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L’appel de psychologues : "Non aux fausses réponses à une vraie crise"

Alors que les besoins de soins psychiques explosent en France, le délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie (DMSMP) a esquissé dans L’Express les lignes d’un projet de réforme selon lui nécessaire pour une "meilleure intégration des psychologues dans les parcours de soins". Le délégué entend garantir la qualité des soins en "santé mentale" en imposant aux futurs psychologues cliniciens un stage obligatoire dans un service de psychiatrie. Il souhaite formaliser à la place de l’université, "des exigences de diplôme garantissant une formation adaptée" et conditionner le remboursement des séances de psychothérapie à l’adoption de certaines "techniques de prises en charge spécialisées".

Une telle proposition de réforme témoigne d’une méconnaissance de la profession, de sa formation et de son exercice. Si elle venait à être adoptée, elle viendrait entériner, sous couvert d’un pragmatisme de façade, une redéfinition autoritaire et inquiétante de l’exercice des psychologues cliniciens. Qui plus est, sans concertation avec les professionnels concernés.

Pierre angulaire d’une restructuration en cours de l’offre de soin en santé mentale jugée en France insatisfaisante, le dispositif "Mon soutien psy" est volontiers présenté par le délégué ministériel comme une "première réponse aux Français atteints de troubles légers à modérés". Ce dispositif récent échoue pourtant à répondre aux besoins réels en matière de prise en charge psychologique. Le "Rapport du Gouvernement" chargé d’en évaluer les premiers résultats, remis au Parlement fin mars, montre que la population bénéficiaire n’est pas amenée au soin par ce biais (4,8 séances consommées), que près de 75 % des patients interrompent leur suivi avant d’atteindre la huitième séance, et que le public en situation de précarité, principalement visé par le dispositif, n’est pas réellement touché (10 % des consultations).

84 % des psychologues refusent "Mon soutien psy"

Du reste, le dispositif peine à convaincre la majeure partie de la profession. Les collectifs Convergence des Psychologues en Lutte et Manifeste psy rappellent régulièrement le pourcentage très élevé de psychologues qui refusent ce dispositif. Ils soulignent en effet qu’en janvier 2023, la France comptait 88 647 psychologues, dont 32 715 libéraux (ou avec une activité mixte). Or, au 30 mars 2025, seuls 5 217 psychologues ont fait le choix du conventionnement, ce qui signifie que 84,06 % des psychologues éligibles n’adhèrent pas voire boycottent activement "Mon soutien Psy" (NDLR, selon le service de statistique du ministère de la santé, il convient de prendre en compte uniquement les psychologues de moins de 62 ans, qui sont 26 691 à exercer en libéral ou avec une activité mixte ; sur ce total, 15 000 remplissent les critères d’éligibilité à "Mon soutien psy" d’après la délégation ministérielle à la santé mentale). Le Syndicat National des Psychologues le considère même, dans un édito du Carnet psy, comme dangereux pour la profession et inadapté pour le public.

L’argument de l’accessibilité des psychologues, avancé dans le projet du délégué ministériel, est intéressant. Mais les lieux de soins gratuits pour la population existent : en premier lieu, les Centres Médico-Psychologiques (CMP) dans le secteur psychiatrique ; mais aussi par exemple les Bureaux d’Aide Psychologique Universitaire (BAPU) pour les étudiants. Ces dispositifs manquent toutefois de postes de psychologues pour répondre à la demande. Ainsi, on déplore plusieurs mois d’attente dans les CMP pour une première consultation ; un psychologue pour 15 000 ou 30 000 étudiants dans les BAPU, alors qu’il en faudrait un pour 1 500. C’est pourquoi de nombreux professionnels plaident pour rediriger les financements du dispositif vers les CMP, vers les centres de consultation dans les universités, les écoles et les consultations hospitalières, ce qui permettrait d’offrir aux citoyens, incluant ceux qui seraient sans ressources, une prise en charge psychologique de qualité.

Un choix inverse à celui suggéré récemment par le délégué du gouvernement, qui propose plutôt de renforcer un dispositif insatisfaisant par une "seconde brique" qui consisterait à externaliser vers le libéral les prises en charge de patients complexes dans le cadre de "psychothérapies spécialisées". Quid du suivi aujourd’hui assuré, dans l’offre conventionnelle de secteur, par des équipes multidisciplinaires où la coordination entre professionnels est meilleure ?

Il conviendrait donc a minima de mener une évaluation approfondie et exhaustive du dispositif, quantitative et qualitative, avant d’envisager précipitamment la "solvabilisation par l’assurance maladie des modules de psychothérapie spécifiques pour les personnes porteuses d’une pathologie psychique", ainsi que l’a annoncé le DMSMP lors de son audition devant la Commission des affaires sociales au Sénat le 26 mars 2025. Cette évaluation devrait permettre entre autres de comprendre pourquoi 36 % des bénéficiaires sollicitant ce dispositif de "première ligne" s’y retrouvent en réalité "hors indications", souffrant déjà de difficultés psychiatriques avérées. C’est que la souffrance psychique est sans doute plus complexe que la présentation qu’en fait le gouvernement, où elle suit toujours deux vitesses : "troubles légers" ou "pathologies psychiatriques".

