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"Cancel culture" et "point Godwin" : cette faillite de la pensée, par Julia de Funès

On le sait, la cancel culture déconstruit méthodiquement le passé comme s’il était un entrepôt de fautes en série. L’Histoire devient un gigantesque casier judiciaire. On y rature les noms, on y déboulonne les statues, on y chasse les formulations déviantes comme autant de crimes de lèse-modernité. Molière ? Trop patriarcal. Flaubert ? Trop masculin. Napoléon ? Trop impérial. Heidegger n’est plus à lire, Céline est condamné depuis longtemps, Churchill n’est qu’un "colon blanc privilégié". Chaque figure passée devient suspecte, chaque oeuvre un prétexte à procès. Le moindre écart historique devient objet de procédure : on révise, on corrige, comme si la mémoire pouvait être nettoyée et le passé annulé. On ne veut plus le connaître, on veut qu’il nous ressemble. On ne veut plus le transmettre, on veut le réécrire.

Et pourtant, malgré cette volonté de l’annuler, le passé résiste et ressurgit. On a beau le censurer, il est brandi à chaque débat, convoqué comme référence ultime. La Shoah est devenue l’unité de mesure universelle de l’horreur. Toute situation tragique est analysée comme un prologue d’Auschwitz. Un 49.3 ? Vichy. Un mot de travers ? Le retour des années 1930. Le "point Godwin" est devenu la monnaie d’échange de la discussion politique, sinon l’ultime joker. Celui qui permet de gagner sans argumenter, d’éteindre la pensée par la terreur morale. Arme suprême de la paresse intellectuelle, elle permet de neutraliser l’incertitude et de moraliser à bon compte. C’est le triomphe de la rhétorique toute faite sur la pensée, de l’émotion sur le réel, du réflexe sur le raisonnement. De sorte que le présent est lu comme une répétition inévitable du pire. Le présent n’a plus le droit d’être nouveau : il doit être un écho, une résonance, une répétition.

Nous voilà face à un paradoxe entre la volonté d'annuler le passé et la persistance de son influence dans nos discours. D’un côté, notre époque évoque le passé à tout propos, comme si rien ne pouvait se comprendre sans son reflet spectral. De l’autre, elle le nie, le récuse, le reformate selon les mœurs actuelles, comme s’il devait s’excuser de n’avoir pas su être contemporain. Ces deux attitudes, en apparence contradictoires, relèvent pourtant d’une même faillite : celle de la pensée. La pensée s’effondre dans les deux cas. Soit elle moralise, condamne, purge et nettoie. Soit elle copie et compare. La voilà ainsi prise entre la moralisation et le copier-coller. Ainsi, nous ne pensons plus l’Histoire, nous l’inculpons. Et nous ne vivons plus le présent, nous le scannons à la recherche du même. L’Histoire devient un procès et l’actualité une rediffusion.

Comprendre n’est pas juger trop vite, ni répéter sans fin

Réfléchir, comprendre, penser notre époque supposerait un effort. Celui de réviser notre grammaire et de mieux conjuguer nos temps. Car, pour l’heure, nous lisons le passé au présent, comme s’il devait se justifier de ne pas être nous ; et nous lisons le présent au passé, comme s’il n’était jamais que le retour maquillé du pire. Penser et comprendre notre temps reviendrait plutôt à conjuguer correctement : accueillir le présent sans le réduire au passé, et penser le passé sans le réduire au présent. Comprendre n’est pas juger trop vite, ni répéter sans fin. C’est prendre le risque de ne pas tout saisir d’avance, d’affronter l’ambigu, d’écouter ce qui résiste aux catégories toutes faites. C’est reconnaître que certains événements ne ressemblent à rien, que certaines expériences n’ont pas de précédent, et accepter que la nouveauté puisse surprendre. Penser, comme dit Hannah Arendt, revient à saisir l’inédit, le nouveau, l’irréductible. C’est éviter l’ivresse du tribunal généralisé comme celle de l’équivalence paresseuse. Cela suppose de ne pas faire du passé un champ de mines, ni du présent un remake. Refuser à la fois la purification du passé et sa duplication dans le présent : voilà le point de départ d’une pensée vivante.

Penser et comprendre notre époque, ce n’est ni juger hâtivement ce qui fut, ni rejouer indéfiniment ce qui revient. C’est être pleinement présent au monde - habiter le temps de manière responsable - là où ni la moralisation ni la répétition ne sauraient tenir lieu de pensée.

* Julia de Funès est docteur en philosophie. Elle sera l'invitée exceptionnelle de notre grand colloque Management le 26 mai au théâtre Marigny. Pour y assister, inscrivez-vous en cliquant ici.

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