Benoît Payan ambitionne de conserver Marseille, fort de sa coalition de gauche
Une annonce qui constitue tout sauf une surprise tant l'édile, à la tête du Printemps marseillais -coalition de gauche-société civile allant des socialistes aux communistes en passant par les écologistes-, avait régulièrement rappelé qu'un mandat ne serait pas suffisant pour "changer la ville", restée 25 ans dans les mains de la droite.
"Marseille a retrouvé sa voix et sa place. Oui, Marseille est de retour. Mais je le dis avec lucidité et humilité : il reste encore de grandes choses à accomplir", écrit-il dans une lettre aux Marseillais transmise à l'AFP, sans détailler à ce stade les lignes de son programme pour l'élection municipale des 15 et 22 mars.
Dans le quotidien La Provence, à qui il consacre une grande interview samedi, il promet la présentation prochaine "d'un grand projet du littoral. Ce sera le chantier du siècle !".
Avec cette officialisation de candidature, l'indécise campagne marseillaise va pouvoir entrer dans le vif du sujet. Le maire sortant, léger favori des sondages, devra affronter la candidate de la droite et du centre Martine Vassal, qui avait échoué en 2020, le député RN Franck Allisio et l'Insoumis Sébastien Delogu qui a opté pour une candidature séparée.
A 47 ans, cet ex-socialiste, bon orateur et fin connaisseur de la politique locale, veut enfin passer par un suffrage sur son nom qui, avec la réforme de la loi dite PLM (Paris, Lyon, Marseille), sera plus direct, face à une droite qui ne cesse de questionner sa légitimité, le traitant de "maire non-élu".
En 2020, ce n'est pas derrière lui mais Michèle Rubirola que le Printemps marseillais avait fait basculer la ville.
Mais quelques mois plus tard, cette écologiste, médecin de formation, démissionnait, officiellement pour raisons de santé. M. Payan était ensuite élu par ses pairs dès le premier tour, mais le scrutin avait été boycotté par l'opposition de droite qui dénonçait une "forme de déni de démocratie", voire un "féminicide politique".
Tacle à Vassal
Depuis, il a gagné en popularité et son nom s'est facilement imposé comme tête de liste de cette coalition hétéroclite même si un adjoint écolo a préféré rejoindre le camp de LFI.
Lors de son investiture, M. Payan avait promis de faire de la deuxième ville de France, "une ville plus verte et plus juste".
Plusieurs parcs et jardins de la ville ont été réhabilités, réaménagés ou ouverts. En revanche le bilan est plus contrasté sur le plan de la pollution, due notamment à l'importante circulation automobile mais aussi aux paquebots de croisières. Même si, depuis peu, le port de Marseille-Fos, l'un des plus importants de France et de Méditerranée, s'équipe en bornes électriques permettant à certains navires de s'y brancher.
L'équipe sortante a amélioré le parc scolaire, longtemps délabré. S'appuyant sur un budget total d'1,5 milliard d'euros sur 10 ans, dont 400 millions injectés par l'Etat, dans le cadre du plan "Marseille en grand" qui ambitionne de réhabiliter ou reconstruire 188 établissements, 27 écoles sont sorties de terre et 95 autres seront "soit livrées, soit en chantier, soit les contrats auront été signés", d'ici mars.
La ville a tenté également de s'emparer de l'immense chantier du logement indigne dans une ville minée par plus de 40.000 taudis et autant de demandes de logements sociaux. L'effondrement mortel de deux immeubles de la rue d'Aubagne en 2018 avait traumatisé les habitants et mis en lumière l'inaction de l'équipe du maire LR Jean-Claude Gaudin. La municipalité a donc multiplié les recours judiciaires contre les "marchands de sommeil" et mis en place une règlementation plus restrictive pour les locations touristiques à Marseille, devenue destination à la mode.
Régulièrement critiqué par la droite sur les questions sécuritaires, Benoît Payan se targue d'avoir fait doubler le nombre de policiers municipaux (800 désormais). Quant à la propreté, point noir, il tacle dès son premier tract "l'inaction de la métropole", dirigée par sa rivale Martine Vassal dont c'est la compétence.