La nouvelle création de Komplex Kapharnaüm projette mots et murmures au festival d'Aurillac
Une démarche pour éclairer le quotidien. Un parti pris, régi par l’urgence. Et surtout, la volonté d’aller explorer autre chose. Au-delà des lieux communs, un peu plus loin que ce que l’on croit savoir sur un lieu et ceux qui y résident.La compagnie Komplex Kapharnaüm a plongé dans le quartier de Marmiers.
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De cette immersion, à un instant T, elle nous rapporte les respirations – et les aspirations peut-être parfois –, des habitants : de ceux qui sont et font le quartier.Rencontre avec Pierre Duforeau, directeur artistique de la compagnie dont l’espace en général et la ville en particulier constituent la trame des créations.1. La méthode.
« Le porte-à-porte ! », sourit franchement Pierre Duforeau à l’heure d’évoquer la façon dont l’équipe de Komplex Kapharnaüm – réduite par rapport aux dispositifs scéniques habituels –, s’y est prise pour livrer cette création « plus intime, pas ostentatoire ».
Après avoir identifié un quartier sur lequel poser sa loupe, la compagnie est allé à la rencontre de ses habitants, pendant cinq jours, la semaine dernière.
On avait envie de savoir quelle relation il existe entre ces personnes et l’endroit où elles habitent. Comment les habitants du quartier se rencontrent aussi.
Jauger, en quelque sorte, leur réseau social. Mais dans la vraie vie. Sans écran interposé, ni filtre. « Et ce n’est pas toujours facile : on est allé au contact des gens, directement. On a provoqué la rencontre, presque à la façon d’un speed-dating, puisqu’il y avait la même urgence. Ce n’est évidemment pas facile de parler dans ces conditions, mais on a réalisé que, finalement, il y a plein de gens bavards ! »
2. Le but.
Mettre en exergue l’ordinaire. Un peu à la manière de Pérec, anthropologue du quotidien, qui interrogeait l’habituel. Car connaît-on vraiment ces endroits que l’on traverse tous les jours, de la même manière ? Les regarde-t-on encore vraiment ? Hide & See(k) invite à découvrir le portrait d’un quartier à travers le regard de ceux qui le constituent : « Qu’ils soient dans les pavillons, ou dans les barres ».
Ces habitants ne diront sans doute pas la même chose ? Justement ! C’est sans aucun doute la pertinence du propos : cette composition formée à plusieurs voix. Mais discordante, peut-être de ce qu’on entend habituellement.
3. Le résultat.
Une projection de 40 minutes. Les voix, les témoignages, captés par la compagnie, sont projetés à même le quartier où ils ont été (re) cueillis. Du son, des photos, une lumière, crue, qui vient éclairer un élément du quartier, des mots qui se détachent sur une façade. Mais pas de vidéo. Pas d’animation. Et finalement l’humain y est omniprésent ! Une exploration interactive et intime, comme rarement on l’entend.
Programmation officielle. Du 21 au 23 août : trois représentations par soir : à 22 heures (complet sur certaines dates), à 23 heures et à minuit. 40 minutes. Tarif unique : 5 €.
Marie-Edwige Hebrard