Les travaux actuels en psychopathologie proposent pourtant de revenir à la conception d’un continuum du normal au pathologique, plutôt qu’à une dichotomie fondamentale distinguant le normal du pathologique. Alors que l’ancien directeur du National Institute of Mental Health (NIMH) américain, Thomas Insel, a été récemment contraint de reconnaître que la dépense infructueuse de 20 milliards de dollars investis dans la recherche pour une "psychiatrie de précision" basée sur la génétique et l’imagerie n’a pas aidé un seul patient, le "chantier français" (sic) en cours défendu par le délégué ministériel semble proposer de restreindre le champ du soin psychique à cette même conception erronée car trop limitée de la "maladie mentale".

Il s’agirait de la repérer par une psychiatrie biomédicale, suppléée ensuite par des techniciens assermentés (les psychologues). Ce qui laisse craindre le même échec que celui rencontré par le NIMH, dans une psychiatrie où l’accompagnement de sujets en souffrance, la mise au travail de conflits, la prise en compte du langage et du lien, disparaissent, au profit d’un kit d’objectifs et d’échelles permettant de "valider et traiter des troubles", "d’optimiser des parcours", de "rééduquer" et de "remédier" au "désordre".

La psychologie clinique n’est pas une addition de techniques, et sa pratique ne commence, ni ne s’arrête, à la psychiatrie. C’est justement dans sa capacité à composer avec le non repérable et le singulier, qu’une éthique du soin peut se construire au cas par cas, le "patient moyen" n’existant pas. Cette éthique suppose du temps, un cadre, une écoute, une responsabilité. Elle suppose surtout que la personne rencontrée ne soit pas réduite à son trouble ni à un parcours tracé d’avance.

La partition entre "trouble léger" et "pathologie psychiatrique" n’est pas toujours si schématique, elle l’est même rarement, et jamais donnée définitivement. Ce sont les compétences et les connaissances en matière de psychopathologie qui permettent aux psychologues d’ajuster leurs suivis, à partir de repérages fins et d’appuis sur un maillage institutionnel souvent nécessaire. Une externalisation des actes de consultation ne pourra jamais être équivalente à une prise en charge pluridisciplinaire, souvent nécessaire pour les évaluations et accompagnements thérapeutiques.

Telle qu’énoncée par le délégué ministériel, la volonté d’intégration des psychologues dans les parcours de soins semble en fait dissimuler maladroitement une remise en cause du titre unique protégeant l’exercice de la psychologie, et une énième tentative de paramédicalisation de la profession s’étant spécialisée dans la psychologie clinique. En imposant une prescription médicale préalable, un contrôle par dossier, des formations adossées à des techniques dites "validées" (mais par qui ?), le projet nie l’autonomie de la pratique et restreint idéologiquement, semble-t-il délibérément, l’éventail psychothérapeutique beaucoup plus vaste présenté dans la résolution de l’American Psychological Association concernant l’efficacité des psychothérapies. Elle substitue en outre à la logique de rencontre une logique d’indication. Au discernement clinique, elle oppose des protocoles et substitue des grilles.

En réalité, le soin psychique n’est pas standardisable, et ne se laisse pas facilement fixer dans une "nomenclature" des actes psychologiques. Il suppose une part d’incertitude et de singularité, et appelle à une certaine créativité. Ce qui n’enlève rien à ses exigences de rigueur, bien au contraire. C’est précisément cela que le projet de réforme porté par le délégué ministériel ne peut penser, car celui-ci repose sur une logique comptable mêlant un paradigme d’évaluation quantitative et une gestion du risque sanitaire.

Ce n’est même plus de l’Evidence Based Medicine, mais du Value-Based Health Care (VBHC), c’est-à-dire une approche des prestations de soins de santé qui cherche une optimisation des ressources de santé et des coûts pour la société. Le problème, c’est que les patients n’ont pas besoin d’algorithmes de soins. Ils ont besoin d’un accueil, de rencontres, d’un cadre stable et d’écoute. C’est cela que nous tenons à défendre ici, au quotidien, dans nos pratiques et dans nos formations.

Pour soutenir son projet de réforme, le délégué ministériel entend jeter le discrédit sur la formation universitaire actuelle en psychologie – visant en particulier les stages, qu’il juge trop hétérogènes, pour des diplômes "non garantis". Ces critiques méconnaissent le cadre législatif et réglementaire précis qui règle les conditions d’accès au titre de psychologue, en particulier l’arrêté du 19 mai 2006 relatif aux modalités d’organisation et de validation du stage professionnel prévu par le décret n° 90-255 du 22 mars 1990 modifié, fixant la liste des diplômes permettant de faire usage professionnel du titre de psychologue. Selon cet arrêté, le stage professionnel est d’une durée minimale de 500 heures (art. 2), il est placé sous la responsabilité conjointe d’un psychologue praticien référent, titulaire du titre de psychologue et exerçant depuis au moins trois ans, et d’un maître de stage, qui est l’un des enseignants-chercheurs de la formation (art. 1).

