Ruée vers le fugu: au Ghana, la blouse traditionnelle prend sa revanche
Cette initiative intervient juste après le voyage officiel début février du président ghanéen John Mahama en Zambie, où sa tenue - un ample fugu rayé bleu et gris - a provoqué des moqueries en ligne, certains jugeant cette tenue peu appropriée pour un chef d’État.
"J'étais ravi d'apprendre l'initiative +Wear Fugu Wednesday+ (+Portez un fugu le mercredi+) du président, car le voir porter cette blouse m'a rendu fier", affirme Emmanuel Nii Otu Awuley, chauffeur de taxi, qui estime qu'"il est temps que nous portions ce qui nous appartient".
Dans une petite boutique du centre de la capitale, William Nene plie des smocks fraîchement tissés, car les clients affluent pour demander le même modèle que celui récemment porté par le président.
"Les gens viennent spécialement pour ça maintenant", s'amuse-t-il en montrant de la main ses étagères désormais vides.
"Depuis le débat en ligne, beaucoup veulent porter quelque chose qui montre qu'ils sont ghanéens", commente-t-il.
Selon lui, l'offre ne peut plus suivre la demande: "À l'heure actuelle, nous ne pouvons pas les tisser assez vite!"
Vêtement national
Traditionnellement fabriquée dans le nord du Ghana sur des métiers à tisser à bandes étroites, la blouse est portée lors de festivals, d'événements politiques et, de plus en plus, dans les bureaux et la vie publique.
Depuis son atelier où pendent de longues bandes de tissu séchant au soleil, le tisserand Shadrack Yao Agboli confirme la tendance.
"De plus en plus de jeunes posent des questions: comment est-il fabriqué, d'où vient-il ?", raconte-t-il en guidant un fil à travers un métier à tisser en bois.
"Lorsque les dirigeants le portent, cela rappelle aux gens que ce tissu est le nôtre", affirme-t-il.
Au-delà du symbolisme, cette demande renouvelée pourrait offrir un léger coup de pouce aux artisans locaux qui sont en concurrence avec des vêtements importés moins chers.
Pour l'historien Yaw Anokye Frimpong, le batakari est "un vêtement national non officiel" ayant des racines pratiques et historiques.
"Contrairement au kente, qui est principalement cérémoniel, la blouse est un vêtement de tous les jours ", explique-t-il. "Nos ancêtres le portaient même au combat!"
Frederick Ohene Offei-Addo, directeur de la radio Asaase Broadcasting Company, considère que le choix de textiles fabriqués au Ghana constitue à la fois une fierté culturelle et une stratégie économique.
"Si nous continuons à parler d'industrialisation et d'emplois, nous devons également être attentifs à ce que nous achetons et portons. Chaque blouse tissée localement soutient un tisserand, un commerçant et toute une chaîne de valeur. La culture n'est pas seulement un héritage, c'est aussi un moyen de subsistance", analyse-t-il, lui-même vêtu d'un fugu bleu roi.
Ce regain d'engouement pour le fugu intervient alors que le gouvernement ghanéen encourage les industries locales et les exportations culturelles afin de créer des emplois et de réduire la dépendance vis-à-vis des importations.