Le président ukrainien veut parler avec Vladimir Poutine : "Sans négociations on n’arrêtera pas la guerre"
Ce dimanche, au 25e jour de l'invasion russe en Ukraine, tandis que Moscou a poursuivi son pilonnage des villes, le président ukrainien Zelensky a affirmé, avec son sens de la communication, que le siège de Marioupol "entrera dans l'Histoire pour répondre de crimes de guerre". Ces bombardements meurtriers, notamment sur cette ville portuaire dont les rues sont selon des témoignages jonchées de cadavres, ont lieu alors que les négociations entre délégations peinent à aboutir, bien que la Turquie ait affirmé dimanche que les parties étaient "proches d'un accord". "Je suis prêt à des négociations avec (Vladimir Poutine). Je suis prêt depuis les deux dernières années et je pense que sans négociations on n'arrêtera pas la guerre", a expliqué Volodymyr Zelensky dans un entretien diffusé par CNN. "Peu importe les discussions entre nos équipes de négociateurs, je pense que seuls nous deux, moi et Poutine, pouvons parvenir à un accord", a affirmé M. Zelensky.
À Marioupol, ville stratégique du sud-est de l’Ukraine, bombardée depuis des semaines et qui souffre de pénurie d’eau, de gaz et d’électricité, les autorités locales ont accusé l’armée russe d’avoir bombardé samedi une école d’art servant de refuge à au moins 400 personnes. Elles ont affirmé que des civils étaient coincés encore sous les décombres.
L’usine d’un prorusse repenti détruite
L’usine sidérurgique et métallurgique Azovstal de Marioupol, une des plus grandes d’Europe, a également été fortement endommagée par des bombardements. Une destruction qui intervient dix jours après une violente condamnation de l’offensive de Moscou par son riche président, Rinat Akhmetov, anciennement prorusse.
L’Ukraine avait déjà accusé la Russie d’avoir bombardé mercredi un théâtre de la ville où s’étaient réfugiés des centaines d’habitants dans un abri souterrain. Aucun bilan n’est encore disponible.
Dans le même temps, la Russie, qui continue d'affirmer ne cibler aucun objectif civil ou zone d'habitation, a expliqué, pour le deuxième jour consécutif, avoir utilisé des missiles hypersoniques en Ukraine, cette fois pour détruire une réserve de carburant de l'armée ukrainienne dans le Sud. "Une importante réserve de carburant a été détruite par des missiles de croisière Kalibr tirés depuis la mer Caspienne, ainsi que par des missiles balistiques hypersoniques tirés par le système aéronautique Kinjal depuis l'espace aérien de la Crimée", a déclaré le ministère russe de la Défense.
Front figé ?
À Kiev, la capitale, un obus a explosé dimanche juste devant un immeuble d’habitation, blessant au moins cinq personnes, dont deux ont été hospitalisées, a annoncé le maire Vitali Klitschko (voir son portrait en page 2). Le bâtiment de dix étages, situé dans le quartier de Sviatiochine, est très endommagé, ont constaté sur place des journalistes de l’AFP selon lesquels on peut voir les traces d’un incendie, tandis que toutes les fenêtres ont été soufflées. Deux voitures calcinées gisaient dans la cour recouverte de débris.
Malgré ces bombardements (selon le ministère ukrainien de la Défense, les troupes russes ont effectué 291 frappes de missiles et 1 403 raids aériens depuis le début de l’invasion le 24 février), les autorités de Kiev ont fait état d’une accalmie dimanche à la mi-journée.
"Le front est pratiquement figé", il n'y a "pratiquement pas eu de tirs de missiles sur les villes", et "l'aviation russe n'est quasiment pas active", il y a juste des "actions tactiques" des deux camps, a déclaré lors d'un briefing Oleksiy Arestovitch, conseiller de la présidence ukrainienne.
Catastrophe humanitaire
Ce dimanche encore, l'Onu a diffusé des chiffres sur l'impact humanitaire de ce conflit. Selon l'organisation basée à New York, dix millions d'Ukrainiens, soit un quart de la population, ont dû quitter leur domicile pour fuir les combats. "La guerre en Ukraine est si dévastatrice que dix millions de personnes ont fui, soit déplacées à l'intérieur du pays, soit réfugiées à l'étranger", a déclaré le haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi.