Israël : David Zini, le choix provocateur de Benyamin Netanyahou pour diriger le renseignement
Sa nomination est considérée comme une provocation envers la justice et la société civile israélienne. Le très conservateur général de division David Zini, 51 ans, a été choisi jeudi 22 mai par Benyamin Netanyahou pour prendre la tête du Shin Bet — le service de renseignement intérieur israélien — à la suite de la démission de l’ex-directeur Ronen Bar.
Fils d’émigrés venus de France et petit-fils d’une survivante du camp d’extermination nazi d’Auschwitz, le général Zini est actuellement chef du commandement de la formation au sein de l’armée israélienne et à la tête du corps d’état-major général. Il est notamment révéré par le gouvernement actuel pour avoir rédigé en mars 2023, six mois avant l’attaque du Hamas, un rapport exposant les failles de l’armée israélienne en cas "d’incursion surprise" en Israël à partir de la bande de Gaza.
"Trop messianique" pour Netanyahou
Selon le bureau du Premier ministre, "le général Zini a occupé de nombreux postes opérationnels et de commandement dans les Forces de défense israéliennes", notamment comme combattant de l’unité d’élite Sayeret Matkal, ou encore de fondateur de la brigade commando, un corps créé en 2015 pour regrouper des unités d’élite.
Son profil est particulièrement conservateur, même aux yeux de Benyamin Netanyahou. Dans un article repéré par Courrier International, le journal Haaretz rapporte ainsi que ce dernier "s’était opposé par le passé à nommer ce sioniste religieux, père de 11 enfants, à un haut poste de l’armée parce qu’il le trouvait 'trop messianique'". Mais selon une source au sein des services de sécurité du journal israélien Maariv, le frère de David Zini, Shmuel Zini, est "le bras droit" du milliardaire Simon Falic, "un proche collaborateur et un bienfaiteur de longue date de la famille Netanyahou".
Benyamin Netanyahou défie la justice
Plus qu’un général, David Zini est la représentation d’une controverse et plus largement d’une fracture entre le gouvernement israélien et la société civile. En cause : il a été choisi par Benyamin Netanyahou alors même que la procureure générale Gali Baharav-Miara avait, la veille, interdit au leader du Likoud de nommer un successeur au chef démissionnaire de l’agence, Ronen Bar, précise le Jerusalem Post. Car selon la Cour suprême, qui a statué mercredi soir sur le renvoi de Ronen Bar, la décision prise le 21 mars par le gouvernement de le limoger était "contraire à la loi".
Ce limogeage avait fait suite à une enquête du service de renseignements, diligentée par Ronen Bar, qui visait des proches du Premier ministre soupçonnés d’avoir touché des pots-de-vin du Qatar. Ronen Bar a par ailleurs affirmé dans une déclaration écrite adressée à la Cour suprême, le 28 avril, que le Premier ministre avait exigé de lui une loyauté personnelle et lui avait ordonné d’espionner des manifestants antigouvernementaux, ce que Benyamin Netanyahou dément.
Une nomination qui ravive les tensions
La procureure générale a rapidement réagi jeudi soir à l’annonce du gouvernement israélien en affirmant qu’il existait "un sérieux soupçon que Benyamin Netanyahou ait agi en situation de conflit d’intérêts" et que "le processus de nomination" était "vicié". D’autres recours sont attendus et le chef de l’opposition, le centriste Yaïr Lapid, a appelé le général Zini à "annoncer qu’il ne peut pas accepter cette nomination tant que la Cour suprême ne s’est pas prononcée" sur la légalité de cette décision.
Cette manipulation de Benyamin Netanyahou ravive aussi les divisions de la société israélienne, au moment où le gouvernement a décidé de repartir à l’offensive contre le Hamas après deux mois de trêve, provoquant d’importantes manifestations contre l’exécutif. Jeudi soir dans le centre de Tel Aviv, des centaines de manifestants ont protesté contre cette décision, rapporte le national israélien Haaretz.
Ce qui n’a pas empêché le Premier ministre israélien de déclarer ce vendredi matin que le nouveau chef du Shin Bet devait être nommé "le plus vite possible". "Il s'agit d'une nécessité sécuritaire de premier ordre, et tout retard porte atteinte à la sécurité de l'État ainsi qu'à celle de nos soldats", affirme un communiqué de son bureau. Dans un autre communiqué, le chef d'état-major de l'armée, le lieutenant-général Eyal Zamir, a de son côté "remercié" David Zini pour son "service significatif" au sein de l'armée, ajoutant que ce dernier quitterait l'uniforme dans les jours à venir.