Emmanuel Macron sur TF1 : quand l'impuissance ne produit que du verbe
Les contradicteurs se succèdent. Les débats s’enchaînent pendant trois longues heures. On y balaie tous les pans de la vie publique, de la crise migratoire à la désindustrialisation du pays. Emmanuel Macron s’est livré ce mardi 13 mai sur TF1 à cet exercice qu’il a tant chéri depuis son arrivée à l’Elysée : un grand oral, destiné à défendre son action comme à démontrer sa compétence technique sur tous les sujets d’actualité. Un président capable de disserter sur l’avenir de Vencorex, entreprise du Pont-de-Claix en liquidation judiciaire, quelle prouesse ! Après tout, le chef de l’Etat s’était libéré de la crise des gilets jaunes avec son "grand débat national", vaste concours d’éloquence dissimulé sous l’apparat démocratique.
Seulement, quelque chose a changé. Un petit rien. Emmanuel Macron, privé de majorité à l’Assemblée nationale, est un président nu. Sans capacité de projection, il s’est d’abord livré à une défense de son action depuis huit ans. A Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT : "On est sorti du chômage de masse. Nous sommes, depuis six ans, le pays le plus attractif d’Europe." A la lobbyiste libérale Agnès Verdier-Molinié, agacée par la création de 200 000 postes de fonctionnaires : "On a reçu quelques coups de butoir depuis 2017 !"
Cette défense du bilan n’a qu’un intérêt relatif : Emmanuel Macron ne peut se représenter dans deux ans. La promotion des réformes entreprises depuis 2017 n’invite pas les Français à lui renouveler leur confiance. Elle semble plutôt destinée à consolider l’héritage du chef de l’Etat, soucieux de son legs au pays.
"Il est obligé de commenter"
Et les deux prochaines années ? Le flou domine. Sur TF1, Emmanuel Macron est relégué au rang de commentateur de luxe de la vie politique nationale. Il ne manque certes pas d’idées. Le président est favorable à l’interdiction des mariages de personne sous OQTF, tout comme il souhaite un accroissement du pouvoir des polices municipales. Il demande enfin au gouvernement de lancer dans les prochaines semaines une "conférence sociale" sur le financement de notre modèle sociale.
Cette litanie de "demandes" ou d’opinions personnelles se heurte à son impuissance : Emmanuel Macron n’a plus d’autorité sur le gouvernement, lui-même contraint par le morcellement de l’Assemblée nationale. Cette paralysie interroge la pertinence d’une si longue intervention, condamnée par essence à ne produire que du verbe. "Sans projection, il est obligé de commenter, note un interlocuteur du chef de l’Etat. Tout cela a un côté existentiel sur le thème : 'coucou je suis là'." Comme un rappel des grands heures du macronisme, quand la parole présidentielle était attendue. En cours d’émission, une cadre Renaissance confie : "On est sur un nouveau SAV du bilan, et des idées sans qu’on ait vraiment de marges pour les concrétiser. J’attends les annonces pour comprendre les objectifs de tout cela."
"Logiquement, un référendum s’impose de soi"
Ces "annonces" sont maigres. Emmanuel Macron est resté flou sur l’organisation de référendums, esquissé dans ses vœux du 31 décembre et principale source de curiosité de l’émission. Un vote sur la fin de vie ? Uniquement en cas "d’enlisement" du texte, alors qu’une majorité semble se dessiner à l’Assemblée nationale. Il évoque ensuite une "consultation multiple", avec "plusieurs référendums en même temps dans les mois qui viennent". Sur quel sujet ? Le chef de l’Etat évoque des réformes "éducatives ou sociales", tout en renvoyant la balle au gouvernement. Curieux usage du référendum.
La volonté de consulter les Français devance ici l’identification d’une réforme à engager. Le véhicule l’emporte sur le fond. Une ministre affichait mardi ses doutes sur la méthode : "Logiquement, un référendum s’impose de soi. Un sujet arrive dans l’atmosphère, il s’impose par référendum." Le raisonnement est ici inverse. Comme si Emmanuel Macron voulait surtout cocher cette case pour compléter son héritage.