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Florent Barraco : "Werenoi était l’artiste le plus écouté de France, mais qui le connaissait ?"

C’est une disparition tragique qui illustre l’archipellisation de nos goûts musicaux. La mort brutale du rappeur Werenoi, le 17 mai, à l’âge de 31 ans a suscité une vive émotion chez ses nombreux fans, mais aussi la surprise d’une majeure partie de nos compatriotes découvrant que l’artiste originaire de Montreuil (Seine-Saint-Denis) était le plus gros vendeur de musique en France depuis deux ans.

Dans La Route du tube (qui vient de paraître chez Perrin), Florent Barraco montre justement la disparition des tubes fédérateurs qui ont uni le pays par-delà les générations et les clivages politiques. En ouverture de son livre, le rédacteur en chef à Paris Match ne cite pas Jean-Jacques Goldman mais Ernest Renan, en 1882 : "Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple."

Une nation, ce n’est pas qu’une géographie, une langue ou des batailles gagnées ; c’est aussi une culture populaire partagée par toutes les classes sociales. Jusqu’à une date récente, les tubes nous rassemblaient. C’est moins le cas. Dans son livre, Florent Barraco a retenu 50 chansons, de Charles Trenet à Aya Nakamura. 15 datent des années 1970, 16 des années 1980. Pour les années 1990, on tombe à sept titres. Quant à la période 2000-2025, Barraco n’en a gardé que cinq…

Pour L’Express, l’auteur analyse ces fragmentations musicales, revient sur le moment de grâce des JO de Paris et s’étonne du grand écart entre l’image élitiste d’Emmanuel Macron et ses goûts très populaires (Sardou, Johnny).

L’Express : Votre livre revient sur 50 chansons qui ont uni le pays, de Charles Trenet à Aya Nakamura. On constate que celles-ci se raréfient. Est-ce la fin du tube fédérateur ?

Florent Barraco : Le modèle des années 1960, 1970 et 1980, c’était une chanson sélectionnée par des programmateurs musicaux, comme Monique Le Marcis, puissante directrice musicale de RTL, qui connaissaient les goûts du public. Ensuite, ils la matraquaient six ou sept fois par jour sur les radios. Il n’y avait alors que trois stations. Ensuite, les chanteurs passaient dans les émissions de variété à la télévision, comme chez les Carpentier, Michel Drucker ou Guy Lux. Parents comme enfants écoutaient les mêmes chansons, dans leur voiture ou devant leur poste.

Aujourd’hui, on n’écoute plus que de la musique individuellement sur Spotify. Il n’y a plus d’émissions de variété à la télévision. La dernière, ce fut Les Enfoirés. Même la Star Academy n’est vue que par deux millions de téléspectateurs, loin de la grand-messe qu’était Champs-Elysées. On se fait sa propre sélection. Mon grand-père détestait par exemple Johnny Hallyday, mais il connaissait ses chansons. Là, je doute que mes parents connaissent Orelsan, Booba ou Jul. Ce week-end, le chanteur le plus écouté de France - 739 millions de vues sur YouTube, 7 millions d’auditeurs mensuels sur Spotify - est mort : pourtant qui connaissait le rappeur Werenoi ? Poser la question c’est déjà y répondre. Par définition, le tube fédérateur n’est plus possible. Même pour un artiste "mainstream" comme Vianney, peu de gens peuvent citer l’une de ses chansons.

Vous finissez par les Lacs du Connemara, rare titre qui continue, dites-vous, à transcender les classes d’âge et les générations. Cela n’a pas empêché Juliette Armanet de critiquer ce tube de Michel Sardou, l’accusant d’être trop "scout, sectaire", et pire, "de droite"…

Vous remarquerez que personne ne l’a soutenue. Sardou est un chanteur de droite, engagé. Mais elle s’est attaquée à ce qui est peut-être sa seule chanson fédératrice. Juliette Armanet vient d’ailleurs de reconnaître, au festival de Cannes, qu’elle avait dit une connerie. Elle a fait amende honorable. Cela prouve la force d’une chanson qui conclut les mariages, les anniversaires et les soirées dans les écoles de commerce. Sur une piste de danse, la France d’en haut se comporte comme la France d’en bas.

Que faut-il à une chanson pour être dans votre livre ?

Il faut qu’elle soit un tube au moment de sa sortie, mais qu’elle perdure, notamment à travers les reprises, qu’elle soit accaparée par la culture populaire via des films ou des pubs, et qu’elle continue d’être écoutée aujourd’hui sur les plateformes de streaming. Véronique Sanson a écrit des meilleurs titres que Chanson sur ma drôle de vie. Il suffit de penser à ses années Berger (Amoureuse, Bahia…) ou à ses années américaines rebelles (Vancouver, Bernard’s Song…). Mais celle qui remporte tous les suffrages, c’est cette chanson légère et entêtante. En 1989, dans Avis de Recherche, Patrick Bruel confie qu’il s’agit de sa chanson préférée. Puis, en 2010, Géraldine Nakache et Leïla Bekhti la remettent au goût du jour dans Tout ce qui brille. En revanche, j’aurais adoré mettre Gilbert Bécaud dans cette liste, mais il ne parle plus à personne.

