Comment rebondir après un échec professionnel ? Ces trois étapes pour y parvenir
"Tomber sept fois, se relever huit" : l’adage que l’on prête aux Japonais est un mélange audacieux, à la fois bravache, résilient et résolument positif. En France pourtant, il ne se murmure qu’à voix basse, sans témoin, ou dans le cabinet feutré d’un psy. En effet, à la différence des Etats-Unis, qui ont une vision radicalement opposée, dans le monde du travail français, un dirigeant n’explique jamais ses échecs : au contraire, sur certaines plateformes, seuls les titres ou les levées de fonds sont valorisés. La réussite professionnelle est un impératif, et les carrières de dirigeants s’enchaînent. Ainsi, des mots comme "échec", "ratage", "manquer" ou "louper" sont bannis : le "naufrage professionnel" qui précède la "faillite" ou la "chute" sont des tabous absolus.
Invisibilisés dans une société qui érige la victoire en dogme, ces concepts n’en sont pas moins présents dans le quotidien des dirigeants contraints de fermer leur entreprise, ainsi que de ceux qui en subissent les conséquences sociales. Au premier trimestre 2025, 17 845 entreprises sont en situation de défaillance (risque de faillite), soit une hausse de 4,4 % par rapport à 2024, et plus de 71 000 emplois sont menacés - un chiffre jamais atteint depuis la crise de 2009 (Altares, mai 2025).
Il y a pire : lorsqu’on est manager dans une entreprise épargnée par la crise économique, et que l’on subit de plein fouet un licenciement - en période d’essai, après un an, cinq ans, ou même trente ans de carrière, alors qu’on a "tout donné" ? "Mon parcours a des allures de montagnes russes d’émotions, c’est une succession de défis qui m’ont enseigné la résilience, la persévérance et la foi en soi-même. Chaque échec a été une leçon, chaque succès une preuve que je pouvais transformer les obstacles en tremplin", résume Michel Khoury, créateur de contenu et conférencier sur le monde de l’entreprise et du management, dans l’ouvrage L’échec, c’est de l’entraînement (Flammarion, 2024). Parmi les échecs les plus fréquents, le licenciement se distingue : il résonne comme un gong assommant pour celui qui le subit. Véritable traumatisme, il ravive la mauvaise note d’antan, le concours raté, les projets avortés, et souvent la déception des proches. Ne pas ressasser ce passé constitue la première étape pour s’en libérer et puiser, dans ces expériences, les ressorts nécessaires pour avancer, une fois le choc accepté.
Gare aux excès du volontarisme
La deuxième étape, plus complexe, se décline en deux approches opposées. La première est incarnée, entre autres, par Michel Khoury ou Jean-Baptiste Rudelle, fondateur de Criteo (dans On m’avait dit que c’était impossible, Stock, 2015). Une volonté obsessionnelle de réussir, vissée à l’individu, même lorsqu’il enchaîne les échecs. A l’américaine en somme. S’accrocher coûte que coûte pour mener son projet jusqu’au bout. Un modèle qui n’est pas fait pour tout le monde. L’autre voie est contre-intuitive, moins radicale : plutôt que de s’acharner à retrouver le même emploi, s’interroger : "les conséquences d’une application systématique du volontarisme sont délétères, non seulement en termes d’efficacité, laquelle n’est pas toujours au rendez-vous, mais elles conduisent également à des situations de stress et de souffrance", analyse le psychiatre Jacques Antoine Malarewicz dans L’art d’agir sans effort - approche efficace pour les managers et les coachs (Afnor Editions, 2024), de Chloé Ascencio et Magali Thoraval, coaches spécialisées. "Le volontarisme est obstinément détaché du contexte et des conditions pragmatiques qu’il prétend surmonter par la force de la volonté et l’accumulation des efforts censés forcer le destin", insistent les coautrices qui ont vécu en Chine et préconisent la "stratégie de l’eau" plutôt que celle du fer. "Apprendre à aimer le chemin et pas seulement le résultat ; car paradoxalement, c’est la voie détournée qui permet de l’atteindre finalement". Que choisir ? Refaire la même chose ? S’ouvrir d’autres portes, à travers une formation ou un changement de cap ? Peut-être s’inspirer des deux approches, qui partagent quelques principes : ne pas culpabiliser, ne pas remettre en cause ses compétences, ne pas se victimiser. Et, surtout, trouver sa propre voie. Les acquis professionnels et personnels sont les prérequis de l’introspection afin de se projeter dans le futur.
La troisième étape consiste à mettre en lumière les aspects les plus épanouissants du poste que l’on a quitté, afin de continuer à prospérer dans ce domaine. "L’argent n’est pas la seule unité de mesure de la réussite", rappelle Michel Khoury, qui conclut : "la clé pour s’adapter à un nouveau travail est la flexibilité mentale et la volonté de s’engager activement dans le processus d’intégration". En s’obligeant à ne pas regarder derrière soi…