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"On leur a tout appris et ils nous ont dépassés" : la Chine relance la bataille mondiale du nucléaire

Insaisissable Donald Trump. On le savait ardent défenseur des énergies fossiles, poussant l’extraction de gaz et de pétrole jusqu’à l’absurde. Et voilà qu’il devient le chevalier blanc d’une filière nucléaire américaine en déclin. Le 23 mai, son administration a publié plusieurs décrets encourageant le recours à l’atome sur le plan civil. Selon plusieurs experts de l’énergie, il s’agit du plan de relance le plus ambitieux depuis que Dwight Eisenhower a prononcé son fameux discours "Des atomes pour la paix" devant l’Assemblée générale des Nations unies en 1953.

Les textes de Trump, non soumis au vote des élus, prévoient de quadrupler la puissance du parc nucléaire américain, le faisant bondir de 100 gigawatts (GW) aujourd’hui à 400 GW d’ici à 2050, en accélérant le rythme de construction des réacteurs. La Commission de réglementation nucléaire (NRC) disposera désormais d’un délai maximum de dix-huit mois pour statuer sur les demandes de licence, qui prenaient habituellement plusieurs années. Si besoin, le secrétaire américain à l’Energie pourra même contourner les autorités requises pour approuver la conception de réacteurs avancés. Un "game changer" dans le déploiement des petits réacteurs modulaires (SMR), explique-t-on dans le camp républicain.

Les décrets se penchent également sur l’extraction et l’enrichissement de l’uranium. Deux points de vulnérabilité des Etats-Unis, qui importent plus de 20 % de leur combustible enrichi depuis la Russie. Désormais, ces activités sensibles seront réalisées - dans la mesure du possible - par des entreprises américaines.

Surchauffe énergétique

La filière n’en attendait pas autant de la part d’un président qui soufflait plutôt le froid depuis le début de son second mandat. A peine élu, Donald Trump avait pris les défenseurs de l’atome à rebrousse-poil en exigeant un réexamen de tous les crédits prévus par l’Inflation Reduction Act de 2022. Cette décision avait notamment gelé l’octroi d’une garantie de prêt de 1,5 milliard de dollars destinée au redémarrage de la centrale nucléaire de Palisades, dans le Michigan, et stoppé net le versement de plusieurs milliards de dollars de subventions destinés à deux projets de réacteurs nucléaires avancés : l’un dans le Wyoming, développé par la société TerraPower, et l’autre au Texas, porté par la start-up X-energy.

Six mois plus tard, le président annonce donc en grande pompe la renaissance de la filière. Comment expliquer un tel revirement ? D’abord en raison du mur énergétique qui menace les perspectives économiques du pays. Outre-Atlantique, la consommation d’énergie devrait battre de nouveaux records en 2025 et 2026, tirée par le développement de l’intelligence artificielle et le minage intensif des cryptomonnaies. Dans plus de la moitié des Etats, la capacité de stockage des data centers va doubler à court terme. "Les Etats-Unis ont compris que, pour faire fonctionner ces installations qui servent de socle à la puissance des géants de la tech, il leur faut autre chose que des éoliennes et des panneaux solaires", décrypte Jean-Jacques Nieuviaert, ancien d’EDF et président de la Société d’études et de prospective énergétique.

Contribuant à la surchauffe, la demande d’électricité augmente aussi fortement dans d’autres secteurs, comme la fabrication de semi-conducteurs ou de batteries. "Le large consensus politique en faveur de la réindustrialisation de l’économie américaine s’apprête à stimuler la croissance des filières à forte intensité énergétique, comme l’exploitation minière et la métallurgie", prévient une note récente du Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS), un think tank basé à Washington.

Dix à quinze ans d’avance

Mais au-delà de ces considérations économiques, une autre raison pousse clairement l’Amérique dans les bras du nucléaire : l’avance prise par la Chine. Les décrets signés par Donald Trump résument le problème en quelques chiffres : depuis 1978, la Commission de réglementation américaine n’a approuvé que cinq nouveaux réacteurs, dont deux seulement ont été construits. A titre de comparaison, entre 1954 et 1978, les Etats-Unis avaient autorisé le déploiement de 135 réacteurs nucléaires civils ! Ce déclin de la filière a laissé le champ libre aux concurrents sur la scène internationale : 87 % des réacteurs nucléaires installés dans le monde depuis 2017 sont d’inspiration russe ou chinoise. Intolérable pour l’administration Trump qui sait bien qu’avec sa maîtrise technologique, la Chine peut nouer des liens avec une multitude de pays et accroître fortement son influence.

