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Gavriel Rosenfeld : "Il y a dans l'administration Trump de véritables fascistes ou admirateurs de Hitler"

Ils s’appellent Nick Fuentes, Myron Gaines ou Clavicular. Ils ont des centaines de milliers d’abonnés sur leurs réseaux sociaux et sont unis par une même cause : la haine des juifs. "Hitler est génial. Hitler avait raison. L’Holocauste n’a pas eu lieu", assure sans ciller Fuentes, suivi par 1,2 million d’abonnés sur X. Avec ses semblables, cet influenceur américain est le visage d’une certaine Amérique. Une frange qui s’exprime de manière de plus en plus décomplexée à la faveur de l’administration Trump II.

Professeur à l’Université de Fairfield et président du Centre d’histoire juive de New York, le plus grand fond d’archives sur l’histoire juive en dehors d’Israël, Gavriel Rosenfeld étudie depuis 30 ans la banalisation croissante du passé nazi. En 2015, il a publié l’ouvrage Hi Hitler! How the Nazi Past Is Being Normalized in Contemporary Culture (Cambridge University Press). Dix ans plus tard, son diagnostic a changé. "Aujourd’hui, la différence majeure est que l'iconographie, les insignes ou les symboles nazis ne proviennent plus seulement des marges d'Internet mais se sont dangereusement 'démocratisés'." Dans un entretien à L’Express, il décrit les ressorts de cette banalisation accélérée. Alarmant.

L’Express : Ces derniers mois, on voit les références au nazisme proliférer au sein d’une partie de la sphère Maga mais aussi dans la communication officielle de certains ministères américains. Comment interprétez-vous cette tendance ?

Gavriel Rosenfeld : En tant qu'historien de la mémoire collective et culturelle du nazisme et du Troisième Reich, j’étudie le concept de normalisation d’Hitler depuis les années 1990. Au départ, je m’interrogeais sur l’hypothèse d’un quatrième Reich, pour savoir si les Allemands avaient tiré les leçons de leur passé. Aujourd'hui, je m'intéresse davantage à mon propre pays, à la tradition fasciste aux Etats-Unis.

Longtemps, l’hypothèse historiographique dite du "Sonderweg" ["voix particulière"], selon laquelle il y aurait une singularité en Allemagne qui expliquerait la trajectoire tragique de ce pays, a prévalu. Le revers de cette thèse a toujours été l'exceptionnalisme américain, qui voulait que les Etats-Unis soient immunisés contre le fascisme et n’auraient jamais pu tomber entre les mains d’un Hitler. Ce postulat est remis en question aujourd’hui.

En 2018, j’ai écrit un article intitulé : "Qui était Hitler avant Hitler ?". Il posait la question suivante : Pourquoi avons-nous toujours recours à Hitler comme point de comparaison pour tout ce que nous voulons critiquer aujourd'hui ? Quand Hitler est apparu sur la scène politique allemande dans les années 1920-1930, et que les intellectuels ont tenté de déterminer à qui il ressemblait. Ils ont identifié des dizaines d’autres méchants historiques, de Robespierre à Napoléon III en passant par l'empereur Néron qui, selon eux, pouvaient expliquer la menace nazie.

Après 1945 et la révélation des atrocités commises par le régime nazi, aucune de ces comparaisons ne semblait suffire à définir le "mal hitlérien". A l’évidence, Hitler était bien pire que l'empereur Néron, Caligula, Napoléon III ou Gengis Khan. Dès lors, Hitler est devenu la référence du mal absolu, il est devenu un dictateur dans le domaine des analogies. Mais à force d’user et d’abuser de ces comparaisons, le grand public ne les prend plus au sérieux. C'est ce que j'appelle la loi de l'épuisement analogique.

Depuis dix ans, il y a ce débat sans fin aux États-Unis : Assiste-t-on au retour d’une extrême droite aussi radicale que dans les années 1930 ? Et le débat est insoluble, car il y aura toujours des gens pour dire qu'il ne faut pas sous-estimer ce qui se passe, et d'autres pour dire que nous surestimons la situation, et qu'à force de crier au loup, personne n’y prêtera plus attention.

La nouveauté, avec cette administration, est l’emploi par des officiels d’un langage ou de symboles connus des sympathisants néonazis. Par exemple quand le Département de la Sécurité intérieure publie une affiche de recrutement pour l’ICE, accompagnée de la légende "Which way, American man ?", qui renvoie au livre Which Way Western Man ?, publiée en 1978 par le néonazi William Gayley Simpson...

