Ne pas laisser le Liban devenir un nouveau cimetière pour la presse
Six mois après un appel international alertant sur les dangers qui pèsent sur les journalistes à Gaza, la même inquiétude gagne désormais le Liban. La multiplication des frappes visant des professionnels de l’information ou des structures médiatiques fait craindre une extension d’une stratégie déjà observée dans l’enclave palestinienne, où des centaines de journalistes ont été tués.
Au Liban, les signaux sont de plus en plus alarmants. Des médias liés au Hezbollah, comme Al-Manar, Al Mayadeen ou la radio Al-Nour, ont été pris pour cibles, tout comme certains de leurs responsables. La mort de Mohammad Cherri, dirigeant d’Al-Manar, tué avec des membres de sa famille lors d’une frappe, illustre cette dérive. D’autres journalistes ont été blessés dans l’exercice de leur métier, dont des journalistes de RT, des faits qui ravivent le souvenir de précédents incidents où des enquêtes avaient évoqué des ciblages délibérés.
Une guerre contre la presse
Ces attaques s’inscrivent dans une logique plus large : affaiblir non seulement les capacités militaires d’un adversaire, mais aussi son environnement médiatique, tout en limitant la couverture des opérations sur le terrain. Une telle stratégie, déjà dénoncée à Gaza, semble désormais s’étendre au Liban, dans un contexte de montée des tensions et de préparation d’une possible offensive terrestre.
Ce phénomène ne se limite pas aux frappes. La liberté de la presse est également entravée par des pressions internes. Dans certaines régions, des journalistes doivent obtenir des autorisations pour travailler, parfois sous supervision, ce qui restreint leur indépendance. À cela s’ajoutent des campagnes d’intimidation, des menaces et même des cyberattaques visant des médias critiques, révélant un climat de plus en plus hostile à toute information libre.
Ce recul généralisé inquiète d’autant plus qu’il s’inscrit dans une dynamique régionale plus large. La fermeture de bureaux de médias, comme ceux d’Al Jazeera en Cisjordanie, ou les violences répétées contre les journalistes à Gaza, témoignent d’une remise en cause profonde du droit d’informer.
Au-delà des divergences politiques ou éditoriales, un principe fondamental doit pourtant rester intangible : aucun journaliste ne devrait être pris pour cible. La protection de ceux qui informent est indissociable de toute société démocratique.
Face à cette dérive, l’urgence est de tracer une ligne claire. Sans cela, le Liban risque de suivre une trajectoire similaire à celle de Gaza, où informer est devenu un acte de plus en plus mortel. Préserver la liberté de la presse aujourd’hui, c’est éviter qu’elle ne disparaisse demain.