La productivité de la France depuis 26 ans est dans le trio perdant des pays européens
La productivité européenne traverse actuellement une période de grandes difficultés. Il y a quelques mois, une étude d’Isabel Schnabel, membre du directoire de la Banque centrale européenne, soulignait l’écart abyssal qui s’était creusé entre les États-Unis et les pays européens. Eurostat, dans une étude chiffrée détaillant la situation pays par pays, pointe ceux qui restent en tête du classement et ceux qui connaissent des difficultés. Il apparaît nettement que la France, longtemps considérée comme l’un des pays les plus productifs d’Europe et une locomotive sur ce plan, ne joue plus ce rôle.
Pour cadrer l’analyse, Eurostat définit la productivité au travail comme la quantité de biens et services produits par chaque membre de la main-d’œuvre ou par intrant de travail. Elle se mesure via le produit intérieur brut (PIB), ajusté selon le standard de pouvoir d’achat (PPS, qui ajuste les prix pour comparer le coût de la vie), soit par rapport au nombre de personnes employées, soit par rapport au nombre d’heures travaillées, et est ensuite exprimée sous forme d’indice.
Aujourd’hui, en Europe, nous travaillons moins pour obtenir une productivité plus élevée, tendance qui peut se retrouver dans d’autres régions du monde. En prenant un indice base 100 en 2020, le nombre d’heures travaillées par personne employée était de 112,4 en 1999 et est descendu à 104,74 en 2025. Pendant la même période, la productivité réelle du travail par heure travaillée est passée de 87,3 à 106,55. Toutefois, bien que les nouvelles technologies et les machines de plus en plus performantes soient un atout majeur pour la productivité, un ralentissement est particulièrement visible sur les trois périodes retenues par Eurostat : de 1999 à 2008, la productivité croît de 1,5 % ; de 2008 à 2019, elle passe à 1,1 % ; et de 2019 à 2025, elle tombe à 0,5 %.
Qu’en est-il de la France ? En 2025, la croissance de la productivité horaire reste dans la moyenne européenne, avec 1,5 % contre 1,4 % pour l’ensemble de l’UE, et une chute significative du nombre d’heures travaillées. Mais sur le long terme, la situation est plus préoccupante. Pendant les trois périodes étudiées par Eurostat (1999-2008, 2008-2019, 2019-2025), la France ne dépasse jamais la moyenne européenne : entre 1999 et 2008, la croissance de la productivité horaire était de 0,9 % contre 1,5 % pour l’UE ; entre 2008 et 2019, 0,4 % contre 1,1 % ; et entre 2019 et 2025, -0,8 % contre 0,5 %. Pendant la période 1999-2025, seuls la Grèce et le Luxembourg ont enregistré une productivité plus faible que celle de la France.
Le constat est encore plus alarmant à l’échelle régionale : entre 2003 et 2023, 9 des 22 anciennes régions de France métropolitaine ont enregistré une croissance de productivité au travail inférieure à 0,5 %, les autres restant en-deçà de 1 %.
Ainsi, dans le domaine de la productivité, la France se trouve aujourd’hui en queue de peloton d’une Europe déjà malade.
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