Au terme du stage, l’étudiant remet un rapport sur l’expérience professionnelle acquise et le soumet à validation devant un jury réunissant le psychologue praticien référent, le maître de stage enseignant-chercheur, un enseignant-chercheur en psychologie en situation de tiers et le professionnel auprès duquel le stage a été accompli (art. 3). À l’issue d’une soutenance, une attestation de validation du stage professionnel est remise au futur psychologue, lui permettant, lorsqu’elle est jointe à un diplôme de licence et un diplôme de master, de faire usage professionnel du titre après inscription au répertoire partagé des professionnels de santé (RPPS), géré par l’agence régionale de santé – laquelle contrôle l’authenticité de l’attestation et des autres documents nécessaires pour l’utilisation du titre.

Au-delà de ce cadre réglementaire, le délégué omet de dire, n’a pas compris ou ne sait pas que, contrairement à ce qu’il expose, l’hétérogénéité et la diversité des lieux de stages (doublement encadrés et agréés par l’équipe pédagogique de la formation) sont autant d’occasions de rencontrer et d’approfondir le vaste champ de la psychopathologie et notamment de la psychiatrie.

Le soin psychique mérite mieux qu’un dispositif technocratique

Cette hétérogénéité et cette diversité constituent précisément des garanties de vitalité pour la psychologie et sa capacité à penser l’être humain dans sa complexité, dans ses conflits, dans son historicité et dans l’institution. La psychologie clinique implique une formation à la pensée du psychisme (par essence conflictuelle), et non une initiation à la gestion de troubles, et doit pour cette raison s’étayer certes sur des connaissances précises en psychopathologie, mais aussi sur l’ensemble du champ des sciences humaines. Et à ce titre, il paraît impensable que l’on puisse, encore aujourd’hui, espérer la soumettre à une tutelle médico-administrative, aussi bienveillante soit-elle.

Ainsi, nous, les psychologues, n’avons jamais refusé de travailler en complémentarité avec les psychiatres, bien au contraire. Mais nous refusons une hiérarchisation d’un autre temps qui ferait du psychologue un auxiliaire du diagnostic et de la prise en charge psychiatrique.

Nous refusons que la formation universitaire en psychologie clinique soit menacée dans son autonomie, et appauvrie dans son contenu, au profit d’une liste de "compétences" édictées par le ministère de la Santé – via un comité dont la composition demeurerait floue et éloignée de l’idéal de rigueur défendu.

Nous refusons que la pluralité des approches cliniques soit remplacée par une liste de "techniques de prises en charge spécialisées" sur lesquelles il appartiendrait aux "experts" d’un nouveau "comité de sélection" de statuer.

Nous avons besoin d’une réforme. Mais d’une réforme construite avec les psychologues, pas contre eux et sans eux ; d’une réforme qui reconnaisse notre rôle spécifique, nos outils, notre clinique ; d’une réforme qui soutient et renforce la formation universitaire, qui rémunère effectivement les stages supervisés, qui garantisse l’importance du travail de recherche lorsqu’on est psychologue, et qui encourage le dialogue entre professionnels avec et dans les institutions. Pas d’une réforme qui soumette la subjectivité aux normes du soin somatique, et qui assujettit la compétence du psychologue à celle du médecin.

Le soin psychique mérite mieux qu’un dispositif technocratique. Il mérite d’être pensé, avec rigueur, avec pluralisme, et avec une exigence éthique constante, afin d’accueillir la personne là où elle souffre, et non là où les critères voudraient la trouver.

Le soin psychique s’enracine dans une rencontre, dans une écoute qui engage la parole et la relation, dans une clinique qui prend au sérieux la personne et sa famille – non seulement sa souffrance, mais aussi sa capacité à la signifier comme elle le peut, et non comme elle le devrait.

Avec les soutiens de :

  • La Convergence des Psychologues en Lutte
  • L’Appel des Appels
  • Le Printemps de la Psychiatrie
  • L’Union Syndicale de la Psychiatrie
  • Le Séminaire Inter-Universitaire Européen d’Enseignement et de Recherche en Psychopathologie et Psychanalyse
  • Le Syndicat National des Psychologues
  • Le Manifestepsy
  • Le Mouvement des Psychologues Cliniciens et des Psychologues Psychothérapeutes
  • L’Association des Psychologues Freudiens
  • L’Association des Psychologues Cliniciens de l’Université de Lille
  • La Fédération Française de Psychothérapie Psychanalytique de l’Enfant et de l’Adolescent
  • Le Groupe d’Etudes et de Recherches Psychanalytiques pour le développement de l’Enfant et du Nourrisson
  • Le Point de Capiton
  • La Criée
  • Le Fil Conducteur Psy
  • HumaPsy

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