Au cours des vingt dernières années, les mèmes ont proliféré sur Internet dans les sphères d’extrême droite. Jusqu’en 2020, l'iconographie, les insignes ou les symboles nazis provenaient des marges underground d'Internet. Nous assistons aujourd’hui à un tournant : toute une génération de jeunes collaborateurs républicains au sein de l'administration Trump a grandi à l'adolescence en riant de ces mèmes. Désormais, ces trentenaires biberonnés à cette culture occupent des postes à responsabilité et gèrent les comptes de réseaux sociaux du département de la Sécurité intérieure ou du département du Travail. Toute la question est de savoir pourquoi ils utilisent ces références. Sont-ils en train de signaler que Trump est secrètement un néonazi ou font-ils ce que les spécialistes d'Internet appellent du "trolling", ce qui a souvent été la motivation première derrière l'utilisation d'insignes nazis. Ils étaient destinés à intimider, offenser et harceler les journalistes ou intellectuels libéraux, ou simplement à créer un climat de menace dans le cyberespace.

L’exemple de Pepe the Frog est très frappant. Pepe the Frog est le nom de la grenouille créée en 2005 par le dessinateur américain Matt Furie. L’alt-righ s’est approprié ce symbole inoffensif que son créateur avait imaginé sans aucun lien avec la politique. Ils en ont fait leur mascotte, utilisée comme une poignée de main secrète, comme si tous les membres du "club" utilisaient ce mème pour signaler leur appartenance. Lorsque Donald Trump a adopté Pepe the Frog et a commencé à l'utiliser à son tour comme mascotte, ce signe est sorti de la clandestinité. Pepe the Frog est devenu un symbole utilisé par l'extrême droite américaine, laquelle pouvait toutefois continuer à nier de manière plausible le sens réel derrière cette grenouille, en prétendant que c’était que de l’humour.

Ces derniers temps, nous assistons à une migration de l’usage ironique de ces mèmes vers leur usage idéologique. Désormais, le mème de Pepe the Frog mène à celui du "marchand joyeux", cette image typiquement antisémite du commerçant juif qui se frotte les mains. Il y a quelques mois, le meilleur receveur de la Ligue nationale de football américain, Puka Nacua, a fait une danse après avoir marqué un point en se frottant les mains ainsi. Il s'est avéré qu'un influenceur de droite (Adin Ross) l'avait invité dans son podcast et l’avait défié de faire ce geste dans son prochain match. Bien sûr, le joueur a prétendu qu'il n’avait aucune idée que c'était antisémite, mais c'est une façon d'introduire un signe de ralliement secret dans la sphère publique.

L’utilisation de ce type de références semble de moins en moins marginale…

Oui, cela a été documenté, mais l'ampleur de ces chiffres est tellement énorme, on parle de centaines de millions de ces mèmes en ligne. Nous n'avons pas de cadre de référence pour comprendre ce que cela signifie réellement.

Et en dehors du cyberespace, dans la vie réelle ?

Je suis président du Centre d'histoire juive de New York, qui est le plus grand fond de documents historiques juifs en dehors d'Israël. C'est un institut de recherche qui possède 100 millions de documents remontant au Moyen Âge. Après le 7 octobre, nous avons eu des graffitis antisémites tagués sur notre façade, mais heureusement, jusqu'à présent, cela s'est arrêté là. La question que je me pose encore chaque jour est de savoir dans quelle mesure cette radicalisation en ligne reste confinée à Internet, où les gens tissent des liens, nouent des amitiés, et délirent dans tous les sens ? Malheureusement, nous avons de nombreuses preuves de radicalisation en ligne pouvant mener à des violences dans la vie réelle, pour des terroristes de l’Etat islamique comme des antisémites comme Robert Bowers, qui a assassiné 11 juifs à Pittsburgh en 2018, l’attaque antisémite la plus meurtrière de l’histoire des Etats-Unis.

Vous avez écrit en 2015 un livre sur les ressorts de la normalisation de Hitler dans la culture contemporaine. Quels sont-ils ?

