"Il veut toujours avoir le dernier mot" : comment canaliser un employé compétiteur ?
On le reconnaît à son empressement à rendre un dossier impeccable avant les autres, ou encore à sa manière d’arborer la toute dernière technologie. Dans les couloirs, il dépasse les autres à toute vitesse, avale son café et court pour attraper le métro. Ce compétiteur, c’est le "type A", pour qui "tout événement de la vie courante se présente comme un défi : il veut maîtriser toutes les situations. Quel que soit l’événement, il mobilise vite toutes ses forces, qu’il s’agisse de discuter un gros contrat ou la facture d’un garagiste", décrivent les psychiatres François Lelord et Christophe André (Les nouvelles personnalités difficiles, Odile Jacob, 2021). "On parle ici de motivation en entreprise", indique Mireille Blaess, docteure en sciences de gestion. "Le point commun des compétiteurs est leur capacité d’auto-motivation", précise l’auteure de l’ouvrage Le sportif de haut niveau, une richesse pour l’entreprise (L’Harmattan, 2024).
Même si les sportifs de haut niveau ayant participé aux JO de Sydney (2000) et de Rio (2016), étudiés par Mireille Blaess dans le cadre de leur reconversion professionnelle, ne correspondent pas exactement au profil des "types A", leurs comportements empruntent des voies semblables. "L’auto-motivation leur donne de l’énergie, de l’enthousiasme et du ressort. Leur structuration mentale pour y arriver passe par une analyse qui découpe leur objectif par étapes, développe-t-elle. L’excellent film À la recherche de l’excellence mettait en évidence quelques particularités des champions : ils n’appliquent pas les formules mais brisent le moule ; ils veulent surpasser les autres et donc doivent apprendre à être créatifs". En outre, "ils ont une grande capacité de concentration mais sont également sans filtre sur les questions qu’ils posent".
Attention aux entreprises adeptes des secrets : un "performeur" a besoin de savoir où il va pour comprendre les enjeux et prévoir son parcours. Il pousse la "quête de sens" à son paroxysme : dans des environnements professionnels comme le service d’une cause, de l’Etat, ou le médical, il est capable de se surinvestir. Mais ces tempéraments prêts à supporter de fortes pressions nécessitent un accompagnement adapté, où le coach comme le manager jouent un rôle essentiel : "ils veulent du feedback, des encouragements et acceptent les critiques", énumère Mireille Blaess. Quid de la gestion émotionnelle ? Certains compétiteurs adoptent un comportement agressif pour faire monter l’adrénaline, à l’image du sprinteur qui a besoin d’entendre son nom crié dans un stade pour se surpasser.
D’autres, au contraire, préfèrent "rester dans leur bulle". "Il faut les mettre dans des conditions optimales, peu importe la manière. Il n’y a pas de stress positif ou de stress négatif, il y a un état de stress qu’il convient de réguler pour aller plus loin. Oser est la conséquence d’une bonne gestion du stress et d’un dépassement de soi", affirme l’experte. C’est au manager d’apporter une structuration organisationnelle qui canalise sans brider, de s’assurer que ce collaborateur hors normes trouve du sens dans ses missions et progresse, car c’est son moteur. Condition sine qua non : "la base du talent est d’être bien pour être bon et non l’inverse".
L’aider à ne pas dramatiser
C’est un défi passionnant, mais exigeant, pour le manager déjà très sollicité : "les types A ont souvent une manie irritante : ils veulent toujours l’emporter. Lors d’un dîner, ils voudront avoir la meilleure plaisanterie, avoir le dernier mot, car ils vivent ce dîner comme une compétition. Ne vous laissez pas entraîner dans ce jeu dont ils imposent les règles… par manque d’entraînement, vous risquez de perdre", préviennent François Lelord et Christophe André (ibid.).
Autre constat : "le type A est souvent irritable et irascible. Ne dramatisez pas les conflits avec lui", conseillent les deux psychiatres. L’aider à relativiser et à se détendre est une autre façon de l’entourer pour qu’il relâche cette pression, qui peut parfois virer à l’angoisse et finir par l’étouffer. Troisième conseil : être fiable et ponctuel : "Si vous sentez que vous n’arriverez pas à temps au rendez-vous, surtout, prévenez-le. Cela le calmera aussitôt car il retrouvera une sensation de contrôle de son emploi du temps : il occupera aussitôt cette tranche de son emploi du temps en vous attendant", expliquent-ils. Autant de conseils qui, à l’heure où la performance collective est partout recherchée, permettront à sa motivation XXL d’irradier le reste de l’équipe.