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La guerre de l’eau, l’autre conflit majeur qui couve en Asie du Sud

Qu’il est difficile de se passer d’une bonne formule. Surtout quand elle est percutante, et un brin poétique. Narendra Modi a choisi de conserver la sienne : "L’eau et le sang ne peuvent pas couler ensemble." Le Premier ministre indien l’a prononcée pour la première fois en septembre 2016, quelques jours après une attaque terroriste sur une base militaire dans la région disputée du Cachemire, à la frontière avec le Pakistan, tuant 19 soldats. Dans un comité restreint composé de plusieurs représentants du ministère de l’Eau, le chef du gouvernement discutait des mesures de rétorsion possibles envers le voisin, accusé de soutenir le groupe djihadiste auquel New Delhi attribuait l’attaque. Son outil de pression ? Le traité des eaux de l’Indus, qui régule le partage de ce fleuve crucial pour les deux frères ennemis.

Toute ressemblance avec des faits passés et des personnages existants n’a rien de fortuite. Le 22 avril dernier, un attentat fait 26 morts à Pahalgam, dans le contrefort de l’Himalaya, du côté du Cachemire indien. Narendra Modi promet alors de traquer "jusqu’au bout de la terre" les auteurs. S’ensuit une escalade diplomatique et militaire avec le Pakistan. Les deux pays, détenteurs de l’arme nucléaire, échangent pendant trois jours des tirs d’artillerie et de missiles, avant d’approuver un cessez-le-feu. Mais la tension reste palpable. Narendra Modi sait qu’il possède d’autres atouts. Dans un discours à la télévision cette fois-ci, visage fermé et doigt pointé vers la caméra, il reprend sa formule sur l’eau et le sang. Sauf que New Delhi, contrairement à 2016, a mis ses menaces à exécution en suspendant le traité sur les eaux de l’Indus. Du jamais vu en soixante-cinq ans. "Ce sera le cas jusqu’à ce que le Pakistan fournisse des preuves de l’arrêt du terrorisme. Pourquoi ne devrions-nous pas utiliser tous les outils diplomatiques entre nos mains ?", interroge le député indien Ravi Shankar Prasad, ex-ministre de la Justice. Islamabad a prévenu qu’il considérerait comme "un acte de guerre" toute tentative d’arrêter ou de détourner le flux d’eau lui appartenant.

Le conflit territorial entre l’Inde et le Pakistan pour le Cachemire est intimement lié à la question de l’Indus. Il pourrait encore s’exacerber entre les deux nations, mais aussi plus largement dans toute la région, en raison du changement climatique. Ses conséquences sont particulièrement visibles sur la chaîne de l’Himalaya, véritable muraille naturelle qui concentre les plus hauts sommets du monde, dont l’Everest. Elle accueille la troisième réserve de glace de la planète, derrière l’Arctique et l’Antarctique, et la source de plus d’une dizaine de grands fleuves. "C’est le château d’eau du continent, et surtout de l’Asie du Sud. En dehors des moussons, l’essentiel des ressources provient d’ici", résume Jean-Joseph Boillot, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Or ce réservoir s’affaiblit. Selon un rapport publié en avril par le Centre international pour le développement intégré des montagnes (Icimod), basé au Népal, le niveau d’enneigement a atteint, au début du printemps, son niveau le plus bas depuis vingt-trois ans. Cette situation menace l’approvisionnement en eau de deux milliards de personnes, de l’Afghanistan au Bangladesh, en passant par le petit Mustang et le géant indien. Soit un quart de la population mondiale.

Le Pakistan perfusé à l’Indus

En aval, les tensions risquent d’augmenter pour le partage du précieux liquide. Avec une intensité décuplée en fonction des positions dans les bassins-versants. "Les trois quarts de l’approvisionnement annuel en eau renouvelable du Pakistan proviennent de l’extérieur de ses frontières, décrit David Michel, expert en sécurité alimentaire et hydrique au Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS). Il s’agit presque exclusivement de l’Indus, dont les eaux constituent l’épine dorsale de son économie agricole." De son hydroélectricité aussi, puisque la quasi-totalité des barrages du pays jalonnent ce fleuve et ses affluents. Le Pakistan et ses quelque 250 millions d’habitants y sont perfusés autant que l’Egypte l’est au Nil. Impossible de vivre sans. "Le problème, c’est que le contrôle en amont par l’Inde lui donne un avantage décisif", pointe Franck Galland, fondateur de la société Environmental emergency & security services, et chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