Personne n'a critiqué la bande-son parfaite des JO. Thomas Jolly est un génie.

Pourquoi L’Envie de Johnny Hallyday plutôt que Que je t’aime, Laura ou Allumer le feu ?

On l’a mise notamment parce qu’elle a été récupérée par les politiques. En 2006, Sarkozy l’a utilisée aux universités d’été de l’UMP et citait même le rocker, présent dans la salle, comme un théoricien politique : "Je veux vous redonner ce qu’on vous a fait perdre de plus précieux, cher Johnny : 'l’envie d’avoir envie.'" Emmanuel Macron, qui a prononcé un discours à la Madeleine pour les obsèques de Johnny, adore aussi cette chanson. L’ironie, c’est que son compositeur, Jean-Jacques Goldman, l’avait imaginée, dans les années 1970, pour Michel Sardou. Mais ce dernier, qui n’a jamais eu de nez pour reconnaître un tube, l’a refusée. Sardou était même persuadé en finissant Les Lacs du Connemara qu’il allait "emmerder tout le monde avec cette histoire de mariage irlandais". Mais la chanson de Johnny qui a été retenue lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris, c’est effectivement Que je t’aime.

Vous soulignez à quel point cette cérémonie d’ouverture a marqué les esprits avec une "bande-son tout droit sortie des placards de Radio Nostalgie"…

Beaucoup de personnes ont critiqué la cérémonie d’ouverture, que ce soit Marie-Antoinette décapitée ou La Cène de Philippe Katerine nu. Mais personne n’a critiqué une bande-son parfaite, avec 30 tubes de la chanson française. Le soir même, avec mon éditeur, nous avons comparé cette playlist avec notre sélection, et près de 70 % des chansons du livre ont été diffusées durant la cérémonie. Thomas Jolly, un génie, a même retourné la polémique autour de la présence d’Aya Nakamura. Il a pris une chanson peu compréhensible, Djadja, et l’a mise en scène devant l’Académie française avec la Garde républicaine, la mélangeant avec le franglais de For Me Formidable d’Aznavour, clin d’œil aux détracteurs d’Aya Nakamura. C’était magnifique. Et finalement, la chanteuse a cloué le bec à tous ses détracteurs. La chanson fait aujourd’hui l’unanimité.

A titre personnel, qu’est-ce qu’un tube pour vous ?

Pour moi, c’est la route des vacances. Avec mes parents, on écoutait Nostalgie ou RTL, des chansons qu’on reprenait ensemble, comme Une belle histoire de Michel Fugain. Ma première cassette, c’était l’album Utile de Julien Clerc, celui de ses retrouvailles avec Etienne Roda-Gil, qu’on écoutait en boucle. Tout le monde connaît au moins une chanson de Michel Sardou, Claude François ou France Gall. Le dernier exemple, c’est Herbert Léonard. Il était has been depuis longtemps. Mais quand il est mort, tout le monde dans ma rédaction, à Paris Match, a chanté Pour le plaisir.

A quel point Dans les yeux d’Emilie de Joe Dassin représente-t-elle une exception dans cette France qui ne chante plus ensemble ?

Au départ, en 1978, cette chanson d’amour hivernale au Québec s’est bien vendue, mais on est loin du triomphe de L’Eté indien ou de Champs-Elysées. Une partie de la France se l’est réappropriée au début des années 2010, grâce aux fanfares, d’abord lors de la Coupe des Landes de basket-ball. En 2015, c’est l’hymne de l’équipe de France de basket pour le Mondial organisé en France. C’est une première déferlante, comme le I Will Survive de Gloria Gaynor en 1998.

Puis en 2023, Dans les yeux d’Emilie est l’hymne officieux du Mondial de rugby, lui aussi en France. Elle est aussi diffusée tous les jours dans l’émission Les Douze Coups de midi, avec un jeune candidat, Emilien, qui bat tous les records. Les JO de Paris, l’année dernière, ont marqué la consécration pour une chanson venue de la France d’en bas pour arriver tout en haut de l’Olympe.

La chanson la plus ancienne de votre livre, Douce France, a été diffusée en 1943, dans un contexte qui n’avait alors rien de doux…

Quand Charles Trenet la chante en 1943, on se dit que la chanson évoque la nostalgie des jours heureux. Dans le public, elle est reçue comme une éclaircie dans la tourmente. Mais comme durant l’Occupation le "Fou chantant" a continué à se produire et gagner beaucoup d’argent, certains y vont vu la preuve d’une collaboration. Trenet est ainsi condamné à huit mois d’inactivité, et Douce France se transforme alors dans l’imaginaire en hommage à Vichy. Mais en 1986, Rachid Taha lui donne une nouvelle vie avec son groupe Carte de séjour. C’est l’assimilation par la chanson, avec un chanteur d’origine algérienne qui chante une France éternelle, avec ses clochers et ses villages.

