Clash entre Donald Trump et Elon Musk : Tesla chute lourdement à Wall Street
Une rupture spectaculaire… Et des conséquences probablement majeures. Le pionnier des véhicules électriques Tesla a nettement chuté jeudi 5 juin à la Bourse de New York après le clash entre son patron Elon Musk et le président américain Donald Trump.
Le titre a ainsi dévissé de 14,26 %, à 284,70 dollars, laissant s’envoler environ 150 milliards de dollars de capitalisation à la suite de la passe d’armes entre les deux milliardaires. Cette chute a refait passer l’entreprise sous le seuil symbolique des 1 000 milliards de capitalisation boursière.
Donald Trump a vivement critiqué jeudi son ancien conseiller Elon Musk, qui a immédiatement répliqué sur sa plateforme X, sur fond de désaccords concernant le mégaprojet budgétaire du président américain. Le locataire de la Maison-Blanche a assuré sur son réseau Truth Social qu’il avait mis fin à la mission budgétaire d’Elon Musk, selon lui "devenu fou" à cause d’une décision défavorable aux véhicules électriques. "Le plus simple pour économiser des milliards et des milliards de dollars dans notre budget serait d’annuler les subventions et contrats gouvernementaux" du patron de Tesla et SpaceX, a-t-il menacé dans un autre message.
Sur son réseau X, Elon Musk a déclaré en réponse que SpaceX "commencera immédiatement à mettre hors service son vaisseau spatial Dragon", utilisé notamment par la Nasa pour acheminer des astronautes vers la Station spatiale internationale (ISS). Il a semblé, quelques heures plus tard, faire marche arrière, écrivant : "Bon, nous n’allons pas mettre Dragon hors service."
Le multimilliardaire, qui a très généreusement financé la campagne du républicain en 2024, assure que Donald "Trump aurait perdu l’élection" sans lui et l’accuse d'"ingratitude". Il n’a pas hésité à frapper sous la ceinture, affirmant, sans apporter de preuve, que le nom du président se trouvait dans le dossier Jeffrey Epstein, ce financier américain au cœur d’un vaste scandale de crimes et d’exploitation sexuels qui s’est suicidé en prison avant d’être jugé. En réponse, la Maison-Blanche s’est contentée de qualifier ces attaques de "regrettables".
"La politique d’Elon Musk continue de nuire à l’action"
Les prises de position d’Elon Musk ont fait tanguer à plusieurs reprises le titre de Tesla en Bourse ces derniers mois et ont refroidi certains acheteurs d’automobiles. L’action a connu des montagnes russes depuis qu’Elon Musk a soutenu Donald Trump à la mi-juillet 2024 dans sa tentative de réélection, gagnant 169 % entre cette date et la mi-décembre. Ce gain a été suivi d’une chute de 54 % jusqu’au début du mois d’avril, alors que la protestation "Tesla Takedown " s’intensifiait. Le fait qu’Elon Musk dirigeait le Doge et s’alignait sur l’administration Trump a découragé certains acheteurs de voitures, les ventes s’effondrant en Europe, en Chine et sur des marchés américains clés tels que la Californie.
Une rivalité ouverte avec Donald Trump pourrait poser de multiples obstacles pour Tesla et le reste de l’empire d’affaires tentaculaire d’Elon Musk. Aux Etats-Unis, rappelle Reuters, le Département des transports réglemente les normes de conception des véhicules et pourrait avoir une grande influence sur la question de savoir si Tesla peut produire en masse sa voiture autonome, le Cybercab, sans pédales ni volants.
"La politique d’Elon Musk continue de nuire à l’action. Il s’est d’abord aligné sur Donald Trump, ce qui a contrarié de nombreux acheteurs démocrates potentiels. Maintenant, il s’est retourné contre l’administration Trump", analyse pour Reuters l’actionnaire de Tesla Dennis Dick, stratège en chef chez Stock Trader Network.
Quel avenir pour les robots taxis autopilotés ?
Face à la chute des ventes de véhicules électriques, Elon Musk a réorienté l’année dernière l’avenir de Tesla vers les robots taxis autopilotés. Les analystes de Wedbush ont déclaré que les opportunités liées à l’IA et à l’autonomie pourraient représenter une valeur de marché de 1 000 milliards de dollars pour l’entreprise.
Seth Goldstein, analyste chez Morningstar, indique auprès de Reuters que les régulateurs fédéraux pourraient élaborer des règles exigeant le lidar - une sorte de radar pour voiture autonome qui permet la détection d’objets, d’obstacles et l’estimation de la distance par laser - ce qui nuirait à Tesla. "Avec le président Donald Trump, le fait d’être dans son collimateur crée toujours un risque de représailles personnelles", précise Seth Goldstein. Il doute toutefois de la probabilité d’une telle issue, car de nombreuses autres entreprises réclament de nouvelles réglementations depuis des années.