Né au Mexique, Oscar Silva, 24 ans, était encore un bébé quand il a traversé avec ses parents la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis.
"Je suis Américain à tous les égards, hormis les papiers", explique-t-il dans sa maison de Denton, près de la ville texane de Dallas.
Ils sont nombreux comme Oscar Silva à attendre nerveusement de savoir si le président élu tiendra sa promesse d'expulser des Etats-Unis l'ensemble des immigrés en situation irrégulière, ainsi que de mettre fin au droit du sol.
Oscar Silva avait espéré pouvoir bénéficier du programme "Keeping Families Together" ("garder les familles ensemble") visant à simplifier l'obtention d'un statut légal aux Etats-Unis pour les conjoints de citoyens américains.
Mais ce programme annoncé par le président sortant Joe Biden en juin a été révoqué par un juge fédéral car, selon la décision, il était contraire aux lois américaines régissant l'immigration.
Il devait bénéficier à 500.000 personnes. Selon le groupe de défense de l'immigration FWD.us, 81% de ces personnes travaillent et ont en moyenne vécu aux États-Unis depuis plus de vingt ans.
Plus au sud, à El Paso à la frontière avec le Mexique, Mirna Cabral est arrivée aux Etats-Unis à l'âge de cinq ans. Mariée à un Américain pendant dix ans, elle a eu deux enfants avant de devenir veuve en 2023.
Si cette maman de 37 ans venait à être expulsée après l'arrivée de Trump au pouvoir, ses enfants aujourd'hui âgés de 10 et 12 ans, se retrouveraient sans parents.
"Pour mes enfants, je suis Américaine. Et eux sont dix fois plus américains que même leur père, vous savez. Je ne pourrais pas les emmener avec moi", explique-t-elle.
"Comment pourrais-je les séparer de leur lieu de vie, de leur maison, de leurs rêves, de tout ce qui leur appartient?", ajoute-t-elle souhaitant "être à leurs côtés, (...) et les voir devenir quelqu'un d'important, peut-être le prochain président des Etats-Unis. Je veux être ici pour le voir", conclut-elle.
- "Espérer le meilleur"-
Né en Sierra Leone, Foday Turay est arrivé lui à sept ans aux Etats-Unis. Il a pu aller à l'école, car aux Etats-Unis la scolarité publique est garantie peu importe le statut légal de la personne.
Marié à une Américaine et père de famille, il a découvert qu'il était sans-papier par sa mère, lorsqu'il est allé passer son permis de conduire.
"J'ai commencé à poser des questions comme: +Comment? Que s'est-il passé? Dis moi comment je suis venu?+", explique-t-il.
Lui et Mirna Cabral bénéficient du programme DACA, mis en place sous Barack Obama pour protéger de l'expulsion les immigrés arrivés de manière clandestine aux Etats-Unis lorsqu'ils étaient mineurs et souvent surnommés les "Dreamers" ("rêveurs").
"DACA est mon dernier bouclier", confie Foday Turay. "Tout ce que nous connaissons, c'est l'Amérique, et donc, si ce programme prend fin, cela va mettre des milliers d'entre nous dans l'incertitude".
"J'espère qu'il ne se concentrera que sur l'expulsion des criminels, car l'Amérique est un pays d'immigrés", ajoute-t-il, en faisant référence à Donald Trump.
"Nous nous souvenons de ce que nous avons ressenti" avec la première administration Trump entre 2017 et 2021, explique Alan Lizarraga de l'organisation de défense des migrants Border Network for Human Rights.
"Nous nous souvenons de ce que nous avons ressenti lorsque nous avons vu des enfants être retirés à leurs parents (...) lorsque nous avons vu la déshumanisation d'une personne qui vient ici pour une vie meilleure", précise-t-il.
Dans son portefeuille, Oscar Silva garde une carte avec les numéros de téléphone de sa famille et d'un avocat, au cas où il serait arrêté.
"Ce que je peux faire maintenant c'est simplement espérer le meilleur et me préparer au pire", confie-t-il.