Emmanuel Macron a une image élitiste, alors que c'est un fan absolu de Sardou et Johnny.

Vous citez dans l’introduction la célèbre conférence d’Ernest Renan à la Sorbonne en 1882 sur ce qui constitue une nation. Une France sans culture populaire commune peut-elle encore faire nation ?

Il n’y a plus de chansons chantées par les grands-parents, les parents et les enfants. Mais cette communautarisation des chansons s’observe aussi pour le cinéma ou les séries. Chacun écoute ce qu’il lui plaît, comme chacun regarde ses séries sur Netflix, Disney + ou Apple TV. Le dernier vrai tube fédérateur en français, c’est peut-être Papaoutai de Stromae en 2013. Son album a atteint 2,5 millions de ventes, un chiffre hallucinant dans un marché du disque sinistré.

Le rappeur marseillais Jul vient de remplir le Stade de France…

Je fais le pari que vos parents ignorent tout de lui. Même la chanson Bande organisée, qui a battu des records sur Spotify ou YouTube, n’a pas traversé les générations.

Clara Luciani ou Juliette Armanet ne sont-elles pas des Véronique Sanson modernes ?

Ce sont effectivement des sosies de Véronique Sanson. Le problème, c’est que des personnes d’un certain âge ne comprennent plus leurs paroles. On n’entend pas ce que chante Juliette Armanet sur Le Dernier Jour du disco. Comme Clara Luciani, elle a de très belles mélodies, mais on ne retient pas les paroles. Or, en France, les textes sont souvent plus importants que la musique et la production. Ce qui a d’ailleurs porté préjudice à des artistes comme Alain Chamfort ou Julien Clerc, des mélodistes de génie ayant rivalisé avec la musique anglo-saxonne : on les renvoie toujours à leurs anciens paroliers – Gainsbourg pour le premier, et Roda-Gil et Jean-Loup Dabadie pour le second.

Emmanuel Macron est un grand fan de la chanson française. Il a même lu votre livre sur Sardou…

C’est un passionné de Sardou. Il chante Vladimir Ilitch avant chaque échéance importante, discours ou allocution. Il adore 55 jours, 55 nuits, un titre méconnu. Il est aussi fan absolu de Johnny. Il passe son temps à chanter à l’Elysée. Ses conseillers sont également des fans de la chanson française, comme Jonathan Guémas ou Bruno Roger-Petit. C’est Brigitte Macron qui leur dit d’arrêter avec leurs vieilleries.

C’est d’ailleurs là où Macron est le plus sincère dans ses discours, quand il cite la culture populaire. J’étais présent à la remise de la Légion d’honneur à Christian Clavier. Le président connaît tous ses films et toutes les répliques. C’est un contraste saisissant : Emmanuel Macron est critiqué par ses détracteurs pour une politique élitiste, alors qu’il est un vrai amoureux de la culture populaire, sans aucun second degré.

Et ses prédécesseurs ?

Nicolas Sarkozy était lui aussi fan de Johnny, Sardou et surtout Didier Barbelivien, dont il connaît tout le répertoire par cœur. François Hollande avait des goûts moins populaires, plus dans une gauche traditionnelle, mais Sardou était le chanteur préféré de Mitterrand. La musique populaire, c’est quelque chose d’exceptionnel, car elle peut rassembler les électeurs de Macron, de LFI et du RN. Raquel Garrido et Alexis Corbière sont des vrais fans de Sardou, comme Eric Ciotti. Cela leur a d’ailleurs valu le mépris de Mélenchon… Dans leurs discours, les politiques se rattachent souvent à des références populaires communes. Comme la littérature n’est plus une référence partagée, et que le cinéma l’est moins, il reste la chanson.

L’un d’entre nous doit confesser avoir réalisé, grâce à votre livre, que Mistral gagnant de Renaud n’évoque pas le vent provençal, mais un bonbon d’antan…

Cette chanson de Renaud parle de la nostalgie pour une friandise de son enfance – un sachet rempli de poudre qu’on aspire grâce à une paille. L’artiste a puisé dans ses souvenirs pour raconter le temps qui passe. Mais des jeunes qui n’étaient pas nés quand ces "bombecs fabuleux" existaient savent immédiatement que c’est du Renaud. Les premiers mots, "A m’asseoir sur un banc, cinq minutes, avec toi…" parlent à tout le monde et à toutes les générations. Trente ans après sa sortie, un sondage BVA l’a consacrée comme la chanson préférée des Français de tous les temps.

La Route du tube, par Florent Barraco. Perrin, 240 p., 17 €.

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