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"Quand on s'appelle Kevin..." : le prénom compte-t-il vraiment pour faire carrière ?

C’est une petite phrase lue sur un site de conseil en recherche d’emploi, sous le titre "Le prénom est-il un facteur de réussite professionnelle ?" : "Culturellement, certains prénoms sont fortement connotés… On imagine Kevin et Jacquie faire des blagues lourdes à la machine à café en pensant être subtils ou encore Nestor servir des rafraîchissements dans des hôtels 4 étoiles et enfin Christiane répondre au standard d’une grande entreprise d’un ton las". C’est une petite phrase entendue de la bouche d’un dirigeant haut placé d’une banque il y a quelques années, indiquant que le prénom est un renseignement très utile au moment d’accorder ou de refuser un prêt et de citer l’exemple d’une Jennifer comme moins susceptible qu’une autre d’en décrocher un. C’est une petite phrase surgie au détour d’un très sérieux documentaire récemment diffusé sur Paris première, Sauvons les Kevin de Kevin Fafournoux, dans lequel l’un d’eux se souvient avoir, enfant, dit à ses parents : "A cause de mon prénom, je ne deviendrai jamais président de la République !"

Ces trois exemples en témoignent, l’effet produit par le prénom que l’on porte n’a rien d’anecdotique. Qu’il soit jugé populaire (Kevin, Jordan, Jennifer ou Cindy) ou plus bourgeois (Edouard, Charles, Anne ou Jeanne), il pèse sur le destin des individus. Pas parce que le simple fait de porter tel ou tel prénom influe sur la réussite scolaire et professionnelle, mais parce qu’il est un indicateur du milieu social et de l’(in)égalité des chances à l’œuvre dans notre société. Au même titre que les vêtements que l’on porte, que les tics de langage, la proxémie ou la manière de manger, les prénoms disent beaucoup de là d’où l’on vient et du regard que l’on porte sur nous. "Avec les prénoms, on a l’impression d’accéder à l’intimité de celui qui le donne. On le rattache aux personnes que l’on connaît, même si tout le monde ne correspond pas à nos stéréotypes", souligne Baptiste Coulmont, auteur de Sociologie des prénoms (La Découverte).

De très scientifiques études en attestent. Entre 2012 et 2020, Baptiste Coulmont a recensé les prénoms les plus susceptibles d’avoir une mention très bien au bac – Valentine, Salomé ou Martin – et ceux aux chances plus réduites – Dylan ou Bryan, Alicia ou Jessy. Etienne Guertin-Tardif, professeur de sociologie au Québec, a étudié la probabilité de devenir médecin pour les enfants nés dans les années 1980 à partir des données de l’ordre du Collège des médecins de Québec : pour 14 Antoine ou 12 Louis pour 1000, il y a moins de deux Kevin, Steve ou Dave, détaille-t-il dans son livre Pourquoi les Kevin ne deviennent pas médecin ? à paraître en France en septembre.

Le prénom, indicateur avancé de milieu social

La libéralisation, en 1993, de la législation autour des prénoms a rendu plus visible l’origine sociale des identités. Désormais, les parents peuvent donner le prénom de leur choix dès lors qu’il n’est ni inacceptable ni provocant. Il devient une revendication culturelle comme une autre, alimentée par les références livresques, télévisuelles, familiales, ou par une quête d’originalité aux effets parfois mal évalués. Depuis trente ans, le nombre de prénoms a crû considérablement et l’existence d’un corpus commun, par un effet de ruissellement entre milieux sociaux, s’est atténuée.