Le pays le plus peuplé de la planète, avec 1,4 milliard d’habitants, vit lui aussi dans une urgence permanente. Sa démographie galopante nécessite toujours plus d’eau – qu’elle a de moins en moins. Pour son agriculture et son élevage ; pour ses barrages et le refroidissement de ses réacteurs nucléaires ; et pour bien d’autres usages industriels. L’exemple de Bangalore illustre cette tension grandissante. Le développement incontrôlé de la capitale nationale de la tech a asséché les lacs et épuisé les ressources souterraines. La "Silicon Valley" indienne vit depuis plusieurs années une crise sévère, au point de faire appel à des camions-citernes pour ravitailler une partie de sa population. "Dès 2025, l’Inde devrait être incapable de satisfaire la demande quotidienne des habitants et selon le Giec, 40 % de la population indienne sera en situation de pénurie d’eau en 2050", pointait, il y a deux ans, une note du service économique régional de New Delhi, rattaché à Bercy. "Il est absolument stratégique pour l’Inde d’aller chercher de nouvelles masses d’eau", abonde Franck Galland. D’où la volonté, accélérée depuis le premier mandat de Narendra Modi, de remettre en cause le traité de l’Indus, au motif qu’il serait trop généreux envers son voisin. "La répartition est la suivante : 80 % pour eux, 20 % pour nous, avance Ghulam Ali Khatana, député indien du Cachemire. Nous sommes victimes à la fois du terrorisme et du traité."

L’Inde, arroseur arrosé ?

Cet accord a été signé en 1960 sous l’égide de la Banque mondiale. "Il est très original car il ne distribue pas l’eau entre l’amont et l’aval, mais selon les cours d’eau", explique le général de brigade Alain Lamballe, spécialiste de la région et auteur de L’Eau en Asie du Sud : confrontation ou coopération ? (L’Harmattan, 2009). A l’Inde, le contrôle des affluents orientaux du fleuve : Sutlej, Ravi et Beas. Au Pakistan, l’usage sans restriction de l’Indus et de ses deux affluents occidentaux : Jhelum et Chenab. Le texte réglemente aussi les projets indiens de constructions sur ces trois derniers, une source régulière de crispations. Mais 1960 n’est pas 2025. "La technologie a évolué, les systèmes ont changé", justifie le député Ravi Shankar Prasad. La démographie et le changement climatique raréfient les ressources et cristallisent les conflits. L’Inde, avec sa géographie favorable, menace d’utiliser l’eau comme une arme. En a-t-elle les moyens ?

Oui… et non. "Il suffit d’un barrage pour réduire le débit réservé d’un cours d’eau et provoquer de lourdes conséquences, note Franck Galland. Le traité permet aussi un partage des données scientifiques et techniques. Sans elles, comment le Pakistan peut-il gérer lui-même ses propres ouvrages hydrauliques ? Par exemple, quand on veut déstocker d’importants volumes d’eau, la décision se prend en fonction de paramètres sur les réserves en amont. Si une hydropolitique agressive de l’Inde remet tout en cause, cela peut s’avérer catastrophique pour le Pakistan." D’un autre côté, détourner complètement l’Indus et ses affluents serait difficile à mettre en œuvre – voire dangereux. La production d’énergie hydroélectrique nécessite la libération d’eau pour faire tourner les turbines. Si l’Inde faisait cavalier seul, "il lui faudrait construire d’énormes réservoirs de stockage et de multiples dérivations. Même si elle se lançait dans ce type d’infrastructures, cela prendrait des années et des milliards de dollars d’investissement", ajoute David Michel, du CSIS. Avec le risque de se retrouver, en outre, dans la position de l’arroseur arrosé… face à la Chine.

Le fleuve Indus près du pont Lansdowne à Sukkur en Inde, le 28 avril 2025

La Chine, "hégémon hydrique de l’Asie"

L’Inde se serait bien passée d’un tel cadeau de Noël. Le 25 décembre dernier, Pékin a annoncé la construction d’un barrage pharaonique dans un coude du fleuve Brahmapoutre – Yarlung Tsangpo en chinois. Budget envisagé : plus de 120 milliards d’euros. Production estimée : près de 300 milliards de kilowattheures (kWh) d’électricité par an, plus du triple du barrage des Trois-Gorges, le plus grand du monde, lui aussi chinois. Comme l’Indus et d’autres artères vitales de la région, le Brahmapoutre prend sa source dans les hauteurs tibétaines, sous contrôle de la Chine, avant de serpenter en Inde puis au Bangladesh. Les autorités indiennes et bangladaises ont déjà exprimé leurs inquiétudes concernant ce méga-barrage prévu dans le district de Mêdog, juste avant la frontière indienne – une zone, qui plus est, vulnérable aux séismes. "Si l’Inde continue à utiliser l’eau comme levier dans ses bassins fluviaux occidentaux, elle affaiblit sa propre position dans le Nord-Est, ce qui donne à la Chine une plus grande justification pour des actions unilatérales en amont, analyse Farhana Sultana, professeure de géographie et d’environnement à l’université de Syracuse (Etats-Unis). En somme, elle réduit sa propre autorité morale et son pouvoir de négociation."

