Et si l’IA réconciliait les Français avec l’industrie ? Par Philippe Rivière
L’intelligence artificielle (IA) bouleverse tout. C’est une lame de fond qui frappe d’abord les services, les métiers du "back-office", les analystes, les rédacteurs, les chargés d’étude, les assistants juridiques… Et tous ceux dont les tâches reposent essentiellement sur la manipulation de données ou la production de contenu. Autrement dit, une grande partie des emplois dits "intellectuels" ou de bureaux.
Ironie de l’histoire : ce sont précisément ces secteurs qui, ces dernières décennies, ont prospéré aux dépens d’une industrie fragilisée, jugée ringarde et sacrifiée sur l’autel de la mondialisation.
Mais voilà que l’IA, loin de se contenter d’automatiser quelques fonctions, remet tout à plat. Les services à forte valeur ajoutée ne sont plus à l’abri. L’intelligence artificielle concurrence désormais frontalement les cabinets d’études, les consultants, les analystes, avec une vitesse d’exécution, une capacité d’apprentissage et une puissance de traitement qui défient l’imagination.
L’usine, un lieu de haute technologie
Et pendant ce temps-là ? L’industrie, elle, pourrait bien tirer son épingle du jeu.
Pourquoi ? Parce que l’IA ne détruit pas les emplois industriels, elle les transforme. Elle améliore les rendements, optimise les chaînes de production, permet une maintenance prédictive, une qualité accrue. Elle redonne même envie d’industrie, avec des métiers plus qualifiés, plus techniques, plus valorisants, loin des clichés du passé.
Elle renforce la compétitivité de ceux qui produisent localement, de manière intelligente, durable. Dans ce monde d’ultra-concurrence où le numérique est partout, les chaînes de valeurs industrielles reprennent du sens.
Mieux encore, l’industrie, souvent oubliée ou dévalorisée, redevient un ascenseur social. Car si les services tertiaires tendent à concentrer la richesse dans les grandes métropoles, l’industrie irrigue les territoires. Elle permet à des jeunes, parfois éloignés de l’emploi ou du système scolaire classique, d’accéder à des formations concrètes, à des carrières évolutives, à des métiers porteurs de sens. Avec l’IA, les usines deviennent des lieux de haute technologie, d’innovation permanente, où l’on peut s’élever par le travail, retrouver une fierté collective, transmettre un savoir-faire.
On assiste peut-être à une revanche silencieuse de l’industrie. Et avec elle, une opportunité : celle de relocaliser, de revaloriser les compétences, de redonner aux jeunes le goût du concret, du métier, du sens. Car si l’IA remplace certains cerveaux, elle ne remplacera jamais les mains qui font, les équipes qui transforment, les territoires qui innovent.
* Philippe Rivière est le PDG du groupe ACI (Allliance de compétences industrielles).