La normalisation de la mémoire se fait de quatre manières. D’abord, la normalisation organique, liée aux sauts de générations. Le passage du temps conduit au démantèlement des tabous. En anglais, nous avons une équation qui résume parfaitement ce phénomène : "tragedy + time = comedy" ("tragédie + temps = comédie"). En 1946, il était impensable de rire de Hitler. Mais 80 ans ont passé et les personnes qui auraient pu s'opposer à ce qu'on s’amuse d'un événement aussi tragique que la Shoah sont quasiment toutes mortes. C'est un processus naturel dans toutes les cultures.

La relativisation est le deuxième type de normalisation. Relativiser le passé, c'est essayer de minimiser l'importance d'un événement qui était autrefois très significatif. Quand, dans les années 1980, certains historiens allemands ont commencé à dire que le passé nazi n'était pas si grave, car il y avait eu le génocide cambodgien, le génocide arménien… Il s'agit de relativiser le caractère exceptionnel d'une période de l'histoire afin que les gens n'y prêtent pas une attention particulière. Beaucoup de gens qui cherchent à relativiser l'Holocauste se sont servis de Gaza en affirmant qu'Israël y commettait un génocide - que ce soit vrai ou non, je laisserais ce débat de côté, et tous ceux qui parlent de "génocide" ne sont pas forcément des révisionnistes. Mais pour ces derniers, c'est une manière de dire : les nazis ne méritent pas une attention particulière puisque tout le monde le fait, y compris les Juifs eux-mêmes en Israël.

La troisième variante est l'universalisation : là, il ne s'agit pas de minimiser l'importance, mais plutôt de l’exagérer. Par exemple, quand des gens qui ne supportaient pas les obligations en matière de vaccination contre la Covid se sont mis à porter des étoiles jaunes sur leurs vêtements en se disant victimes de discrimination.

Enfin, il y a l’esthétisation, lorsque vous prenez quelque chose de laid ou de détestable et que vous le rendez drôle ou beau. La croix gammée est un symbole de haine, mais si huit lycéens s'allongent sur l'herbe et forment une croix gammée humaine comme c’est arrivé récemment dans un établissement de San Jose en Californie, ils l'esthétisent. Ils la tournent en dérision. Tous les mèmes sur Internet qui se moquent de Hitler et l’utilisent comme source de rire plutôt que de tragédie se concentrent sur l'esthétique plutôt que l'éthique. C’est une autre manière de normaliser ce passé.

Pendant 50 ans, on n’a eu de cesse de répéter aux jeunes générations : "N’oubliez jamais". En banalisant Hitler, le message de ces gens est inverse. Ils disent, en substance : "Vous pouvez l'oublier, car ce n'est pas exceptionnel."

Internet a considérablement accéléré cette tendance ?

Absolument. Internet a démocratisé l'accès à la connaissance, ce qui est absolument essentiel et important, mais il a aussi démocratisé la possibilité pour les gens de diffuser des informations erronées et haineuses dans la sphère publique. Internet est devenu un égout qui se déverse dans une rivière de connaissances fraîches, polluant ce qui existe et a toujours existé car il y avait des autorités qui veillaient à la "propreté de l'eau", pour filer la métaphore.

Les grandes entreprises de la tech ont simplement pollué le flux de connaissances. Pas toutes, bien sûr, mais nous connaissons des grands noms de cette industrie qui soutiennent Donald Trump et ont une relation étrange avec le fascisme et le nazisme. Elon Musk est l'un d’eux. Rappelez-vous l’épisode de juillet dernier avec Grok, le chat bot d’intelligence artificielle de X. Grok s’est auto-baptisé "Mecha-Hitler" ("Hitler mécanique") et a tenu des propos favorables au nazisme en réponse à des demandes d’utilisateurs…

En novembre, la Garde côtière des Etats-Unis a rédigé une directive requalifiant la croix gammée, auparavant considérée comme "largement associée à l’oppression ou à la haine" à "potentiellement sources de division". L’information révélée par le Washington Post, a obligé le service à rétropédaler. Cela reste un signal inquiétant ?

Oui c’est une façon d’élargir la fenêtre d'Overton (qui définit un cadre de débat d’idées acceptables), c’est un processus qui consiste à tester jusqu'où on peut aller, ce que les gens sont prêts à tolérer. Je pense que les Américains de plus de 40 ans garde néanmoins cette fierté ancrée dans l'identité américaine d'avoir vaincu les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans cette génération-là, seule une minorité est prête à remettre ce passé en question, même si nous avons des historiens révisionnistes, comme Darryl Cooper, qui prétend que les États-Unis n'auraient jamais dû s'impliquer dans la Seconde Guerre mondiale, que Franklin D. Roosevelt était du mauvais côté de l'histoire et que Winston Churchill était en réalité le plus grand méchant. En revanche, il est tout à fait possible que la jeune génération ait une perspective très différente.

