Comment la fin du front républicain a permis une percée historique du RN à l'Assemblée
Les premiers concernés ont été aussi les premiers étonnés. Délesté du poids du front républicain, le Rassemblement national a réussi une percée aussi spectaculaire qu’inattendue au sein de la nouvelle Assemblée.
Avec Jean-Marie Le Pen aux manettes, l’extrême droite n’avait jamais dépassé la barre des 35 députés. C’était en 1986, et l’on votait alors exceptionnellement à la proportionnelle. Un mode de scrutin plus favorable à un parti incapable de nouer la moindre alliance entre les deux tours. Depuis, le FN puis le RN n’avait jamais réussi à constituer un groupe à l’Assemblée.
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En 2017, malgré ses près de 34 % à la présidentielle, Marine Le Pen était accompagnée de seulement sept députés au Palais-Bourbon. Mercredi, ils seront douze fois plus nombreux.
Sept députés sur huit dans le VarUne vague que les sondages n’avaient pas vu venir. Un camouflet pour Emmanuel Macron qui ne se mesure pas seulement à l’aune d’une majorité absolue envolée. En 2017, fraîchement élu, il promettait de faire tout ce qu’il pouvait pour que les électeurs de Marine Le Pen n’aient « plus aucune raison de voter pour les extrêmes ». La stratégie du rempart contre les populismes a vécu.
Car cinq ans après, le Rassemblement national va bénéficier d’une caisse de résonance inédite pour faire entendre ses thèmes de prédilection. Et pour s’opposer à la politique d’Emmanuel Macron. Temps de parole, questions au gouvernement, motion de censure : le RN est même en position de revendiquer la présidence de la commission des finances, traditionnellement dévolue au premier groupe d’opposition. Une place qui lui revient alors que la Nupes s’avance en ordre dispersé dans l’hémicycle.
L'invitée surprise du troisième tourSouvent privé de rôle majeur dans les exécutifs (métropole, département, région), l’extrême droite va également pouvoir tisser un réseau d’élus locaux sans précédent dans certains territoires. Elle réussit ainsi le Grand Chelem dans la Haute-Marne, la Haute-Saône, l’Aude et les Pyrénées-Orientales. Elle rafle quatre circonscriptions sur cinq dans le Vaucluse et sept sur huit dans le Var.
Entrée sans claironner d’ambition démesurée dans cette bataille des législatives, après avoir refusé de s’allier avec Reconquête ! et avec des candidats voués à faire le bonheur des zappings pour leur incapacité à débattre, Marine Le Pen a laissé l’affrontement Nupes/Ensemble occuper le devant de la scène. Mais en menant une campagne à bas bruit, orientée sur le pouvoir d’achat plus que sur l’immigration, elle a incontestablement tiré profit de la violence du débat entre pro-Mélenchon et pro-Macron.
Le pari de la crédibilitéLe plafond de verre que constituait le front républicain a ainsi volé en éclats. Une minorité de candidats battus au premier tour ont appelé à « faire barrage » – c’est-à-dire très clairement à voter en faveur de l’adversaire du candidat d’extrême droite. Quel qu’il soit. Alors que la majorité présidentielle annonçait faire du « cas par cas », du côté de la Nupes, on s’est rangé le plus souvent derrière le « aucune voix ne doit aller au RN » professé par Jean-Luc Mélenchon. Résultat : l’abstention a grimpé en flèche et les candidats Nupes comme Ensemble ! ont bénéficié de faibles reports de voix.
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Du côté des Républicains, certains n’ont pas hésité à franchir le Rubicond. Plus d’un sympathisant LR sur deux (54 %, selon une enquête Harris-Interactive) indique avoir choisi le candidat du RN dans les duels les opposant à la Nupes. Forte de ce rapprochement, sur 63 duels face à la gauche, l’extrême droite en a remporté 33. Elle en a gagné 53 sur 112 face à Ensemble?! . Seuls LR lui ont vraiment résisté avec 23 duels gagnés pour deux défaites.
Après ce succès dans les urnes qui semble marquer la fin de l’infréquentabilité, le RN va devoir réussir le pari de la crédibilité. Une marche sur laquelle continue de trébucher Marine Le Pen à la présidentielle.
Derrière les figures médiatiques comme Julien Odoul (Yonne) ou Laurent Jacobelli (Moselle), des dizaines d’anonymes, souvent novices en politique, vont faire leur entrée au Palais-Bourbon. Et auront pour mission de prouver que le Rassemblement national peut incarner une opposition « ferme mais constructive ».
Alexandre Charrier avec Daniel Lauret