Mercosur : pourquoi Ursula von der Leyen prend de court Emmanuel Macron
Ça les tuerait de le reconnaître mais, quelque part, Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen se ressemblent. Ces deux-là partagent au moins un point commun : ils n’aiment rien tant qu’être les maîtres des horloges. Et quand ils ont une idée en tête, ils ne s’embarrassent d’aucun feu vert. Ils y vont, pied au plancher, sans se retourner. Ainsi, ce vendredi 27 février, la présidente de la Commission européenne n’a pas attendu l’aval du président français pour annoncer l’application provisoire du Mercosur, ce traité de libre-échange avec des pays d’Amérique du Sud qui déchaîne les passions de ce côté du Rhin. Surtout, elle n’a pas eu l’élégance d’attendre la clôture du Salon International de l’Agriculture (SIA) pour faire cette annonce. Une "mauvaise surprise" et une "mauvaise manière", a regretté Emmanuel Macron. Von der Leyen est coutumière de ces "mauvaises manières". Parlez-en à Michel Barnier. C’est l’expression que l’ancien Premier ministre avait employée quand l’Allemande avait osé s’envoler pour Montevideo, en Uruguay, pour boucler les négociations sur le Mercosur, au moment même où son gouvernement était censuré, en décembre 2024.
Voilà pour la "mauvaise manière". Mais pourquoi est-ce une "surprise" ? Après tout, "VDL", comme beaucoup la surnomment dans les instances européennes, a parfaitement le droit de décider d’appliquer cet accord, en dépit de la saisine, par les eurodéputés, de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Ce qui choque, c’est qu’elle rompe ainsi une sorte de "gentlemen's agreement" qui ne disait pas son nom entre la France et la Commission. Le deal, fragile, consistait à attendre la fin du SIA, ce dimanche 1er mars, pour ne pas énerver davantage les agriculteurs français, chauffés à blanc depuis plusieurs mois. En privé, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard assurait, en marge de l’ouverture du SIA, qu’Ursula von der Leyen respecterait cet accord tacite. "Elle ne le fera pas pendant le Salon", affirmait-elle, comme pour s’en convaincre. Tous les signaux semblaient l’indiquer et c’est ce que la Commission assurait aux eurodéputés siégeant dans la commission de l’agriculture et du développement durable.
On croyait enfin que les images des dizaines de tracteurs défilant devant son bureau, à Bruxelles, l’avaient vaccinée contre toute idée de passage en force. Mais chacun a son agenda. Il est urgent d’attendre, murmure-t-on à Paris ; on ne peut plus attendre, s’impatiente Berlin. "Ça fait des mois que Friedrich Merz [le chancelier allemand, NDLR] lui met une pression de dingue, relève un eurodéputé français. Elle n’avait pas tellement le choix." Pourquoi attendre alors qu’il s’agit, comme l’a déclaré Von der Leyen à la presse, de "l’un des accords commerciaux les plus importants de la première moitié de ce siècle" ? "Que la France prétende sans arrêt que rien ne peut se faire sans elle commence à sérieusement nous agacer", cingle un conseiller d’Ursula von der Leyen.
En prenant cette décision, la présidente de la Commission européenne s’attire les foudres de ses propres soutiens. Parmi eux, l’eurodéputée LR Céline Imart, ex-agricultrice, qui siège au sein du PPE, la formation politique de Von der Leyen. "La Commission européenne fait le choix du mépris à l’égard du monde agricole. C’est un véritable déni de démocratie", a-t-elle dénoncé dans un communiqué. "L’application provisoire du Mercosur, exigée par une large majorité de pays européens, va contre le vote que nous avons gagné au Parlement pour saisir la Cour de Justice sur cet accord. Nous ferons tout pour nous y opposer", appuie, sur X, son collègue François-Xavier Bellamy, chef de file des Républicains au Parlement européen. Voilà qui devrait donner lieu à une discussion animée avec leur patron, l’Allemand Manfred Weber, très favorable au Mercosur.