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Le général Toufik, l’impitoyable "dieu-espion" de l’Algérie

C’est une confession amère, soufflée à l’oreille de Bernard Bajolet, alors ambassadeur de France à Alger. Son auteur n’est autre que le président Abdelaziz Bouteflika, ce jour-là d’humeur chagrine. "Imaginez-vous que je ne peux pas nommer un préfet, pas un ambassadeur… sans l’accord du DRS, s’épanche-t-il. On me présente une candidature unique, et on me demande de signer !" Nous sommes en 2007. Voilà huit ans, depuis son accession à la magistrature suprême, que Bouteflika subit les oukases d’un homme auquel il doit sa place : Mohamed Lamine Médiène, alias "général Toufik", chef du "DRS", le Département du renseignement et de la sécurité dont la réputation d’Etat dans l’Etat n’est pas usurpée. Héritier de la redoutable Sécurité militaire, le DRS coiffe depuis 1990 les services secrets intérieurs et extérieurs. La légende raconte que Toufik, à sa tête depuis sa création, détient une fiche sur chaque citoyen algérien. Un homme de kompromat sachant tout de tous, secret d’une influence politique et d’une longévité hors normes. En vingt-cinq ans de règne, le maître-espion a vu passer cinq présidents, quasiment autant que John Edgar Hoover, le sulfureux patron du FBI pendant près d’un demi-siècle.

La biographie de Toufik se conjugue au conditionnel tant ce paranoïaque a cultivé le secret autour de lui. Longtemps, son visage est resté un mystère, l’énoncé de son patronyme un tabou. Nom de code : "le Cigare", rapport au faible du général pour les "puros". Le journaliste Saïd Mekbel, opposant à "l’Etat DRS" avant d’être assassiné, le décrit comme "petit et trapu". Quelques clichés de piètre qualité ont fini par fuiter. On y découvre Mohamed Médiène à différents âges, en costume civil, fines montures rectangulaires encadrant un visage sévère.

A l’école du KGB

Né en 1939 en petite Kabylie ou à Alger – selon les versions –, le jeune Médiène rejoint les rangs de l’Armée de libération nationale en pleine guerre d’indépendance. Il y est repéré par le ministère de l’Armement et des Liaisons générales, le service de renseignement des maquisards, ancêtre de la Sécurité militaire, créée en 1962. Recruté par la "SM", il apprend les rudiments du métier en URSS, à l’école du KGB. "Toufik, qui venait du bas peuple, a vite compris que pour monter dans la nomenklatura algérienne, il fallait se taire et se montrer impitoyable", pose Alain Chouet, vétéran de la DGSE qui l’a rencontré.

C’est à Oran que sa carrière bascule. Affecté au grade de lieutenant dans la 2e région militaire sous les ordres de Chadli Bendjedid (futur président de 1979 à 1992), il fait la connaissance d’un influent supérieur : Larbi Belkheir. Le duo voit en Toufik un poulain et accélère son ascension. Passage à la direction de la sécurité de l’armée, détachement à l’ambassade d’Algérie en Libye… Avant de retrouver ses deux mentors au firmament : au palais d’El Mouradia, résidence officielle du président de la République algérienne. Benjdedid est président, Belkheir dirige son cabinet. Toufik devient chef du Département des affaires de défense et de sécurité, qui chapeaute la police, la gendarmerie et la sécurité militaire.