Dans la région, l’eau est au cœur d’un véritable jeu de dominos. Avec un seul maître : la Chine. "En amont de tous les autres, elle est l’hégémon hydrique de l’Asie", synthétise David Michel. Pékin, conscient de ce pouvoir, n’hésite pas à en user. "Sans aucun état d’âme", précise même Jean-Joseph Boillot. "La Chine ne tient aucunement compte de l’avis des pays en aval. Elle n’a signé aucun accord de partage des eaux avec ses voisins, que ce soit la Russie, les pays d’Asie centrale ou du Sud-Est. Et elle continuera d’aménager le Mékong [NDLR : fleuve qui traverse ensuite la Birmanie, la Thaïlande, le Laos, le Cambodge et le Vietnam] ou le Brahmapoutre comme elle l’entend", abonde le général Alain Lamballe. Cette inflexibilité n’est pas nouvelle. Mais elle est montée en puissance depuis le début des années 2000, sous l’impulsion des deux derniers présidents.

A commencer par Hu Jintao, au pouvoir de 2003 à 2013. Cet ingénieur hydraulicien de formation "a fait de la ressource en eau un enjeu stratégique de sécurité collective", rappelle Franck Galland. Un objectif repris et amplifié par Xi Jinping, son successeur, à qui l’on attribue un slogan à l’allure de proverbe : "Les eaux claires et les montagnes vertes ont autant de valeur que les montagnes d’or et d’argent." Selon un rapport dévoilé fin 2024 par l’ONG International campaign for Tibet (ICT), près de 200 barrages hydroélectriques ont été construits ou planifiés dans cette région depuis le début du siècle. Avec une nette augmentation à partir de 2016. "La Chine est passée d’un contrôle passif à une domination hydraulique active. L’eau est devenue un levier géopolitique, non seulement pour son développement national, mais aussi pour influencer ses voisins et consolider son pouvoir régional", explique Farhana Sultana.

Bangladesh, le prochain point chaud ?

La Chine ne se contente pas de bâtir chez elle. Dans le cadre de ses nouvelles routes de la soie, Pékin s’est engagé à construire de nombreuses infrastructures, y compris hydroélectriques, hors de ses frontières. C’est notamment le cas au Pakistan allié. Face aux récentes menaces indiennes, l’entreprise publique chinoise chargée d’un projet de barrage dans le nord-est du pays a déclaré qu’elle allait accélérer les travaux. Ce bras de fer est observé avec fébrilité dans toute la région, surtout au Bangladesh. Le huitième pays le plus peuplé du monde, avec 175 millions d’habitants, est l’un des plus affectés par le changement climatique. "La coopération régionale est vitale pour sa survie, détaille Farhana Sultana, car il accueille le dernier delta en aval du Gange et du Brahmapoutre." Deux importants fleuves qui, en amont, sillonnent… l’Inde.

Le voici, sûrement, le prochain point chaud d’une zone déjà sous tension : l’expiration, l’an prochain, du traité du Gange, qui acte le partage de l’eau entre l’Inde et le Bangladesh. "Il est très vraisemblable que le gouvernement indien, sous la pression de certaines de ses provinces, ne sera pas très conciliant pour renouveler cet accord car les relations se sont détériorées depuis le changement de régime à Dacca, anticipe Alain Lamballe. Et s’il le fait, il posera certainement ses conditions." David Michel confirme que la récente crise autour de l’Indus "a déclenché l’alarme" au Bangladesh. Or ce dernier, comme le Pakistan, cultive plutôt de bonnes relations avec la Chine. "Pékin mène une partie de billard, complexe, avec les voisins de l’Inde pour la neutraliser. C’est également une façon de mettre un pied en Asie du Sud, que New Delhi considère comme sa cour", détaille Jean-Joseph Boillot, de l’Iris.

"L’eau est à la fois une cause et un instrument de guerre", conclut le général Alain Lamballe. Narendra Modi ne le sait que trop. Si l’eau est essentielle à la vie, elle l’est aussi – et le sera de plus en plus – au maintien de son pouvoir.

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