La place accordée au Front national est révélatrice du fonctionnement du système politique en tant que marché électoral. L’histoire politique fait en effet apparaître une règle d’or: la politique est un marché où les partis doivent présenter une offre autonome –tel que nous l’avons montré avec Jean-Yves Camus dans
Les Droites extrêmes en Europe. Ainsi, le FN est-il resté insignifiant tant qu’il est demeuré sur le créneau de l’anticommunisme (1972-1978), segment sans plus-value car les partis gouvernementaux de droite y étaient plus efficients que lui et très actifs. La dénonciation du coût social de l’immigration ne devint un thème central qu’aux législatives de 1978, sous l’influence de
François Duprat, le numéro deux frontiste d’alors. Son raisonnement était présenté noir sur blanc dans la presse qu’il animait: imposer une dénonciation sociale de l’immigration en temps de chômage, pousser les droites à venir concurrencer l’extrême droite sur ce thème, certifier dès lors que l’on n’est pas l’extrême droite mais une droite parmi d’autres; et de là, une fois la normalisation effectuée, viser le pouvoir. Ce raisonnement a été validé par les faits. Le politiste
Kai Arzheimer a analysé les enquêtes d’opinion réalisées de 1980 à 2002 dans les pays de l’Union européenne, démontrant que les tentatives de captation des thématiques altérophobes des partis d’extrême droite par ceux de la droite de ...
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