Suppression du Hcéres : cette alliance entre le RN et LFI qui pose question
L’examen de la loi de simplification économique à l’Assemblée nationale début avril a recelé son lot de surprises. A commencer par la suppression du Haut Conseil de l’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche (Hcéres), à la suite d’un amendement voté grâce aux voix du Rassemblement national (RN) et de La France insoumise, ainsi que des Verts. La représentation nationale souhaite-t-elle vraiment confirmer ce choix lors des prochaines étapes du processus législatif (fin de l'examen du texte à partir du vendredi 29 mai, vote solennel dans la foulée, et probablement une discussion en commission mixte paritaire dans les semaines suivantes) ?
Cette instance, peu connue du grand public, a pour objectif d'évaluer l'ensemble du dispositif public d'enseignement supérieur et de recherche, laboratoires comme universités et organismes scientifiques. Le Hcéres était le successeur d'une agence mise en place en 2007 sous la présidence de Nicolas Sarkozy, avec les mêmes objectifs. Ses avis sont adossés à des critères stricts, qui évitent l'arbitraire et la complaisance, mais qui sont aussi source de bureaucratie et de lourdeurs administratives.
Populisme et arbitraire
Si les deux grands partis populistes français ne mettent pas en avant les mêmes arguments, leur alliance contre une autorité indépendante interroge. Le RN, en particulier, propose de donner au ministère, c’est-à-dire à l’exécutif, ce pouvoir d’évaluation. La situation américaine, où le président Donald Trump met en difficulté de nombreuses universités et contraint à la disparition de pans entiers de travaux scientifiques, montre à quel point renoncer à tout contre-pouvoir et à une évaluation indépendante pourrait poser problème, dans le cas où un gouvernement populiste sortait un jour des urnes dans notre pays.
Abondamment critiquées, l’action et les méthodes du Hcéres, trop chronophages et déconnectées de la réalité des structures évaluées, sont très certainement largement perfectibles, et sa nouvelle présidente, la chercheuse Coralie Chevallier, entend d'ailleurs bien mener les réformes nécessaires. En revanche, le principe même de l'existence de cette structure en tant qu’autorité publique indépendante devrait être à tout prix défendu.