Présidentielle au Bénin : le dauphin de Patrice Talon, favori, promet de renforcer la sécurité
À moins de trois semaines de la présidentielle du 12 avril au Bénin, Romuald Wadagni, candidat du camp au pouvoir, a promis la création de forces de police municipales dans les villes frontalières du nord, où les attaques de groupes djihadistes se multiplient. Cette annonce a été faite lors de la présentation de son programme politique, à l’approche d’un scrutin dans lequel il est présenté comme favori.
L’actuel ministre de l’Économie et des Finances a expliqué que l’objectif était de permettre à des jeunes, formés et équipés, de défendre leurs localités, leurs familles et leur cadre de vie. Il n’a toutefois précisé ni le nombre de policiers concernés ni le coût du dispositif.
Le candidat a aussi insisté sur la nécessité de renforcer la coopération avec les pays voisins. Reuters rapporte qu’il estime que le Bénin « n’a pas le choix » et doit travailler avec les États de la région face à une insécurité qui gagne les zones frontalières entre le Niger, le Bénin et le Nigeria.
Cette question sécuritaire est devenue l’un des dossiers les plus sensibles dans le nord du pays. Le Bénin communique rarement sur les violences djihadistes, mais avait annoncé en avril 2025 qu’une attaque attribuée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda, avait tué 54 soldats. Une autre attaque, plus récente, a coûté la vie à 15 soldats et blessé cinq autres dans un camp militaire du nord.
La dégradation de la situation pèse aussi sur le climat politique. Des militaires avaient tenté de renverser Patrice Talon en décembre, invoquant notamment l’aggravation de l’insécurité dans le nord et le manque de considération pour les soldats tombés au combat. Le complot avait été déjoué avec l’aide de pays voisins, dont le Nigeria.
La jeunesse et l’emploi au centre du programme
Au-delà du volet sécuritaire, le candidat de la majorité a mis l’accent sur la jeunesse. Il a reconnu l’impatience d’une population qui attend que la croissance se traduise dans la vie quotidienne.
Son programme repose notamment sur une industrialisation de proximité, avec l’idée de développer au moins une activité industrielle dans chaque région afin de créer des emplois. Il mise aussi sur le numérique, en promettant aux jeunes un cadre de formation, d’accompagnement et de valorisation de leurs compétences.
Jeune Afrique indique que le candidat veut faire du Bénin un pays « exportateur de solutions technologiques ». Le magazine souligne aussi qu’il entend diviser le pays en six régions de développement, avec des priorités accordées à l’industrie, au tourisme, à l’innovation et à l’agriculture.
Le candidat souhaite aussi lancer une plateforme d’inclusion financière permettant un accès quasi immédiat au crédit, avec un délai annoncé de 48 heures. Cette promesse vise notamment les jeunes entrepreneurs et les femmes. Il a également promis de réduire la pauvreté, d’améliorer la prise en charge des patients dès leur arrivée à l’hôpital et de doter les forces armées béninoises d’équipements militaires de dernière génération.
Un favori de la continuité dans un scrutin étroitement encadré
Romuald Wadagni apparaît comme l’un des visages de la continuité du pouvoir en place. Jeune Afrique estime que l’issue de l’élection laisse peu de place au doute et présente le ministre comme le successeur désigné de Patrice Talon, dont il a été l’un des principaux artisans de la politique économique depuis 2016.
Le paysage électoral reste très resserré. Deux tickets seulement sont en lice pour la présidentielle du 12 avril. D’un côté, Romuald Wadagni et sa colistière Mariam Chabi Talata portent les couleurs de la coalition au pouvoir. De l’autre, le parti Forces cauris pour un Bénin émergent présente Paul Hounkpè et Judicael Hounwanou. Le principal parti d’opposition, Les Démocrates, est absent de la course faute d’un nombre suffisant de parrainages.
Dans ce contexte, la campagne de Romuald Wadagni s’inscrit dans une logique de continuité du pouvoir Talon. Mais derrière le discours sur la croissance, la technologie et la coopération régionale, c’est bien la pression sécuritaire dans le nord qui apparaît comme l’un des premiers tests de sa crédibilité politique.