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L’érotisme algorithmique

Avant d’avoir des histoires d’amour avec l’Intelligence artificielle, comme nous l’expliquait Libération cette semaine, nous avions accepté de soumettre notre libido aux applications de rencontres sur nos smartphones qui gèrent nos émois amoureux comme un DRH.


Nous avons gamifié le désir et personne n’a levé le petit doigt. Ce qui autrefois déchirait les chairs, consumait les nuits dans une urgence bestiale et qui n’avait besoin d’aucun manuel d’utilisation, s’est pétrifié en interface utilisateur optimisée pour le taux de rétention client. Le frisson du premier regard ? Un algorithme de recommandation basé sur six selfies photoshopés et trois mythomanies soigneusement rédigées. La chair appelant la chair ? terminé. Désormais c’est une requête SQL filtrant les profils compatibles selon des critères qu’on n’oserait pas avouer à son psychanalyste. L’abandon dans les bras de l’autre ? Incinéré. Vous assisterez à un atelier de négociation préalable sur les modalités du consentement, avec compte-rendu écrit et validation par signature électronique. On se plie aux injonctions toxiques et démoniaques des Sandrine Rousseau et autres castratrices procédurales, ces nouvelles vestales du consentement bureaucratique.

Métrique

On ne baise plus. On déploie « une expérience relationnelle ». On ne jouit plus. On valide les metrics de satisfaction mutuelle. On ne s’éprend plus. On entre en phase de bêta test avec option de désengagement unilatéral si les KPIs affectifs stagnent. On aseptise le vocabulaire pour mieux endormir nos sentiments.

Les applications de rencontre ont opéré une marchandisation de la concupiscence qui aurait fait rougir les proxénètes de l’Ancien Régime.

On se swipe comme des SKU dans un entrepôt Amazon, on se catégorise dans des taxonomies mentales (« potentiel coup unique », « relation transitionnelle », « trop structuré psychologiquement pour mes pathologies »), on se supprime sans préavis quand le cache émotionnel arrive à saturation. Chaque profil défile à la cadence d’une sentence capitale : trois secondes pour décider si cet exemplaire d’humanité mérite qu’on lui accorde le privilège d’une conversation insipide qui débouchera peut-être, si la synchronicité cosmique opère, et si aucune option supérieure ne se manifeste entre-temps, sur un verre dans un bar cacophonique où l’on comparera nos névroses respectives en simulant un intérêt désincarné.

Le premier rendez-vous s’est métamorphosé en assessment center déguisé en moment convivial. On présente son curriculum vitæ sentimental, on justifie ses motivations avec le lyrisme d’une lettre de candidature, on négocie son package relationnel. On se jauge, on se soupèse, on calcule le retour sur investissement émotionnel avant même d’avoir effleuré l’épiderme de l’autre. Le baiser final ? Une poignée de main charnelle validant le passage au tour suivant.

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Et le coït lui-même — ce territoire sauvage où les corps parlaient un dialecte antérieur au langage — s’est bureaucratisé en chorégraphie consultative. On sollicite l’autorisation pour chaque geste, on verbalise chaque intention, on transforme l’étreinte en conseil d’administration où chacun doit approuver l’ordre du jour avant de passer à l’exécution. « Puis-je procéder à une palpation de cette zone ? » « Ton niveau de confort avec cette pratique ? » « Confirmes-tu ton accord sur l’accord préalable ? » Le consentement éclairé, cette camisole consentie, a euthanasié le désir obscur, on signe le safe-word avant même d’avoir bandé.

La déontologie a castré l’érotisme. On ne se jette plus l’un sur l’autre avec cette faim qui abolit la raison ; on se demande courtoisement si la fenêtre temporelle est opportune et si les conditions atmosphériques permettent un rapprochement épidermique conforme aux protocoles établis.

Attention : fantôme !

Le ghosting ? Nomenclature euphémisée pour un meurtre aseptisé, un homicide administratif, la disparition organisée sans l’inconvénient du cadavre. Pourquoi s’expliquer, pourquoi endosser la violence du rejet, pourquoi affronter le regard de quelqu’un pour lui signifier son obsolescence, quand on peut simplement le vaporiser d’un geste, le dissoudre dans les limbes du double-tick azure, l’expurger de sa timeline comme on éradique un malware ? L’autre n’était qu’un onglet parmi cinquante-trois. Les onglets, ça se clôture. Sans liturgie, sans justification, sans même ce minimum de courage que les veules d’antan concédaient encore à leurs victimes.

Le polyamour, ce portefeuille de plug-ins affectifs, s’est hissé en champion de la modernité sentimentale. Le messie de ceux qui convoitent tout, sans rien élire. On nous le vend comme une insurrection affective, l’avant-garde de l’émancipation relationnelle. En réalité, c’est une police d’assurance tous risques pour dilettantes émotionnels. Rien de plus qu’un hedge fund sentimental où l’on diversifie son portefeuille pour ne jamais être pris au dépourvu si l’un des actifs s’effondre. On veut la chaleur du couple sans l’ennui de la monogamie. On désire l’excitation de la prédation sans la cruauté assumée de l’adultère. On espère le frisson de la transgression sans le courage du scandale. En 2026, même Feeld arbore des badges de consentement et des liens de profils couplés – comme si la jalousie se gérait avec un Kanban board éthique.

