La France est l’un des pays les plus écolos au monde, qui le sait ? Par Nicolas Bouzou
Dans ces temps troublés, les motifs de se réjouir ne sont pas légion, sauf du côté de l’écologie. Evidemment, personne n’y pense, tant l’activisme des ONG et des militants écolo-décroissants est efficace. Pourtant, deux statistiques récentes montrent que le combat contre le réchauffement climatique est bien engagé.
D’après les données publiées par le site d’information britannique Carbon Brief, la Chine a enfin amorcé depuis un an la décrue de ses émissions carbone. Cette baisse n’est pas liée aux difficultés, réelles, de son économie mais bien à la substitution d’énergie décarbonée aux énergies fossiles. La Chine, principal émetteur de carbone dans le monde, investit massivement dans le renouvelable et dans le nucléaire, et cela donne enfin des résultats tangibles.
L’anachronisme de Trump
Deuxième statistique encourageante, publiée celle-ci par l’association Citepa : les émissions de CO2 de la France ont reculé de près de 20 % en sept ans. Cette baisse s’accélère, alors même que nous sommes l’un des pays développés qui affiche déjà l’une des empreintes carbone les plus faibles – cette dernière correspond aux émissions liées à la production et à la consommation importée. La France est l’un des pays les plus écologiques au monde ! Quel dommage que cette réalité ne soit pas davantage mise en avant pour améliorer notre soft power, surtout au moment où le président Trump tourne le dos à la science climatique en facilitant l’exploitation des énergies fossiles aux Etats-Unis.
Cette politique américaine, complètement anachronique, fait ressortir la rationalité des choix européens dans ce domaine. Du point de vue écologique, elle relativise, bien sûr, les bonnes nouvelles énoncées ici. Mais rien ne dit que les choix trumpistes stopperont les baisses des émissions carbone observées également aux Etats-Unis. L’Inflation Reduction Act de Joe Biden a commencé à faire sortir du sol américain une industrie à bas carbone, et il n’est pas certain que les velléités de l’actuel locataire de la Maison-Blanche interrompent un mouvement de décarbonation globale déjà bien engagé.
Les sous-traitants d’EDF s’impatientent
Si la France obtient d’aussi bons résultats, c’est essentiellement grâce au choix gaulliste du nucléaire civil. Emmanuel Macron avait enfin acté, en février 2022, la construction de six nouveaux réacteurs de type EPR2, le premier devant être mis en service à Penly, en Seine-Maritime, en 2035. En mars, un premier retard de trois ans a été annoncé. Pour le justifier, l’Etat et EDF expliquent qu’il vaut mieux tergiverser dès le départ plutôt que d’allonger sans cesse les délais à la fin du chantier, histoire de ne pas réitérer les erreurs de Flamanville et ses douze ans de décalage sur le calendrier initial.
Il importe aussi de monter un dossier financier solide, afin d’être certain de maîtriser les coûts et d’éviter les dérapages budgétaires. Très bien. Ceci étant dit, ce retard à l’allumage n’est pas lié qu’à de bonnes raisons. L’Etat semble particulièrement lent dans la mise en place de son contrat avec EDF. Les processus administratifs restent très lourds et les ministères – Economie et Energie – ont parfois du mal à se coordonner. Les sous-traitants d’EDF, qui sont en ordre de marche, n’en peuvent plus d’attendre. Inefficacité française, quand tu nous tiens.
Augmenter nos capacités au plus vite
Apparemment, les pouvoirs publics s’autorisent ces atermoiements du fait, ces derniers mois, d’une demande d’électricité un peu moins forte que prévu. Quelle erreur ! S’il est un point commun à l’approche énergétique des Etats-Unis et de la Chine, c’est bien l’hypothèse de besoins exponentiels en électricité dans un futur proche. Pour deux raisons. La première est technique : la montée des usages dans l’intelligence artificielle entraînera, ces prochaines années, un appétit de plus en plus grand pour l’électrique. La deuxième est écologique : la substitution de la demande d’électricité décarbonée à la demande d’énergie fossile, dans l’automobile mais pas seulement, est acquise.
La conclusion que la France devrait en tirer, c’est qu’un pays comme le nôtre ne rencontrera jamais de problème de surproduction d’électricité nucléaire et que nous devons donc augmenter nos capacités au plus vite. Une fois de plus, notre lenteur administrative et notre maquis bureaucratique et réglementaire nous empêchent d’œuvrer comme il le faudrait, pour l’intérêt général.
Nicolas Bouzou, économiste et essayiste, est directeur du cabinet de conseil Astères