Octobre 1988 : l’Algérie s’embrase. Dans les quartiers populaires de la capitale et d’ailleurs, les voitures et les boutiques brûlent. Le ras-le-bol social lié aux pénuries et à la flambée des prix se double d’une revendication politique, pour en finir avec vingt-six ans de parti unique. Le multipartisme naît sur un bain de sang, après une violente répression. Dans le sillage des émeutes, Médiène accède à la Direction centrale de la sécurité de l’armée, chargée du renseignement militaire. Le marchepied idéal pour le poste de sa vie : le DRS. L’ami Larbi Belkheir et une autre vieille connaissance devenue ministre de la Défense, Khaled Nezzar, propulsent la promotion du général à la tête de ce "Département du renseignement et de la sécurité", né en septembre 1990. Médiène en fera sa créature : sécurité intérieure, renseignements extérieurs, contre-espionnage… Le DRS absorbe tous les services en une superstructure aux sinistres méthodes. "Le général Toufik, c’est un chemin pavé de cadavres, de sang, de complots, d’assassinats et de massacres", charge Habib Souaidia, ancien officier des forces spéciales réfugié en France depuis 2000. A l’aube de la "décennie noire", le service aux trois lettres va prendre une place démesurée.

Toufik l’éradicateur

Ce 26 décembre 1991, pour la première fois de leur histoire, les Algériens se rendent aux urnes pour des législatives pluralistes. A l’issue du premier tour, tout indique que les islamistes du Front islamique du salut (FIS) sont en position de rafler les deux tiers des sièges au second tour, menaçant l’omnipotence du FLN… et donc la survie de régime. Impensable pour le clan des généraux. Toufik, Belkheir, Nezzar et une poignée d’autres haut gradés coupent court au processus électoral au nom de la lutte contre l’intégrisme. Les éléments radicaux du FIS prennent le maquis. L’armée mate à tout-va. La guerre civile démarre. Elle fera au moins 150 000 morts et des milliers de disparus.

Dans la traque des terroristes du Groupe islamique armé (GIA), le DRS joue un rôle trouble, documenté par plusieurs enquêtes et les témoignages d’anciens militaires. Dans son livre, La Sale Guerre (La Découverte, 2001) Habib Souaïdia affirme avoir été témoin de ce double jeu : les services secrets algériens auraient infiltré et manipulé le GIA pour commettre des attaques et les attribuer au FIS. "J’ai vu des militaires barbus enfiler une kachabia [NDLR : tunique traditionnelle berbère] et partir, kalachnikov à la main, mener des attaques sur ordre de leurs supérieurs", assure-t-il aujourd’hui. A l’issue d’une mission conjointe avec Amnesty International en 1997, la Fédération internationale pour les droits humains dénonce un "terrorisme d’Etat".

Maître comploteur, Toufik "l’éradicateur" (le nom donné aux tenants de l’élimination par la force des organisations islamistes) flique l’Algérie entière, place ses indics dans les administrations, les partis politiques, les rédactions, les associations… Partout, les oreilles du DRS écoutent. Les Algériens de la diaspora ne seront pas épargnés. Les intellectuels qui osent critiquer les méthodes de l’armée non plus. Toufik ? "C’est quelqu’un qui tue des gens brillants", lâche le fondateur du quotidien Le Matin, Saïd Mekbel, dans son dernier entretien avec la journaliste Monika Borgmann le 16 décembre 1993 (rendu public dans un livre en 2008). Des "assassinats pédagogiques" destinés à "réveiller les masses", poursuit-il. "Un jour, ce monsieur va décider de tourner la page, de mettre le mot 'Fin' pour moi, c’est tout." Un an plus tard, Saïd Mekbel est abattu de deux balles en pleine tête dans un restaurant de la banlieue d’Alger.

