IA : la Silicon Valley a trouvé son "Jarvis", le serviteur virtuel d'Iron Man
Un agent IA n’est pas un simple chatbot plus malin que les autres. C’est un logiciel qui passe à l’action. Il observe un écran, un fichier, une boîte mail ou un agenda, propose un plan et exécute des actions comme ouvrir une application, cliquer, remplir un questionnaire ou écrire un message. Il évalue ensuite le résultat et continue jusqu’à atteindre son objectif. Un chatbot parle. Un agent agit, avec des permissions, une mémoire, et souvent un environnement d’exécution. Cette définition simple est déjà ancienne. LangChain ou AutoGPT ont plus de trois ans, mais n’avaient jamais vraiment percé.
Fin 2025, Peter Steinberger, un développeur autrichien, a conçu pour son propre usage Clawdbot, rebaptisé Moltbot puis OpenClaw. Il souhaitait un "Jarvis [NDLR : l’assistant du super-héros Iron Man] disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7", capable de lui envoyer des messages de manière proactive, de se souvenir du contexte des conversations et d’exécuter des tâches de manière autonome, le tout sur son ordinateur personnel. Intégré avec douze outils de messagerie nativement, dont Telegram et WhatsApp.
Sur GitHub, le répertoire où les développeurs partagent leur code, OpenClaw affiche 162 000 étoiles collectées en deux mois à peine. Les projets les plus populaires n’atteignent généralement ce chiffre qu’au bout de plusieurs années. Pourquoi un projet indépendant, objectivement modeste à l’origine, a-t-il mis le monde de l’IA en émoi ?
Premier facteur : l’intégration. L’agentique échouait souvent sur ce point trivial. On savait faire raisonner un modèle, beaucoup moins le faire vivre dans des process réels. OpenClaw, lui, se présente comme un assistant prêt-à-brancher sur des canaux existants, avec un parcours d’installation et une logique de compétences qui rendent l’extension presque mécanique. Le projet ressemble moins à une recherche qu’à un produit modifiable et redistribuable. Son caractère open source, donc copiable, a fait exploser sa diffusion.
Un réseau social d'agents IA
Le deuxième facteur de son succès est la promesse de fonctionner "en local", autrement dit sur un ordinateur ou un serveur personnel. Elle répond à une angoisse croissante. Un agent est, par nature, un logiciel à privilèges. Il manipule des fichiers, des sessions, parfois des paiements. Le mode de fonctionnement d’OpenClaw laisse espérer un meilleur contrôle - même si la réalité est plus nuancée.
Le psychodrame qui a accompagné son lancement a constitué, enfin, un puissant moteur de viralité. Changement de nom en cascade, comptes usurpés, clones, tentatives d’exploitation... Le feuilleton a offert une narration que X et la presse dédiée à la technologie savent amplifier. Cerise sur le gâteau : les agents auraient créé un réseau social, Moltbook, où les humains seraient condamnés au rôle de voyeurs, pendant que des bots discuteraient entre eux, s’organiseraient et se doteraient de codes. L’histoire parfaite pour la presse grand public.
La magie résiste rarement à un examen minutieux : ce réseau ressemble moins à une société qu’à un flux d’ordres prédéterminés. Ce qui circule, ce ne sont pas des intentions, ce sont des formats réutilisables, des scripts, des connexions. Or Moltbook a été infiltré, contourné, imité. Des humains se font passer pour des agents et alimentent des posts viraux.
En réalité, tout le marché a déjà basculé vers des modèles capables d’interagir avec des interfaces. Claude Cowork, sorti le 12 janvier, ne se contente pas de produire du texte. Dans le navigateur Internet Chrome, il peut réaliser des tâches qui exigent d’interagir avec le navigateur. La veille, ByteDance avait publié UI-TARS-desktop, un agent d’automatisation de bureau présenté comme local et open source, capable de piloter des applications, d’ouvrir des fichiers, de naviguer et d’exécuter des tâches sans dépendre d’une connexion permanente.
Ce qui limite encore la capacité d’action de ces agents, c’est le monde physique. Aucun d’entre eux n’ouvre une porte, ne va chercher un colis, ne tient une caméra, ne signe un papier. Le réel est une connexion récalcitrante. C’est là que surgit la start-up rentahuman.ai, avec une proposition aussi cynique que limpide : louer son corps pour exécuter, dans la vraie vie, ce que l’agent IA ne peut pas faire. Une cohorte de 150 humains acceptera de jouer les tâcherons de l’intelligence artificielle. De quoi nourrir encore la polémique et le buzz.