Or, l’identité utilisée au quotidien est révélatrice des chances que l’on se donne, mais aussi de celles que l’on vous accorde. "Un prénom n’est jamais choisi par hasard, il reflète la mode et notre milieu social. Il est intéressant ne serait-ce que par les aspirations familiales que l’on s’autorise en fonction du milieu dont on est issu", note Etienne Guertin-Tardif. Pour lui, les études de médecine sont un bon indicateur de ce phénomène, des parents ayant arrêté tôt l’école auront rarement tendance à encourager leurs enfants à aller dans cette voie longue et difficile. Les enseignants ont aussi des biais. "Ce n’est pas le prénom que l’on porte qui fait que l’on est mauvais ou bon à l’école, mais il y a corrélation entre le prénom, l’origine sociale et le parcours scolaire. On va orienter plus vite un élève issu d’un milieu populaire qu’un autre ; des études ont aussi montré que les professeurs jugent plus sévèrement leurs travaux que ceux des élèves de milieux favorisés", insiste Jérôme Piron, l’un des deux enseignants belges de la compagnie Chantal et Bernadette, auteurs d’une pièce de théâtre intitulée Kevin, jouée à Avignon en juillet.

Dans le milieu professionnel, les préjugés vont parfois si loin qu’ils en deviennent blessants. Graphiste indépendant, Kevin Fafournoux n’a jamais été confronté à de la discrimination directe, mais il a recueilli dans son documentaire le témoignage de médecins prénommés comme lui, dont les patients doutent du diagnostic parce qu’ils ne prennent pas un "Kevin" au sérieux. Un ressenti qui dépasse les seuls porteurs de ce prénom. Selon un sondage réalisé chaque année par Kantar et la Sofres pour le Medef, les salariés placent les origines sociales modestes juste derrière la séniorité comme élément de stigmatisation, devant le surpoids. Une origine souvent repérée via le prénom.

Un sujet souvent pris à la légère

Jusqu’à créer une rupture dans l’égalité des chances en matière de recrutement ou de carrière ? Difficile à dire car, contrairement à la discrimination par le nom ou par l’origine géographique, celle qui pourrait s’exercer par le prénom n’est pas reconnue officiellement par les institutions. "C’est une variable qui n’est pas traitée, alors même qu’elle est révélatrice de l’origine sociale", s’exaspère Jean-François Amadieu, professeur à l’université Paris 1-Panthéon Sorbonne. Pour alimenter les recherches sur le sujet, il a tenté de convaincre l’Insee de croiser les prénoms de naissance avec la profession des parents. Sans succès. Même fin de non-recevoir lorsqu’il a souhaité étendre les pratiques de testing en matière de recrutement aux prénoms. Et lorsqu’il a soumis au Défenseur des droits des cas de discrimination par le prénom, celui-ci lui a opposé que ce n’était pas un critère officiellement reconnu. "En France, on travaille surtout sur les origines ethniques, moins sur les origines sociales", regrette Jean-François Amadieu.

Peur de mettre en lumière les failles de notre ascenseur social ? Sujet trop peu sérieux pour justifier des programmes de recherche ? Les prénoms ne semblent pas au cœur des préoccupations des autorités. La question passionne pourtant le grand public, qui a compris que l’avenir de notre modèle se jouait en partie là. Le site de Baptiste Coulmont, sur lequel est publié le "nuage" des mentions très bien au bac, est très fréquenté, tant par de futurs parents angoissés au moment de baptiser leur progéniture que par des individus inquiets de ce que leur prénom leur destine. Il y a dix ans, Iegor Gran était l’un des rares à mettre en lumière les moqueries subies par certains dans un jubilatoire La Revanche des Kevin, publié par P.O.L. Désormais, des livres, des films, des pièces de théâtre pointent un malaise que l’humour a longtemps rendu inaudible. Kevin Fafournoux a reçu plus de 500 témoignages et nombre de remerciements pour son documentaire. Le sujet prend aussi une dimension politique. En désignant un président qui s’appelle Jordan (Bardella) et en envoyant deux Kevin (Pfeffer et Mauvieux) à l’Assemblée nationale en 2022, le Rassemblement national a parlé à une France populaire qui se sent méprisée par les autres partis. Une manière de leur dire, oui, vous aussi, vous avez une place sur la photo. Preuve qu’un prénom n’est jamais anodin.

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