Quand, en 1999, le nouveau président Abdelaziz Bouteflika – dont la candidature avait été parrainée par le chef du DRS – plaide la réconciliation nationale, un nouvel assassinat sape tout espoir. Abdelkader Hachani, principal chef de l’ex-FIS en liberté, est liquidé en plein Alger le 22 novembre. Certains prêtent au clan du "Cigare" ce meurtre, comme celui de l’ancien président Mohamed Boudiaf et de l’ex-chef de la Sécurité militaire Kasdi Merbah. Au procès du meurtre d’Hachani, l’accusé Fouad Boulemia, ancien combattant du GIA, nie en bloc. "Ils m’ont torturé au maximum, vous comprenez ? Puis le général Toufik est venu, il m’a dit : 'Ana Rabha' [NDLR : c’est moi le maître] tu vas voir ce que je vais faire de toi. Accepte de dire que tu as tué Hachani et tu auras quinze ans de prison, tes parents pourront te voir en prison. Sinon je vais t’emmener chez ta mère que je vais éventrer devant toi. C’est moi le général Toufik, Rab Edzayer [le Dieu de l’Algérie]'." Est-ce de là que le général Médiène tient son surnom de "Dieu de l’Algérie" ? Une chose est sûre : au sortir de cette décennie de sang, Toufik s’est taillé une solide réputation. En France, les anciens patrons des "services" n’osent aucune critique. Bien au contraire. "Il a rendu d’éminents services au drapeau français", affirme le patron des renseignements intérieurs de 2007 à 2012, Bernard Squarcini, en référence aux informations partagées sur des profils radicalisés en France. "Toufik était un homme très influent et extrêmement craint", raconte Yves Bonnet, autre ancien directeur de la même maison.

Président bis

Au sommet de l’Etat, il est considéré comme un "président bis", homme de l’ombre, pas mondain pour un sou, fuyant les caméras, toujours. "C’est un personnage qu’on ne voyait jamais, se souvient l’ancien ambassadeur à Alger par deux fois, Xavier Driencourt. Je ne l’ai aperçu que dans des enterrements !" Un autre ancien diplomate l’a rencontré à plusieurs reprises, avec sa casquette de directeur de la DGSE entre 2013 et 2017 : Bernard Bajolet. "J’ai été reçu plusieurs fois par le général Médiène, raconte-t-il. Nous avions des échanges dans le domaine géopolitique, où les analyses algériennes nous intéressaient beaucoup, notamment sur la Libye et le Sahel, où la France était engagée depuis 2013. Un homme fin et intelligent. Mais j’imagine que beaucoup de gens, dans le système, le trouvaient trop puissant. Il avait des dossiers sur tout le monde ! La corruption était telle qu’il n’était pas difficile de rassembler des renseignements sur les principaux dirigeants civils et militaires."

C’est peut-être un ultime excès de zèle qui signera sa perte. Au début des années 2010, le DRS ouvre une série d’enquêtes spectaculaires sur des affaires de corruption impliquant le groupe pétro-gazier public Sonatrach. Dans le viseur, l’ancien patron de la société, Chekib Khellil, un ami d’enfance du président. A l’été 2013, la justice algérienne lance un mandat d’arrêt international contre lui. Bouteflika n’aurait pas digéré l’affront. A moins que ce ne soit l’hostilité – présumée - de Toufik à un quatrième mandat du chef de l’Etat ? Toujours est-il que la période coïncide avec les débuts de l’opération "effeuillage" du DRS. Comprendre : le démantèlement progressif de ce cabinet noir. Elle se solde, en 2015, par le limogeage du "Dieu de l’Algérie", "admis à la retraite". Quatre ans plus tard, l’octogénaire gravit les marches du tribunal militaire de Blida. L’accusé, cette fois, c’est lui. D’avoir fomenté "un complot contre l’Etat et l’autorité de l’armée" en plein soulèvement populaire du hirak, au printemps 2019, de concert avec le frère de Bouteflika. Condamné à quinze ans de prison, il est acquitté en cassation, après quelques mois derrière les barreaux. Retiré des affaires, le vieux sphynx continue à "consulter" dans sa villa d’Hydra, sur les hauteurs d’Alger. "Il a des relais partout", confie un connaisseur du sérail. A commencer par cet ancien compagnon de route durant les années 1990, connu lui aussi pour ses méthodes expéditives contre le GIA… Un certain Abdelkader Haddad, dit "Nacer El Djinn", patron des renseignements intérieurs.

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