Valérie Pécresse ne peut plus « tenir ses promesses » : malheur ou bénédiction ?
La présidente de la région Ile-de-France se plaint de la baisse des dotations de l’État. Mais que fait-elle de l’argent des contribuables ?
Le 6 novembre, sur BFMTV, Valérie Pécresse, très remontée, a déclaré : « Je n’ai plus assez d’argent pour tenir les engagements que j’ai faits aux Franciliens ». Faut-il s’en inquiéter ou au contraire s’en réjouir ?
La présidente de la région Ile-de-France s’est félicitée de son action depuis le début de son premier mandat en 2015. Les « dépenses de fonctionnement » ont été réduites de 20 %, « à périmètre constant ». Elle a fermé une quinzaine d’agences locales, un chiffre à comparer aux suppressions des agences de l’État, a-t-elle cauteleusement ajouté. Or, la région reçoit 100 euros de moins par habitant que les autres régions et en plus, elle doit reverser 1,2 milliard « aux territoires les plus pauvres ». Valérie Pécresse a rappelé qu’elle avait dû stopper en conséquence 750 millions de projets en 2024. « On doit faire mieux avec moins d’argent ! » (quelle horreur !). Si le gouvernement ne donne pas plus en 2026, elle coupera les investissements, a-t-elle menacé.
Les chiffres et le contexte
Lorsque Valérie Pécresse a pris la présidence de la région Ile-de-France, le budget était un peu inférieur à 5 milliards d’euros (4,978 précisément en 2016). Il est aujourd’hui sensiblement supérieur à 5 milliards. La dette de la région était de 6,45 milliards en 2024, soit l’équivalent de plus d’une année de budget.
Pourquoi cette virulente sortie de Valérie Pécresse début novembre ? On peut émettre l’hypothèse que le rapport de la chambre régionale des comptes sur la situation financière 2019-2023 de la région n’y est pas pour rien. Ce rapport de 120 pages n’a pas été dévoilé au moment où nous écrivons, mais certains journalistes ont pu le consulter. « Caisse » fortement dégradée en cinq années », a constaté La Lettre (12 novembre 2025) ; « Augmentation des dépenses en un an de 518 millions d’euros, soit + 4,75 % », a révélé Le Figaro TV (13 novembre 2025).
Valérie Pécresse s’insurge contre une péréquation… qu’elle a votée !
Que veut dire Valérie Pécresse lorsqu’elle se plaint de voir la région donner plus d’un milliard d’euros aux « territoires les plus pauvres » ? En termes techniques, cela s’appelle la péréquation. Certains la définissent comme une égalisation, une redistribution d’argent des collectivités locales les plus riches aux collectivités les plus pauvres ; nous parlerons sans fard, nous, d’égalitarisme et de socialisme.
Et qui a eu la bonne idée d’introduire la péréquation dans notre Constitution ? Mais la droite et le centre, pardi ! En effet, la loi constitutionnelle n° 2003-276 du 28 mars 2003 (sous le règne de l’immense Jacques Chirac) est relative à l’organisation décentralisée de la république. Elle fait suite au vote du Congrès, c’est-à-dire de la réunion des deux chambres du Parlement à Versailles, le 17 mars 2003 par 518 voix contre 278, la majorité des 3/5èmes étant ainsi atteinte. Et qui a voté cette brillante réforme avec le centre et la droite à laquelle cette jeune députée appartenait ? Mais Mme Pécresse bien sûr, celle qui aujourd’hui geint parce que s’applique le dernier alinéa de l’article 72-2 de la Constitution : « La loi prévoit des dispositifs de péréquation destinés à favoriser l’égalité entre les collectivités locales » !
Un argent jeté par les fenêtres
La pression – indéniable – du gouvernement pour faire baisser les dotations aux collectivités locales n’explique pas tout, loin de là. Car les gaspillages orchestrés par la région Ile-de-France sont légion. Sont-ils moins nombreux en région parisienne qu’ailleurs ? Nous ne nous prononcerons pas sur ce point ; au demeurant la péréquation n’est pas une règle qui incite les collectivités bénéficiaires à bien se gérer, mais nous ne traitons ici que de la région dirigée par Valérie Pécresse. Or, chaque année, nous consacrons une ou plusieurs pendules aux dépenses farfelues ou inutiles de la région Ile-de-France. Nous ne prendrons que quelques exemples édifiants :
- 100 millions d’euros entre 2019 et 2024 pour l’achat de manuels scolaires papier et numériques destinés aux lycéens ;
- 150 millions d’euros de 2020 à 2024 d’aides à l’achat de vélos destinées à 400.000 Franciliens ;
- 338 aides destinées aux 15-25 ans sur l’application « Labaz » (voir notre pendule du 9 octobre 2025) ;
- 660 films et séries aidés de 2016 à 2024.
Nous passerons sur les distributeurs de protections périodiques « gratuites » dans tous les lycées, les aides aux agriculteurs, aux entreprises, aux associations lucratives sans but, aux structures de l’« économie sociale et solidaire », aux « jeunes en souffrance » (un pléonasme ?), aux médiathèques, éditeurs « indépendants », auteurs en résidence et autres librairies « indépendantes », etc. (voir notre pendule du 17 mars 2025).
Une décentralisation à revoir de fond en comble
Ce qui est plutôt stupéfiant, c’est le fait que la région Ile-de-France s’enorgueillisse de dépenser l’argent des contribuables pour certains projets qui ne ressortent pas à ses compétences. On comprend que Valérie Pécresse s’inquiète de ne plus pouvoir tenir ses « engagements faits aux Franciliens » car, si les promesses, selon la formule consacrée, n’engagent que ceux qui les entendent, elles sont essentielles au marché politique par lequel elles s’échangent contre des votes.
En réalité, et ceci est trop rarement souligné, la décentralisation socialiste de 1982-1983 a été faite en dépit du bon sens. Elle a diffusé l’interventionnisme étatique du niveau national au niveau local, elle a permis l’extension de l’irresponsabilité de certains hommes politiques locaux et elle n’a pas suffisamment encouragé les bons gestionnaires. Une vaste réforme des collectivités locales s’impose, avec la prégnance du principe du subsidiarité, consacré sans le dire par la réforme constitutionnelle de 2003, mais consacré n’importe comment pour la simple et bonne raison que ce sont essentiellement des centralisateurs qui, une nouvelle fois, étaient à la manœuvre. Encore un vaste débat à lancer dans la perspective de la prochaine élection présidentielle.
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