Samuel Gregg propose dans cet article un bref résumé de certains des livres les moins connus de l’un de ses penseurs préférés, l’économiste allemand Wilhelm Röpke, dans l’espoir d’inciter certains lecteurs à en apprendre davantage sur lui et sur ses contributions à l’économie politique.
Article de Samuel Gregg paru originellement dans Acton Institute.
Röpke est peut-être mieux connu comme l’un des architectes intellectuels du miracle économique allemand d’après-guerre, fondé sur le marché. Mais il était aussi un véritable polymathe. Parlant couramment les langues modernes et anciennes, libéral et chrétien convaincu, Röpke était aussi à l’aise pour parler des points les plus fins de la théorie des cycles économiques que pour discuter de La Cité de Dieu d’Augustin.
L’ouvrage le plus célèbre de Röpke est sans doute A Humane Economy : The Social Framework of the Free Market, paru pour la première fois en allemand en 1958 et salué par le New York Times et le Wall Street Journal lors de sa publication en anglais en 1960. Tout au long de sa vie, Röpke a écrit de manière prolifique, signant plusieurs livres, des dizaines de travaux universitaires, et un nombre incalculable d’articles de journaux, rédigeant plus de 900 publications à la fin de sa vie. Nombre de ses écrits ont exercé une profonde influence sur d’éminents conservateurs américains tels que William F. Buckley et Russell Kirk. Voici quelques-uns de ses textes qui ne sont peut-être pas aussi familiers au public américain et européen.
Crises et cycles (1936)
Comme de nombreux économistes de l’entre-deux-guerres, Röpke s’est efforcé de comprendre les causes de la Grande Dépression et d’analyser les perspectives de divers remèdes. Rédigé pendant ses premières années d’exil en Turquie, ce livre aborde directement ces questions et examine les diverses propositions avancées par des personnalités allant de F.A. Hayek à John Maynard Keynes. Dans sa préface, Röpke déplore que le livre ait été déjà tapé à la machine au moment de la parution de la Théorie générale de Keynes. Plus tard, Röpke critiquera ouvertement Keynes et le keynésianisme, mais on peut voir dans Crises et cycles les fondements de cette critique et la raison pour laquelle Röpke considérait Keynes comme le père d’un type d’économie qui, selon lui, nuisait au bien commun.
L’économie de la société libre (1937)
À bien des égards, il s’agit de mon livre préféré de Röpke. Initialement publié en Autriche un an avant l’Anschluss, il a fait l’objet de neuf éditions allemandes et a été publié dans plusieurs langues. L’économiste Ludwig von Mises, qui avait de nombreux désaccords intellectuels avec Röpke, a tellement apprécié ce livre qu’il a recommandé qu’il soit publié en anglais. L’attrait de ce texte réside dans le fait qu’il expose dans un langage clair et accessible les fondements de l’économie, les problèmes avec lesquels l’économie se débat et auxquels elle cherche à répondre, ainsi que les moyens par lesquels une économie saine peut soutenir les sociétés libres.
La crise sociale de notre temps (1942)
Écrit en Suisse au milieu de la Seconde Guerre mondiale, ce livre a permis à Röpke d’attirer l’attention du monde en dehors des pays germanophones. Son impact fut tel que le régime nazi en interdit la publication en Allemagne et dans tous les territoires occupés par les Allemands. Ce livre marque le premier effort de Röpke pour retracer systématiquement les racines historiques profondes de la crise multiforme qui frappe le monde occidental, et Röpke le fait en s’appuyant sur un éventail de sources économiques, politiques et théologiques. Nombre des idées économiques contenues dans ce livre ont profondément influencé la libéralisation de l’économie ouest-allemande par Ludwig Erhard en 1948.
La question allemande (1945)
Rédigé initialement à la demande du ministère britannique des Affaires étrangères, l’exposé de Röpke sur les raisons de la catastrophe allemande du national-socialisme a eu l’effet équivalent en Allemagne à celui de La route de la servitude (1944) de Hayek en Grande-Bretagne et aux États-Unis. La majeure partie de ce livre explique les différents courants de la haute culture allemande, mais les relie également aux erreurs économiques commises par les gouvernements allemands successifs depuis l’époque de la réunification.
Ordre international et intégration économique (1954)
Cet ouvrage révèle les connaissances approfondies de Röpke en matière d’histoire du droit international, ainsi que la profondeur de son engagement en faveur du libre-échange. Il montre comment la diffusion de la liberté économique à l’intérieur et au-delà des frontières nationales peut être une source de prospérité pour tous, ainsi que les problèmes politiques et économiques associés au protectionnisme et à l’autarcie. Dans le même temps, Röpke souligne son opposition aux projets d’unification européenne imposés d’en haut et exprime clairement son opposition au projet politique qui deviendrait l’Union européenne.
Il ne s’agit là que d’un échantillon des livres de Röpke, dont la plupart sont disponibles en anglais. Ceux qui recherchent une collection représentative de certains des articles les plus importants de Röpke devraient se tourner vers les superbes essais rassemblés et édités par mon collègue d’Acton, Daniel A. Hugger, dans The Humane Economist : A Wilhelm Röpke Reader (2019). Un excellent petit livre sur la vie et la pensée de Röpke, Wilhelm Röpke : Swiss Localist, Global Economist, a été écrit par John Zmirak, conférencier à l’Acton University, en 2000. Pour ceux qui souhaitent approfondir les spécificités et le développement de la pensée économique de Röpke, il y a toujours Wilhelm Röpke’s Political Economy (2010), écrit par votre serviteur.
La lecture des ouvrages de Röpke ne signifie certainement pas que le lecteur est d’accord avec tout ce qu’il dit. Au cours de sa vie, Röpke a changé d’avis sur plusieurs sujets importants. Mais la dimension la plus impressionnante de sa pensée est peut-être la manière dont il aborde différentes questions économiques d’un point de vue véritablement interdisciplinaire. Et ne vous y trompez pas : son cheval de bataille n’est ni plus ni moins que la vérité. C’est finalement ce qui compte le plus.