Comment expliquez-vous que Darryl Cooper, Nick Fuentes et d’autres aient autant d’abonnés et que tant de gens soient réceptifs à leur rhétorique ?

D’abord, nous ne savons pas si le nombre d’abonnés de ces influenceurs est réel, il y a tellement de bots et de faux comptes. On ignore aussi quel est le niveau d’adhésion de ces followers aux opinions de ces influenceurs. Je vois l’usage des réseaux sociaux par mes élèves et mes enfants, ce qu’ils regardent sur les réseaux sociaux est tellement éphémère, tellement fugace. Ils font défiler les images, 10 secondes de politique, 10 secondes de haute couture, et 10 secondes après, ils regardent des inspirations de vacances.

Ce qui est inquiétant pour ces jeunes, c’est que l'idée même d'avoir une culture historique, de se soucier des faits et de soutenir les valeurs démocratiques libérales semble has been. Ils sont conditionnés à penser que ces valeurs sont des balivernes. Plus on se rebelle contre tout, mieux c'est. Rendez-vous compte, mes étudiants qui ont 19 ou 20 ans, n'ont connu que Donald Trump ou Joe Biden comme présidents. C'est tout ce qu'ils connaissent. Ils ne savent donc pas ce qu'est la normalité. Ce qui est anormal aujourd'hui est normal pour eux. Tous ceux qui ont la cinquantaine comme moi comprennent à quel point les dix dernières années ont été déviantes et exceptionnelles.

Quand des observateurs comparent Trump à un fasciste ou un nazi, comment réagissez-vous ?

J’écris en ce moment un livre consacré à l'étude de ce que j'appelle le débat centenaire sur le fascisme américain. Depuis 1922, lorsque Mussolini est arrivé au pouvoir, les Américains débattent pour savoir si ce qui se passait en Europe dans les années 1920-1930, serait possible en Amérique. Tous les présidents depuis Herbert Hoover ont été comparés à Hitler ou Mussolini C'est un débat sans fin et, jusqu'à récemment, chaque moment de panique sur ce thème s’est avéré excessif.

Avant Trump, j'aurais dit, pour plagier Shakespeare : "C’est une histoire pleine de bruit et de fureur". Tout le monde craignait que Nixon devienne fasciste à cause du Watergate, ou parce que quatre étudiants américains blancs ont été tués par la Garde nationale à l'université de Kent State en protestant contre la guerre du Vietnam. De la même façon, beaucoup d'observateurs voient dans les meurtres de l’ICE dans le Minnesota un nouveau signe de fascisme paramilitaire. Je comprends pourquoi ils disent cela. D’autant que de nombreux signes inquiétants laissent présager une ingérence dans les élections de novembre prochain. Jusqu'à présent, le système judiciaire a rejeté bon nombre des tentatives déraisonnables de l'administration Trump visant à s'en prendre à ses ennemis à l'aide d'accusations fallacieuses. Mais la Cour suprême s'est montrée moins fiable.

Le 4 juillet prochain, nous célébrerons les 250 ans de la Déclaration d’indépendance. Jusqu’à présent, les freins et contrepoids du système politique américain ont empêché des tendances inquiétantes de se transformer en un raz-de-marée massif qui deviendrait une dictature pure et simple. Qu’il s’agisse de Pat Buchanan dans les années 1990 (NDLR : conseiller de Nixon et candidat aux primaires du Parti républicain, qui décrivait Hitler comme "un organisateur politique de premier plan"), du gouverneur d’Alabama George Wallace, ségrégationniste et lié au Ku Klux Klan ; de la John Birch Society, une organisation d'extrême droite opposée aux droits civiques ou bien sûr du Ku Klux Klan…. Le sentiment anti-immigrés et le populisme de droite ont une longue histoire aux Etats-Unis. Le trumpisme en est le prolongement. Et il y a dans cette administration Trump et parmi ses électeurs de véritables fascistes ou admirateurs des nazis, qui aimeraient utiliser ces symboles pour, au minimum, effrayer des adversaires. L’officier Gregory Bovino – qui a dirigé l’offensive de la police de l’immigration ICE à Minneapolis – en est l’archétype, avec son trench-coat à la Heinrich Himmler.

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