Royaume-Uni : Amelia, une collégienne virtuelle devenue icône de la haine
Carré violet, style "gothique", et drapeau sur les épaules, Amelia est écolière. Elle est aussi raciste, nationaliste, et surtout, elle n’existe pas. Comme "icône" de sa "résistance", l’extrême droite anglaise s’est choisie une intelligence artificielle, dérivée d’un personnage imaginé pour les enfants.
Tout commence par un jeu vidéo destiné aux 13-18 ans : Pathways - traduisez : chemins -. Un "kit pédagogique interactif", financé par le gouvernement britannique, dans l'ambition d'apprendre aux jeunes à reconnaître "l’extrémisme et la radicalité" en ligne.
Raciste, homophobe et ultra-sexualisée
Amelia y a le mauvais rôle, accusant par exemple les "immigrés de venir au Royaume-Uni pour prendre notre travail", ou encourageant ses camarades à rejoindre des groupuscules identitaires. Selon le journal britannique The Guardian, certains scénarios simulés dans le jeu donnent lieu à un signalement dans le cadre du programme antiterroriste gouvernemental "Prevent".
De quoi piquer l’extrême droite locale qui s’est rapidement emparée du personnage. Grâce à l’intelligence artificielle, des internautes la mettent en scène sous diverses formes. Manga, Wallace et Gromit, dessin animé, ou personnage ultra-réaliste - ou du moins, autant que l’IA puisse l’être -. Qu’importe l’univers, une chose ne change pas : attablée dans un pub, Amelia professe son amour pour l’Angleterre, la bière, les fish and chips tout en éructant son racisme, son homophobie et son complotisme. "Sadiq Khan, on est a Londres ici, pas en Afghanistan, ni dans Star Wars", peut-on entendre sur l'une des nombreuses vidéos postées. Dans des publications qui cumulent des millions de vues, des utilisateurs n’hésitent pas à exploiter l’IA pour appeler au soulèvement, violenter des élus, prendre le contrôle des armées et des institutions.
Autre fait notable, les représentations d’Amelia, lycéenne mineure, ont très rapidement été ultra-sexualisées. Une dérive dont ne s’étonne pas Siddharth Venkataramakrishnan, analyste à l’Institute for Strategic Dialogue, qui pointe l’emballement d’une droite dissidente. "Tout un écosystème s’y est attaché. De toute évidence, l’imagerie sexualisée y joue un rôle clef. Le public cible est presque exclusivement composé de jeunes hommes."
Une "monétisation de la haine"
Et l'avatar dépasse les frontières, parfois repris sous un autre nom comme "Victoire" pour l'Hexagone. Depuis la fin du mois de janvier, les dérivés d’Amelia pullulent sur les réseaux sociaux. Allemagne, Australie, France, personne ne semble pouvoir lui échapper… Au point de devenir un phénomène économique.
Selon les analyses de Peryton Intelligence - spécialiste en surveillance de la désinformation - relayées par le Guardian, la quantité de posts mentionnant Amelia est passée d’une moyenne de 500 par jour - à ses débuts - à environ 10 000 depuis le 15 janvier. Le 21 janvier, l’agence a recensé une explosion des contenus : plus de 11 000 posts sur X uniquement.
Un engouement virtuel qui n’a pas échappé aux plus opportunistes, donnant ainsi naissance à une cryptomonnaie d’Amelia. Echo international dont Elon Musk - son adhésion aux idéologies radicales ne laisse plus l’ombre d’un doute - a lui-même fait la promotion.
Elon Musk is posting Amelia memes
— Basil the Great (@BasilTheGreat) January 22, 2026
Britain will be saved ???????? pic.twitter.com/8esKWr5Ib5
"Ce à quoi nous assistons, c’est la monétisation de la haine", a déploré dans les colonnes du Guardian, Matteo Bergamini, fondateur et PDG de Shout Out UK, entité à l’origine du jeu vidéo. Et le chef d’entreprise ne cache pas sa surprise : "nous avons vu des groupes Telegram échanger des messages en chinois au sujet de la cryptomonnaie et discuter de la manière de gonfler artificiellement sa valeur, ce qui permet de gagner beaucoup d’argent". Une tournure d’événement dont se désole Matteo Bergamini qui assure que, malgré la polémique, Shout Out UK continue de recevoir les retours positifs des milieux scolaires.
Selon le ministère de l’Intérieur britannique, le programme Prevent a permis de détourner près de 6 000 personnes des idéologies violentes.