"On estime que la Chine possède dix à quinze ans d’avance sur les Etats-Unis en matière d’énergie nucléaire", confie Stephen Ezell, vice-président de la Fondation pour les technologies de l’information et l’innovation (Itif), un groupe de réflexion basé à Washington. Ironie de l’histoire, les pays occidentaux ont largement contribué à l’émergence du savoir-faire chinois en multipliant les transferts de technologie. Entre 2008 et 2018, le constructeur américain Westinghouse a signé plusieurs accords avec Pékin, lui permettant d’exploiter la licence de son réacteur AP1000. "Des milliers de documents sur la conception de la centrale nucléaire ont atterri en Chine", souligne Stephen Ezell. Il ne s’agissait pas uniquement d’un transfert volontaire. "Ce que la Chine n’a pas pu obtenir, elle l’a tout simplement volé", dénonçait l’ancien représentant au Commerce des Etats-Unis, Robert Lighthizer, dans un livre sorti il y a deux ans. En 2010, par exemple, des pirates informatiques de mèche avec l’armée chinoise avaient pénétré les systèmes informatiques de Westinghouse et raflé des informations techniques confidentielles, faisant la Une sur la chaîne d’information CNN.

"On leur a tout appris"

"Les réacteurs chinois d’aujourd’hui sont également inspirés des technologies française, canadienne et russe", complète Dominique Grenêche, docteur en physique nucléaire et membre de PNC-France (Patrimoine nucléaire et climat). Moins diplomate, un ancien ingénieur d’EDF lâche, amer : "On leur a tout appris et ils nous ont dépassés." La Chine est désormais en mesure de livrer un réacteur en quatre ans, quand le chantier de l’EPR de Flamanville, qui a essuyé les plâtres puisqu’il s’agissait d’un premier de série, a duré dix-sept années. Le tout, pour un prix deux ou trois fois moindre qu’en Occident. Mieux : son réacteur le plus récent, baptisé Hualong 1, est réalisé entièrement à partir de composants chinois.

"Ils ont su optimiser et simplifier leurs modèles, tout en gardant un bon niveau de sûreté. De plus, ils bénéficient du fameux effet de série permettant de réduire les coûts", explique Dominique Grenêche. En France, cet avantage ne devrait se manifester qu’à partir du cinquième EPR2, calculent les experts d’EDF. En Chine, il joue déjà à plein puisque le gouvernement a prévu de construire 150 unités entre 2020 et 2035 ! Pékin soutient également le secteur à grands coups de subventions. "Résultat, le prix de l’énergie nucléaire en Chine avoisine les 70 dollars par mégawattheure (MWh), contre 105 dollars aux Etats-Unis et 160 dollars dans l’Union européenne", indique Stephen Ezell.

Jusqu’ici, cet écart de compétitivité importait peu car la Chine privilégiait son marché intérieur. En dehors de quelques contrats signés en Argentine et au Pakistan, elle ne semblait pas pressée de pousser ses pions à l’international. Mais le vent tourne. "La Chine ne manque pas d’ambition en matière d’exportation", poursuit l’expert américain de l’Itif. Pékin s’est fixé comme objectif de vendre 30 réacteurs nucléaires aux pays partenaires de ses nouvelles routes de la soie, ce projet pharaonique visant à relier économiquement la Chine à l’Europe, par un vaste réseau routier et ferroviaire. Des contrats qui pourraient lui rapporter près de 150 milliards de dollars d’ici à 2030.

Le directeur chinois de l’administration chargée de l’énergie se gargarise déjà de cette percée, en rappelant que la vente à l’étranger d’une seule centrale nucléaire équivaut à l’exportation d’un million de Volkswagen Santana, un modèle introduit sur le marché chinois dans les années 1980. Signe qu’elle entend peser sur le marché mondial, la Chine a mis en place un programme de bourses pour former des centaines d’ingénieurs dans plusieurs pays partenaires. Des spécialistes de la technologie Hualong, bien sûr.

"Pékin suit toujours la même stratégie : il développe en priorité des technologies pour son marché intérieur avant d’attaquer l’export. A chaque fois, les dégâts pour la concurrence sont considérables", observe Jean-Jacques Nieuviaert. Il y a cinq ans, l’Europe dominait largement le segment des fabricants d’éoliennes. Désormais, il ne lui reste plus qu’un seul gros acteur, en difficulté financière. "D’ici une dizaine d’années, on devrait sentir pleinement les effets de la domination chinoise dans le nucléaire civil", prédit Jean-Jacques Nieuviaert. A ce moment-là, qui pourra encore lui résister ?

