa réussite. « Ils sont très partie prenante, très impliqués auprès de nous, confirme Laurence Chronopoulos. De toute façon, on ne peut pas faire des choses de notre côté et les parents de l’autre. C’est un travail d’équipe ! » Pour la proviseure, c’est ce qui fait du parcours de Célicia Gomez un modèle « exemplaire et modélisable ». Avec le concours de tous, des enseignants, des professionnels extérieurs, de la famille, un élève peut s’épanouir.
Il faut aussi un certain état d’esprit, une volonté. Célicia se décrit comme une « battante, avec (ses) difficultés » En observant son parcours, difficile de ne pas penser à cette citation du philosophe chinois Confucius : « La plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute. » Mais ce sont encore ses parents qui parlent le mieux de Célicia : « C’est une fierté de voir où elle en est aujourd’hui. »
(1) Il s’agit d’une perturbation de la capacité à effectuer certains gestes et activités volontaires.(2) Les troubles du langage écrit (dyslexie, dysorthographie et dysgraphie) se manifestent par des confusions et inversions de sons et de lettres, des fautes d’orthographe, voire une écriture lente et illisible (Source : Ameli.fr).
Daniel Lauretdaniel.lauret@centrefrance.com