Paris, Lyon, Marseille : les électeurs ont préféré l’original à la copie
Après les élections municipales, parmi les 12 « aires métropolitaines » (ainsi qualifiées par l’INSEE), 9 sont restées des bastions de gauche : Paris, Marseille, Lyon, Lille, Nantes, Strasbourg, Rennes, Grenoble et Montpellier. Seules Nice et Toulouse ont élu/réélu des maires de droite, avec Éric Ciotti et Jean-Luc Moudenc. À Bordeaux, le maire sortant Pierre Hurmic a été battu par Thomas Cazenave (Renaissance).
Malgré une envie de changement, les électeurs ont, dans les faits, consacré la stabilité, en reconduisant des maires sortants ou des majorités de même sensibilité politique dans les grandes villes. Plusieurs éléments expliquent que l’on ait abouti à cette apparente contradiction, dont deux sont essentiels et intrinsèquement liés : un vrai ras-le-bol de la politique, qui s’est traduit dans les urnes par une faible participation, 57 % au second tour, contre 62,1 % en 2014 ; ainsi que le désintérêt envers les programmes des candidats « phares » qui, dans les grandes villes, ne proposaient aucune véritable rupture avec les équipes en place.
Dans les trois plus grandes villes françaises (Paris, Lyon et Marseille), les candidats médiatisés dits « de rupture » ne l’étaient, en réalité, pas vraiment.
À Paris, Rachida Dati avait beau employer des termes comme simplification des « procédures administratives » ou « maîtrise des dépenses », il était évident qu’elle n’aurait pas pu s’empêcher d’intervenir sur le marché. Elle proposait notamment d’encourager les véhicules électriques via des aides à l’achat ou des places de stationnement réservées, de réorienter « les subventions vers les associations qui agissent pour les Parisiens et garantissent la vitalité de nos quartiers ». Visiblement, Mme Dati sait mieux que les Parisiens eux-mêmes quelles associations servent le mieux leurs intérêts…
À Lyon, Jean-Michel Aulas n’a pas davantage incarné la rupture qu’il affirmait représenter. Son programme comprenait l’extension de la gratuité des transports en commun, la création d’un comité d’orientation stratégique pour l’innovation, ou encore l’accompagnement des artistes dans leurs trajectoires professionnelles. Bref, toujours plus d’interventionnisme.
À Marseille, même logique. Le programme économique du RN Frank Allisio ne reposait que sur peu d’engagements, dont la réhabilitation du front de mer et un axe fort sur la sécurité. Il proposait également la création d’un concours « Marseille entreprend », destiné à distinguer 111 projets entrepreneuriaux, auxquels la ville aurait garanti un prêt d’amorçage de 5000 euros. Qui aurait décidé des projets les plus pertinents ? Encore un politique qui s’estime plus avisé que le marché lui-même… Il est vrai que le Rassemblement National ne nous a guère habitués à des vues économiques très fouillées.
Finalement, les électeurs semblent toujours dans l’attente d’une véritable proposition de rupture, nette et bien visible, une proposition qui ne viendra ni d’une gauche, ni d’une droite, aussi étatistes l’une que l’autre.
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