Pour les conseillers de Donald Trump, la messe n’est pas encore dite. Selon eux, la Chine ne pourra pas dupliquer comme elle l’entend son organisation à l’étranger. Des lourdeurs administratives et réglementaires viendront inévitablement compliquer les chantiers. "Par exemple, la Corée du Sud a vendu à la République tchèque des délais de chantier raccourcis pour ses futurs réacteurs. Or on sait très bien que la réalité sera différente", souligne un bon connaisseur.

Trop mauvais pour l’image

Si la Chine peut espérer se faire une place en Afrique, en Asie ou en Amérique latine, ses perspectives de développement semblent, par ailleurs, plus limitées en Occident, pour des raisons politiques. Il était prévu qu’elle installe l’un de ses Hualong 1 sur le chantier de Hinkley Point C en Angleterre. Finalement, le projet a capoté. "Acheter chinois, c’était trop mauvais pour l’image", résume un expert, sans parler des risques d’ingérence dans le fonctionnement du réacteur.

Certains spécialistes s’émeuvent déjà de la présence d’onduleurs chinois sur le réseau électrique européen. Ces composants, par lesquels transite l’énergie provenant des panneaux solaires, peuvent être désactivés à distance, au risque de provoquer un black-out. Alors, imaginer un réacteur nucléaire entièrement chinois sur le sol européen…

"Les Etats-Unis n’hésiteront pas à exercer des pressions géopolitiques afin de réduire l’influence grandissante de la Chine. Mais pour cela, ils devront proposer des alternatives crédibles", insiste Stephen Ezell. Plus facile à dire qu’à faire. "Sur les gros réacteurs, les Etats-Unis sont dans la même situation que nous, ils ont trop peu construit ces dernières décennies. Résultat : une partie de leur tissu industriel a disparu", confirme Dominique Grenêche. Et l’expert de rappeler le gouffre financier du dernier chantier outre-Atlantique : la paire de réacteurs Vogtle 3 et 4 a coûté 32 milliards de dollars. Bien plus que Flamanville !

Sur les réacteurs de petite taille, en revanche, les Américains partent avec plus d’atouts, car les start-up foisonnent. Mais déjà, les Cassandre se font entendre. "Réduire l’indépendance de la NRC pourrait conduire à un déploiement précipité de réacteurs avancés présentant des failles de sécurité", s’est inquiété il y a quelques jours Ernest Moniz, l’ancien secrétaire à l’Energie de Barack Obama.

"Il y aura des essais et des erreurs, les SMR ne seront pas opérationnels tout de suite", indique le rapport du CSIS. Par ailleurs, la prolifération de ces installations posera la question du stockage des déchets nucléaires et celle des coûts environnementaux liés l’extraction de l’uranium. Le plan de Donald Trump exige non seulement des investissements importants mais également l’acceptation du public. Le président saura vite à quoi s’en tenir : la mise en service de certains modèles expérimentaux est annoncée pour juillet 2026 ! "Rien de tout cela ne va se produire rapidement", tempère Robert Bryce. Pour s’en convaincre, ce journaliste américain, auteur de nombreux livres sur l’énergie, regarde vers l’Europe, région du monde qui paie son gaz naturel relativement cher, contrairement aux Etats-Unis. "Elle dispose donc d’une bonne raison financière pour construire de nouvelles centrales nucléaires, note-t-il. Et pourtant, elle tergiverse."

Une chose est sûre néanmoins : avec l’arrivée de la Chine sur les marchés internationaux et la montée en puissance des Etats-Unis, l’horizon va encore se rétrécir pour les EPR français. "Il y a des signes qui ne trompent pas : les réacteurs les plus demandés dans le monde sont des modèles moins puissants et plus simples que les nôtres", déplore Jean-Jacques Nieuviaert. Faudra-t-il faire machine arrière après avoir autant investi pour développer nos grosses unités ? "La politique énergétique chinoise a été extrêmement bien pensée, soupire l’expert. Cela fait une vingtaine d’années qu’ils montent en puissance sur le nucléaire". La France et les Etats-Unis ont préféré les coups d’accordéon. Au risque de jouer de plus en plus faux dans le concert mondial de l’atome.

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