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Le meurtre d’Ilan Halimi n’est pas un accident de l’histoire, par Marc Knobel

Le 20 janvier 2006 marque le début d’un supplice qui ne prendra fin que le 13 février 2006, lorsque l’on retrouve agonisant, au bord d’une voie ferrée, un jeune homme juif enlevé, séquestré et torturé. Cette affaire, où la cruauté et l’appât du gain se mêlent à une violence extrême nourrie par l’antisémitisme, a pour victime un jeune Français de 23 ans : Ilan Halimi. Je vais vous conter son histoire et tenter de dire, avec des mots toujours insuffisants, la peine que je ressens encore aujourd’hui.

En 2018, dans une longue interview, je suis revenu sur l’affaire Ilan Halimi pour la resituer dans une séquence plus large de violences antisémites ouverte au début des années 2000. J’y expliquais comment cette période avait constitué une rupture : explosion statistique des actes antijuifs à partir de 2000, déni initial des autorités, puis lente prise de conscience politique. Je rappelais aussi cette phrase que j’avais prononcée en 2006 – "C’est le premier meurtre antisémite (en France) du XXIe siècle" – qui me poursuit encore aujourd’hui, comme si je pressentais confusément que d’autres crimes suivraient.

À l’époque, je n’avais pas encore pleinement mesuré ce que révélait un autre crime, survenu trois ans plus tôt : en novembre 2003, à Paris, le jeune DJ juif Sébastien Selam est assassiné par un voisin qui se vante d’avoir "tué un Juif". Sur le plan judiciaire, ce meurtre n’a pas été formellement qualifié comme crime antisémite, l’auteur ayant été déclaré pénalement irresponsable. Mais, en 2018, une lettre d’Emmanuel Macron, rendue publique par le député Meyer Habib, reconnaît explicitement "le caractère antisémite du meurtre de Sébastien Selam", geste salué par les institutions juives même s’il ne vaut pas requalification pénale. Si l’on tient compte de ce précédent tragique, l’assassinat d’Ilan Halimi apparaît moins comme un "premier" meurtre antisémite que comme un basculement : le moment où une partie de la société française a pris conscience, tardivement, qu’un juif pouvait être enlevé, séquestré et torturé à mort parce qu’il était juif, dans un continuum de violences qui avait déjà commencé.

Vingt ans plus tard, je reviens à cette phrase avec un certain effroi, car elle disait à la fois ma sidération et une forme d’intuition historique : quelque chose venait de se produire qui rompait un équilibre précaire, installé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Avec Ilan Halimi, la France découvrait qu’un jeune homme pouvait être enlevé, séquestré, torturé pendant vingt-quatre jours, puis abandonné, nu, brûlé, agonisant le long d’une voie ferrée, parce qu’il était juif et supposé "bourré de thunes", du moins aux yeux de ses ravisseurs et de ses bourreaux, qui avaient décidé de faire de lui une proie. Ils savaient parfaitement ce qu’ils faisaient et jusqu’où ils étaient prêts à aller.

Le "gang des barbares" et le silence

J’ai vu, jour après jour, se dessiner le visage de ce qu’on a appelé le "gang des barbares", une nébuleuse où se combinent petite délinquance, appât du gain, fantasmes de toute-puissance masculine et références pseudo-islamistes, bricolées et caricaturales. J’ai entendu, comme tant d’autres, les provocations de Youssouf Fofana – ce "chef" autoproclamé qui, devant la cour, revendique une identité "arabe africain islamiste salafiste" et lance "Allah Akbar". Derrière cette caricature, il y avait tout un environnement : des complices nombreux, des voisins qui se taisent, une cité où certains ont prétendu ne rien voir, ne rien entendre.

