Pourquoi les chefs d’entreprise sont (parfois) très bien payés
Dans un climat politique dans lequel la critique des grandes entreprises est devenu réflexe, la question qui revient sans cesse est la suivante : les PDG méritent-ils vraiment leur rémunération ? L’Éditorial Board du Wall Street Journal rappelle, exemples à l’appui, que la réponse est oui – et que l’économie s’effondre vite lorsque l’on oublie ce rôle central du leadership entrepreneurial.
L’article prend le cas de Doug McMillon, patron de Walmart depuis 2014, qui quittera ses fonctions en 2026 après plus de quarante ans au sein du groupe. Il a gravi tous les échelons, du job étudiant dans un rayon jardinage jusqu’à la direction du premier distributeur mondial. Ce parcours n’a rien d’un conte. Il illustre un constat simple que l’antibusiness ambiant refuse de regarder en face : un dirigeant capable de transformer un mastodonte vaut énormément.
Lorsque McMillon prend les rênes de Walmart, l’entreprise est déjà un géant, mais fragilisé par Amazon et la montée fulgurante de l’e-commerce. Beaucoup de colosses ont disparu pour moins que cela : Sears, Kmart, ou General Electric dans un autre secteur. Contrairement aux administrations publiques, les entreprises ne survivent que si leur direction sait s’adapter. C’est cette compétence rare, décisive, mesurable que les détracteurs des « hauts salaires » refusent de prendre en compte.
La contribution de McMillon est factuelle : il a réorienté Walmart vers le commerce en ligne et en a fait un concurrent crédible d’Amazon ; il a fait entrer l’IA dans la gestion opérationnelle, augmentant productivité et marges ; il a navigué intelligemment à travers les turbulences protectionnistes de l’ère Trump, en particulier les droits de douane sur les importations – cruciaux pour un groupe qui achète massivement à l’étranger. Les résultats se lisent dans les comptes : les revenus annuels sont passés de 486 à 681 milliards de dollars ; l’action a bondi de 310 % sur sa période ; et les salaires et avantages de 2,1 millions d’employés ont été relevés. On peut débattre du montant de la rémunération d’un PDG si on veut, mais on peut difficilement nier le fait que la création de valeur dépend avant tout d’une stratégie… et donc d’un stratège.
Pour le WSJ, la comparaison la plus éclairante est l’État fédéral américain. Alors que Washington accumule dettes, déficits et inefficacités, Walmart crée des emplois, finance des retraites et permet à des centaines de milliers de ménages d’accéder à la propriété ou d’envoyer leurs enfants à l’université. Bien entendu, McMillon n’en est pas l’unique artisan – et il ne prétend pas l’être – mais il a rendu cela possible.
Critiquer la rémunération des chefs d’entreprise est facile ; créer de la valeur sur une décennie, dans un secteur hypercompétitif, l’est beaucoup moins.
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