Добавить новость
World News


Новости сегодня

Новости от TheMoneytizer

Grand débat : comment la société civile a sauvé les doléances oubliées, par Anne Rosencher

Décembre 2018 : l’hiver de notre mécontentement*. Une France en gilets jaunes investit les ronds-points, sans préavis, sans leader, et sans mot d’ordre autre que la colère et le cœur lourd. Le mouvement en chasuble constitue la première crise du jeune quinquennat d’Emmanuel Macron, lequel annonce, en écho, son intention d’ouvrir un grand débat national. Les maires ruraux ouvrent le bal, et mobilisent un symbole historique : ils tiendront des cahiers de doléances, disponibles pour tous, en mairie.

Dès les premiers jours, l’initiative est un succès. Infirmières, artisans, retraités, routiers, caissières, caristes, petits patrons… Des centaines de milliers de citoyens s’en vont noircir à la main des pages entières de leurs diagnostics, de leurs griefs et de leurs aspirations. Je me souviens, je ne sais pourquoi, du reportage d’un "JT" de TF1, à Dives-sur-Mer, dans le Calvados, où un couple de retraité s’était mis sur son trente-et-un pour se rendre en mairie. Ils se félicitaient de l’opportunité d’avoir voix au chapitre. "Et puis en principe, en haut, ils devraient en tenir compte", concluait la dame.

Au total, le grand débat voulu par le président de la République a engendré 200 000 contributions manuscrites, regroupées dans 19 900 cahiers, auxquelles il faut ajouter 1,9 million de contributions en ligne issues de la plateforme numérique dédiée. "Vos propositions permettront de bâtir un nouveau contrat pour la nation, avait promis Emmanuel Macron dans sa lettre aux Français. Je vous en rendrai compte directement dans le mois qui suivra la fin du débat." Et puis : rien. Ou presque. L’Etat s’est détourné d’une consultation citoyenne d’une ampleur inédite, qu’il avait lui-même sollicitée et dont il avait solennellement mis en scène l’importance vitale.

Le bien commun est aussi une affaire de corps, de visage, de regards et d’égards

Au sein de la société civile, cependant, certains ne se sont pas résolus à laisser les cahiers de doléances prendre la poussière. Dans les années qui ont suivi, quelques initiatives (surtout : académiques) ont vu le jour. Ainsi, le chercheur Hugo Micheron se souvient-il des premiers mois où il a tenté de trouver un financement pour traiter les données du grand débat via un outil d’intelligence artificielle mis au point avec le scientifique Antoine Jardin. "Entre septembre 2023 et septembre 2024, nous avons tenté de mobiliser plusieurs instituts de recherche, des think tanks, des institutions publiques, privées ou à but non lucratif. En vain. "C’est daté", "personne n’a envie de rouvrir le grand débat", ont été les arguments les plus entendus. Pourtant, ces données ne représentent rien de moins que la plus grande remontée d’information publique volontaire et spontanée depuis 1789. Elles forment, en soi, une base de données unique en Europe. Comment en juger de la valeur et de la pertinence a priori ?"

C’est à peu près la question que je posais, à mon tour, en septembre 2024, dans une chronique sur France Inter où je représente L’Express chaque jeudi matin. Edifiée par le récit des portes fermées que m’avait conté Hugo Micheron, je tentais, moi aussi, d’apporter mon caillou à l’édifice. Il existe peu de choses qui abîment plus l’esprit public qu’un processus de consultation dont on fait si peu de cas, plaidais-je, en substance. Il se trouve que la patronne de la Fondation BNP Paribas, Isabelle Giordano, écoutait la radio ce matin-là : au bout de quelques semaines, le financement de la première tranche, concernant 400 000 contributions en ligne, était ficelé.

Voilà qui aboutit aux extraits que L’Express s’honore de publier dans ses colonnes, avec la complicité de la Fondation Jean-Jaurès et de son codirecteur général, Jérémie Peltier. On peut déplorer que, face à la désinvolture de l’Etat, la société civile ait eu – à travers cette initiative-là et d’autres - à s’organiser elle-même. C’est en effet un crève-cœur. Cependant, on peut aussi y voir la démonstration que, contrairement à ce qu’affirmait Margaret Thatcher, la société, ça existe. Cela consiste en la conviction intime que chaque voix vaut celle des autres. Que le bien commun est aussi une affaire de corps, de visage, de regards et d’égards. Que l’espoir d’une retraitée du Calvados qui s’est mise sur son trente-et-un pour participer à la conversation nationale ne peut rester lettre morte. Et que la fraternité, enfin, n’est pas dans notre devise pour faire décoration.

* Nous détournons ici le Richard III de Shakespeare. Il nous le pardonnera.

Читайте на сайте


Smi24.net — ежеминутные новости с ежедневным архивом. Только у нас — все главные новости дня без политической цензуры. Абсолютно все точки зрения, трезвая аналитика, цивилизованные споры и обсуждения без взаимных обвинений и оскорблений. Помните, что не у всех точка зрения совпадает с Вашей. Уважайте мнение других, даже если Вы отстаиваете свой взгляд и свою позицию. Мы не навязываем Вам своё видение, мы даём Вам срез событий дня без цензуры и без купюр. Новости, какие они есть —онлайн с поминутным архивом по всем городам и регионам России, Украины, Белоруссии и Абхазии. Smi24.net — живые новости в живом эфире! Быстрый поиск от Smi24.net — это не только возможность первым узнать, но и преимущество сообщить срочные новости мгновенно на любом языке мира и быть услышанным тут же. В любую минуту Вы можете добавить свою новость - здесь.




Новости от наших партнёров в Вашем городе

Ria.city
Музыкальные новости
Новости России
Экология в России и мире
Спорт в России и мире
Moscow.media










Топ новостей на этот час

Rss.plus