Dans les années qui ont suivi, j’ai souvent repensé à la figure de Ruth Halimi, la mère d’Ilan. Avec la romancière Émilie Frèche, elle a choisi d’écrire 24 jours. La vérité sur la mort d’Ilan Halimi, publié en 2009 (Éditions du Seuil). Ce geste tient à la fois du devoir de mémoire et d’un cri de douleur adressé à une société qui n’a pas voulu – ou pas su – voir assez tôt. Elle y consigne les faits, jour après jour : la lenteur des jours, les appels, les demandes de rançon, les erreurs d’appréciation, cette obstination à ne voir qu’un crime crapuleux alors qu’il s’agissait avant tout d’un crime antisémite. À travers sa voix, c’est tout un pan d’aveuglement collectif qui est mis à nu.

Car le meurtre d’Ilan Halimi n’est pas un accident de l’histoire, un épisode isolé arraché au néant. Il est le fruit d’un antisémitisme qui persiste, se transforme, mais reste nourri par les mêmes clichés vénéneux. Ces images venues de loin trouvent aujourd’hui de nouveaux canaux, des cages d’escalier aux plateformes numériques et aux réseaux sociaux. Ce que Fofana exprimait de manière brutale – haine du juif, obsession de l’argent, fascination pour la violence – circule désormais dans des flux incessants de messages complotistes et antisémites en ligne, aussi lorsqu'il est question d'Israël, dont l’évocation sert trop souvent de prétexte à la libération d’une haine plus ancienne. L’affaire Halimi est ainsi à la fois un point de départ et un symptôme : celui d’un pays qui ne se protège pas assez contre ses démons anciens, religieux, politiques ou "antisystème".

Nommer l’antisémitisme

Écrire ou dire aujourd’hui sur Ilan Halimi, ce n’est donc pas seulement raconter, une fois encore, l’horreur du rapt, de la séquestration, de la torture et de la mort. C’est interroger ce que cette affaire dit de nous, collectivement.

Elle révèle combien il est difficile, en France, de nommer l’antisémitisme lorsqu’il surgit hors des formes historiques que nous savons reconnaître. Nous avons su voir l’antisémitisme d’extrême droite ; nous avons mis plus de temps à identifier celui qui se drapait dans le langage du ressentiment social, du conflit proche-oriental ou d’un islamisme de façade. Elle dit ensuite quelque chose de notre société. Une société fragmentée, où l’on peut vivre côte à côte sans réellement se voir ; où l’indignation est vive mais souvent brève ; où l’on préfère parfois interpréter un crime comme crapuleux plutôt que d’affronter ce qu’il révèle de nos fractures culturelles et symboliques. Elle dit aussi quelque chose de nous, citoyens ordinaires. De notre capacité à détourner le regard, à considérer que certaines violences ne nous concernent pas directement, qu’elles relèvent d’un ailleurs social. Elle interroge notre seuil de tolérance face aux paroles antisémites banalisées, répétées, minimisées.

Que signifie vivre dans une société où vingt-neuf personnes - complices, proches, voisins - peuvent savoir et se taire ? Où un jeune homme est torturé dans un immeuble sans que personne ne sonne l’alarme, où l’antisémitisme est relégué au rang de "motif secondaire" quand il est au cœur du crime ? Que dit de nous ce mélange de déni, de lassitude et d’indifférence qui, vingt ans plus tard, menace de recouvrir cette histoire d’une couche supplémentaire d’oubli ?

Je n’ai pas de conclusion apaisante à proposer. Je continue à croire à la force du droit, à l’importance des procès, au rôle des livres et de l’enseignement, au courage des témoins qui, comme Ruth Halimi, choisissent de parler. Mais je mesure aussi, avec une certaine tristesse, combien la répétition des alertes peut, paradoxalement, finir par lasser. Peut-être est-ce là, pour un historien, l’une des expériences les plus douloureuses : voir se reproduire, sous des formes nouvelles, des schémas que l’on connaît déjà, et découvrir que la connaissance du passé ne suffit pas, à elle seule, à enrayer le cours du présent.

*Marc Knobel est historien et chercheur associé à l'Institut Jonathas de Bruxelles. Il a publié plusieurs ouvrages dont Haine et violences antisémites en 2013 (Berg International, 350 pages) puis Cyberhaine : propagande et antisémitisme sur Internet, en 2021 (Hermann, 231 pages).

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