Alors on conceptualise. On érige des architectures relationnelles qui feraient sangloter un ingénieur des Ponts. On rédige des chartes plus volumineuses que le traité de Lisbonne, on orchestre des méta-conversations sur nos méta-affects jusqu’à ce que même la libido ait besoin d’un consultant externe pour se localiser. On fornique à plusieurs avec des protocoles plus rigides qu’une assemblée générale de copropriété, des Google Calendars synchronisés pour éviter les collisions corporelles, des groupes WhatsApp pour administrer la logistique des tendresses croisées. « Mardi chez Léa, mercredi tu peux voir Thomas, jeudi on se retrouve tous si personne n’a une meilleure offre. » L’amour par rotation, la jouissance en multipropriété, l’intimité en temps partagé.

Amour co-construit

On ne jouit plus. On co-construit des espaces de plaisirs inclusifs. On ne désire plus. On déconstruit les normativités hégémoniques en se faisant besogner par trois personnes différentes dans la même semaine — chacune avec son créneau horaire et ses limites clairement établies dans un document partagé accessible via Notion. On utilise la novlangue comme anesthésiant émotionnel. Ainsi se dévoile toute l’obscénité du jargon corporate appliqué à l’orgasme.

Et ceux qui persistent ensemble ? Ils ne s’aiment plus, ils cohabitent dans une tranchée affective en attendant que l’un capitule ou qu’une meilleure proposition se matérialise sur le marché. Ils survivent via thérapie de couple à 120€ la séance — cette prostitution inversée où l’on rémunère quelqu’un pour simuler l’intérêt qu’on ne se porte plus. L’intimité s’est bureaucratisée, métamorphosée en project management conjugal avec rétrospectives trimestrielles et objectifs à atteindre avant la clôture de l’exercice fiscal.

On ne fait plus l’amour, on case un slot entre le CrossFit et le meal prep dominical. On baise comme on coche une case sur une checklist, sans élan, sans faim, sans cette urgence viscérale qui abolit tout le reste. Juste pour valider qu’on maintient une activité sexuelle, pour pouvoir le mentionner en séance, pour ne pas être celui qui a laissé filer trop de semaines sans friction épidermique. Le désir — ce tyran magnifique qui jetait jadis les amants hors des lits conjugaux et dans les bras de catastrophes sublimes — s’est domestiqué en ronronnement programmable via notification push. « Ton partenaire souhaite programmer une intimité partagée jeudi 21h15. Accepter / Reporter / Snooze. »

L’auto-sabotage n’est même plus inconscient. On le pratique en pleine lumière, avec la méthodologie d’un product manager itérant sur son MVP sentimental. On sélectionne systématiquement celui ou celle qui dysfonctionnera — le narcissique, l’émotionnellement oblitéré, l’affectivement constipé — parce qu’au moins, quand ça s’effondre, on peut se dire qu’on maîtrisait le script de bout en bout. On provoque la rupture avant qu’elle ne nous surprenne, on saborde la relation dès qu’elle menace de devenir tangible, dès qu’elle exige quelque chose d’aussi obscène que de la présence, de la vulnérabilité, de l’abandon.

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Parce que le véritable amour — celui qui vous saisit aux tripes sans préavis, qui exige tout sans garantie de retour, qui demande qu’on se jette dans le vide sans filet de sécurité — cette aberration archaïque, déraisonnable, totalement non-scalable, nous terrorise infiniment plus que la solitude, que l’échec, que n’importe quelle douleur répertoriée et prévisible. Quand il se manifeste avec ses exigences primitives — présence, fidélité, abandon, cette obscénité première qui demande qu’on se donne sans clause résolutoire — on recule comme devant un contrat léonin rédigé par un sadique.

On préfère l’amour sous abonnement mensuel, révocable d’un clic, sans engagement au-delà des trente premiers jours, avec option de pause et reprise ultérieure si les conditions du marché s’améliorent. L’Amour 2.0, c’est Netflix pour solitaires compulsifs : un catalogue infini de chairs interchangeables, des épisodes qu’on zappe dès que le rythme faiblit, et cette sensation lancinante qu’on pourrait peut-être trouver mieux — plus stimulant, plus compatible, mieux optimisé pour nos pathologies spécifiques — si on scrollait encore un peu.

Alors on remplit. On remplit le vide de profils interchangeables, de notifications qui font croire qu’on existe, de relations à géométrie variable où personne ne s’engage vraiment. On appelle ça de la « fluidité », du « refus des schémas toxiques ». En réalité, c’est l’esquive élevée au rang d’art de vivre, la fuite transformée en manifeste générationnel, la lâcheté rebaptisée émancipation. Et le taux de natalité s’effondre. Plus d’enfants adultérins, plus d’enfants du tout d’ailleurs. Même la transgression fertile a disparu, remplacée par la stérilité aseptisée. Pendant que la France passe en solde naturel négatif en 2025 – première depuis la guerre –, on swipe pour s’aménager des espaces de plaisirs infertiles.

Et à force de scroller dans le vide, on ne trouve plus rien de bandant. Juste le reflet de son propre visage dans l’écran noir quand la batterie finit par lâcher.

Et ce visage-là, vieilli prématurément par des nuits blanches sans saveurs devant un écran, et le mensonge qu’on se répète depuis des années, on ne le reconnaît même plus.

Que reste-t-il au final ? Un fantôme qui attend une notification salvatrice. Mais l’écran reste noir. Parce que l’humain, en se désabonnant de l’humain, s’est déjà effacé.

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