Revalorisations, nouvelles missions: accord conclu entre les infirmières libérales et l'Assurance maladie
Après des mois de négociations, nous avons "décidé de signer", même si le texte n'est "pas parfait", "parce qu'il est utile. Dans la situation actuelle, l’utile vaut mieux que l’idéal, l’inaccessible", a déclaré mardi lors d'une conférence de presse Daniel Guillerm, le président de la FNI, premier syndicat représentatif.
L'accord représente 503 millions d’euros de dépenses supplémentaires pour l'Assurance maladie (remboursements, forfaits, aides...) - avec une entrée en vigueur progressive entre 2026 et 2029 - auxquels s’ajoutent autour de 40 millions remboursables par les complémentaires santé.
C'est "une étape majeure pour accompagner l'évolution de cette profession", qui "concilie reconnaissance du rôle de ces professionnels, évolution de leurs compétences et soutenabilité du système de santé", s'est réjouie l'Assurance maladie.
"Une avancée concrète pour ce métier essentiel", a salué sur X le Premier ministre Sébastien Lecornu.
La ministre de la Santé Stéphanie Rist a reconnu dans un communiqué qu'" il reste encore beaucoup à faire", tout en affirmant que "c'est collectivement que nous relèverons ce défi".
"Un refus de signer aurait mécaniquement reporté" d'éventuelles hausses de rémunération à 2027, dans un contexte de campagne présidentielle, donc "d'incertitude", alors que ces revalorisations sont "urgentes", a expliqué M. Guillerm.
Depuis 2008, "le revenu net réel des infirmiers libéraux a reculé de 7,7% en euros constants", sous l'effet de la hausse des charges, a-t-il dit.
"Consultation infirmière"
Grâce à l'accord, une infirmière libérale touchera fin 2027 environ 306 euros mensuels de chiffre d'affaire supplémentaires, "la moitié" en revenu net, a-t-il précisé.
Deux autres syndicats représentatifs, le Sniil et Convergence infirmière, ont aussi signé mardi, même s'ils trouvent les revalorisations "inférieures aux attentes". Les médecins libéraux avaient obtenu en 2024 un accord à 1,6 milliard d'euros, a observé Ghislaine Sicre, présidente de Convergence infirmière.
Le texte, consulté par l'AFP, prévoit la hausse des tarifs des actes techniques et de la prise en charge des patients dépendants.
La "lettre clé", brique tarifaire servant à calculer la valeur des actes techniques, sera revalorisée en deux temps d'ici fin 2027, pour arriver selon la Cnam à +9,5%. Pour une injection par exemple, "c'est 30 centimes supplémentaires. Pour un pansement, 1,20 euro", a décrypté auprès de l'AFP le président du Sniil, John Pinte.
L'accord concrétise aussi la réforme de juin 2025, qui a élargi les compétences des infirmières et renforcé leur rôle face à la désertification médicale, au vieillissement de la population et à la progression des maladies chroniques.
Nouvelle compétence, la "consultation infirmière" sera intégrée "progressivement" aux actes remboursés: deux types de consultation, rémunérées 20 euros, entreront en vigueur en 2027, l'une pour l’accompagnement de diabétiques de type 2 nouvellement traités par insuline, l’autre pour mettre en place un suivi après un "bilan prévention".
Prix du carburant
D'autres motifs possibles seront étudiés: retour d’hospitalisation post-AVC, prévention en santé mentale, urgences... Pour une partie de la profession toutefois, cette "consultation infirmière" est trop loin de "l'esprit de la loi", et sous-valorisée.
Autre avancée attendue, les infirmières pourront dès 2027 prendre en charge "directement" les plaies simples, sans prescription médicale préalable.
Le texte encadre aussi la participation volontaire des infirmières aux soins non programmés (nuits, week-ends), et accélère le développement des infirmières en pratique avancée (IPA), avec notamment des "consultations" à 21 euros (contre 16 précédemment) et des forfaits de suivi pour les malades "nécessitant une prise en charge renforcée", selon la Cnam.
Il met en place pour les patients en affection longue durée "le statut d’infirmier référent", note la Cnam.
Mais des critiques émergent. "Pour des personnes en difficulté", ces revalorisations étalées dans le temps, "ça parait le bout du monde", a déploré sur France Culture Gaëlle Cannat, présidente du collectif des infirmiers libéraux en colère.
Les infirmières sont aujourd'hui frappées par l'importante hausse du prix des carburants, a-t-elle ajouté: "Je fais 150 km par jour. (...) On se retrouve à se dire, est-ce que c'est rentable?"
Les syndicats réclament maintenant des exonérations de taxes sur les carburants, pour "garantir l'accès aux soins".