IA : comment la guerre des navigateurs va bouleverser Internet
Sam Altman pense que cela sera l’une des plus grandes avancées sur Internet depuis "l’apparition des onglets". Les navigateurs dopés à l’intelligence artificielle sont là, et ils ont pour ambition de révolutionner notre utilisation du web. Après Arc, sorti en 2022, Comet, lancé par Perplexity en octobre 2025, et l’ajout de réponses fournies par Gemini pour certaines requêtes Google, c’est au tour d’OpenAI de se jeter dans la bataille. La start-up de Sam Altman a dévoilé le 21 octobre, ChatGPT Atlas, sa version d’un navigateur web, présenté comme son arme pour "tuer" pour de bon Google.
Les navigateurs web, comme Chrome ou Mozilla, étaient les portes d’entrées à Internet, les services permettant d’accéder aux moteurs de recherche, tels que Google ou Bing. Les navigateurs IA proposent de les remplacer avec des services boostés à l’intelligence artificielle qui les rendrait plus puissants, plus rapides et plus simples à utiliser. Ils promettent aussi une version personnalisée d’Internet, des outils capables d’agir à la place des utilisateurs, parfois sans même qu’ils n’aient à interagir avec leurs ordinateurs.
Les navigateurs du futur
ChatGPT Atlas reprend des codes de navigation classique, notamment la barre de recherche au centre de l’écran mais une fenêtre permet d’interagir avec une intelligence artificielle. "La promesse, c’est qu’elle agira à la place de l’utilisateur dans de nombreux cas", explique Julien Gourdon, consultant indépendant en SEO et en intelligence artificielle. Dans Chrome, nous cliquons nous-même sur les liens après fait une requête, nous devons aller sur les sites et trouver les informations. Avec ChatGPT Atlas, "on peut demander directement à ces outils de faire des tâches à notre place".
L’IA peut résumer un site, un article, interagir directement avec la page, ou encore retrouver dans l’historique de navigation un site visité. Les utilisateurs payant de ChatGPT Atlas ont même accès à un agent, auquel ils peuvent déléguer diverses tâches qu’il effectuera automatiquement, de l’achat d’une paire de chaussures à une réservation de vacances. L’idée "est de faire gagner le plus de temps possible aux internautes, notamment sur les tâches annexes, sans valeur ajoutée", poursuit Julien Gourdon.
Si l’expérience proposée par ces nouveaux navigateurs n’est pas encore parfaitement fluide, les premiers testeurs semblent néanmoins enthousiastes vis-à-vis de cet Internet du futur. "C’est le sens de l’histoire", assure Hanan Ouazan, chargé de l’IA au sein de la société de conseil Artefact. Pour les 800 millions d’utilisateurs hebdomadaires de ChatGPT comme les autres, "avoir des outils d’IA intégrés à un navigateur, au plus près de nos interactions, offre un vrai avantage".
Des IA branchées directement à un navigateur Internet auront en effet accès à nos recherches, notre historique, nos intérêts. En apprenant tout de nous, elles devraient anticiper avec toujours plus de précision nos attentes.
Des risques inhérents à l’IA
"Tout ce qu’il manque à OpenAI pour être omniscient, c’est d’avoir accès aux historiques de ses utilisateurs", résume Hanan Ouazan. Mais OpenAI n’est pas la seule : Google, Meta, Perplexity, toutes les entreprises de l’IA courent après ces données. "Toute la stratégie d’OpenAI a été de trouver comment mettre son IA au cœur de la vie de ses utilisateurs, comment devenir le point d’entrée sur Internet", reprend Hanan Ouazan.
Passer par un navigateur Internet présente plusieurs avantages. Tous les internautes utilisent ce type d’outil, qui est familier et n’impose donc pas de rupture d’usage. Il n’est pas non plus nécessaire de changer d’appareil ou d’avoir un ordinateur de dernière génération pour profiter de la technologie : un simple téléchargement suffit pour avoir accès à ChatGPT Atlas ou aux navigateurs IA concurrents. En dehors de la France, les utilisateurs de Chrome et de Google n’ont d’ailleurs même pas eu à changer d’outil de navigation pour avoir des réponses écrites par IA à leurs requêtes.
Comme leurs prédécesseurs, ces nouveaux navigateurs posent la question de la captation massive de nos données. Mais ils présentent d’autres défis inédits, notamment les risques d’hallucination et de biais de confirmation. Les agents constituent un autre problème, car ils ne sont pas toujours fiables : en juillet, l’un d’eux a pris la triste initiative d’effacer une base de données d’une entreprise dont la constitution avait demandé des mois de travail. Enfin, l’arrivée de ces navigateurs ouvre la porte à de nombreux problèmes de cybersécurité, notamment avec des attaques de prompt injection, qui pourraient causer des dysfonctionnements et des fuites de données si une page vérolée parvient à manipuler les actions de l’IA.
La fin des navigateurs classiques ?
La course aux navigateurs IA est néanmoins lancée. Google surveille de près ces nouveaux venus qui prétendent l’enterrer. La firme de Mountain View demeure pour l’instant le leader incontesté des navigateurs : Chrome était utilisé par 63,8 % des internautes dans le monde en septembre 2025, très loin devant son principal concurrent, Safari, plébiscité par 22,3 % des utilisateurs. Mais le géant sait que l’intelligence artificielle pourrait ébranler son empire, et ne veut pas être en reste. L’année dernière, sa précipitation à ajouter des réponses générées par IA avait entraîné des situations cocasses, comme lorsque Google conseillait à un internaute de garnir sa pizza… de colle. Désormais, "il ne cherche pas à être le premier entrant, mais à faire le produit le plus performant possible, avant de le proposer largement", analyse Julien Gourdon.
Plus que Google Chrome, ce sont les navigateurs "classiques", sans intelligence artificielle, qui pourraient vite disparaître. "Pour l’instant, ces fonctionnalités IA semblent gadget", concède Julien Gourdon, "mais tous les comportements de la recherche en ligne sont en train d’être profondément modifiés". Demain, avec la combinaison des données personnelles et de modèles entraînés spécifiquement sur les internautes, les navigateurs IA pourraient s’avérer trop pratiques pour être laissés de côté.