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Etats-Unis : les visées de Donald Trump sur le Groenland divisent le camp des républicains

Après le kidnapping de Nicolas Maduro, président vénézuélien, l'envie de Donald Trump de redessiner le monde semble loin d'être rassasiée. Comme un enfant qui déplace ses pions sur un plateau à sa guise, le chef de l'Etat a réaffirmé son ambition d’annexer le Groenland, qu’il considère comme indispensable à la sécurité nationale des États-Unis. La Maison-Blanche a indiqué mardi 6 janvier que son administration étudiait les options en vue d’une acquisition du territoire, le recours aux forces armées américaines restant "toujours une option". Une priorité jugée essentielle pour dissuader les adversaires de Washington dans la région arctique.

Cependant, les ambitions de Donald Trump divisent jusque dans son propre camp. Son insistance récente pour que les États-Unis s'emparent du Groenland a suscité incrédulité et consternation au Capitole, où certains élus républicains estiment qu’une telle prise de contrôle serait trop dangereuse pour être envisagée. Plusieurs d’entre eux, pourtant majoritairement favorables à la mission américaine au Venezuela, jugent ainsi les menaces d’annexion du Groenland inappropriées, comme le rapporte le Wall Street Journal.

"Les menaces d’annexion du Groenland sont inutilement dangereuses", a par exemple tancé le représentant républicain de l'Utah, Blake Moore, dans une déclaration conjointe avec le démocrate Steny Hoyer (Maryland). Les coprésidents du groupe parlementaire bipartisan des Amis du Danemark ont rappelé que le Danemark était un allié de l’Otan et l’un des partenaires les plus proches des États-Unis, estimant qu’une attaque contre le Groenland "reviendrait tragiquement à une attaque contre l’Otan". Les élus ont également fait valoir que Copenhague répond de longue date aux exigences sécuritaires de Washington au Groenland.

"Mépriser ses alliés ne sert à rien"

Le représentant Don Bacon (républicain du Nebraska), critique ponctuel de Donald Trump et qui quittera le Congrès à l’issue de son mandat, a pour sa part dénoncé sur les réseaux sociaux une stratégie contre-productive. "Mépriser ses alliés ne sert à rien et n’apporte aucun bénéfice", a-t-il écrit, avant d’ajouter : "Il faut arrêter avec ce stupide 'nous voulons le Groenland'." D’autres élus ont dit douter du sérieux de cette perspective, tout en affichant leur scepticisme. "On ne peut pas annexer le Groenland", a ainsi déclaré le sénateur Thom Tillis (républicain de Caroline du Nord).

Il n’est pas le seul à ne pas prendre les déclarations de Donald Trump au sérieux, à en croire le Wall Street Journal. Le sénateur John Kennedy (républicain de Louisiane) a balayé l’hypothèse d’une invasion : "Pensez-vous vraiment qu’il va envahir le Groenland ? Non. Le président aime parler à voix haute… Parfois, c’est simplement pour vous agacer". Le chef de la majorité au Sénat, John Thune (républicain du Dakota du Sud), a lui aussi écarté toute perspective d’attaque. De son côté, le secrétaire d'État Marco Rubio a assuré aux parlementaires que les récentes menaces de l'administration contre le Groenland ne présageaient pas d'une invasion imminente et que l'objectif était plutôt de racheter l'île au Danemark.

Avant-poste stratégique

La question de l’avenir du Groenland a ressurgi après l’intervention militaire américaine au Venezuela. Le lendemain de ce raid, Katie Miller, épouse d’un proche conseiller de Donald Trump, a publié sur les réseaux sociaux une carte du Groenland aux couleurs du drapeau américain, assortie du mot "Bientôt". Lundi, son mari, Stephen Miller, a affirmé que "la position officielle du gouvernement américain est que le Groenland doit faire partie des États-Unis". Le New York Times souligne que le contrôle de l’île offrirait à Washington "un avant-poste dans un corridor maritime stratégique reliant l’Atlantique à l’Arctique". Le Groenland abrite par ailleurs d’importantes réserves de terres rares, un marché aujourd’hui dominé par la Chine.

Le Groenland, peuplé de 57 000 habitants, bénéficie d’une large autonomie depuis 1979, même si sa défense et sa politique étrangère demeurent sous la responsabilité du Danemark. Si une majorité de Groenlandais se disent favorables à une indépendance future, les enquêtes d’opinion montrent une opposition massive à un rattachement aux États-Unis, qui disposent déjà d’une base militaire sur l’île, souligne la BBC. Cette perspective reste également marginale outre-Atlantique : selon un sondage, seuls 7 % des Américains soutiendraient une prise de contrôle militaire du territoire. Une hostilité qui pourrait toutefois ne pas suffire à dissuader Donald Trump, habitué à tester les lignes rouges.

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