En Allemagne, le pari ambitieux (et risqué) de Friedrich Merz face à la menace russe
On le surnomme déjà "Frédéric le Grand". Pour sa taille (1,98 mètre) mais aussi pour son "trésor de guerre". En obtenant, ce mardi 18 mars, le feu vert du Bundestag pour un endettement sans limite dans le domaine de la défense, Friedrich Merz peut désormais dépenser sans compter pour réarmer et moderniser le pays, et rompre avec des décennies de rigueur budgétaire.
Il n’est pas encore chef d’un gouvernement, il n’a pas encore de coalition, mais Friedrich Merz promet déjà de devenir le chancelier "le plus cher de l’histoire". Un coup d’accélérateur historique réalisé grâce à un accord à l’arraché obtenu auprès de ses futurs alliés sociaux-démocrates (SPD), qu’il avait traité de "dépensiers" pendant la campagne, mais surtout auprès des écologistes, qualifiés, eux, de "crétins". Merz a amadoué les Verts en leur promettant 100 milliards d'euros pour le climat et l’inscription dans la constitution la neutralité climatique de l’Allemagne en 2045. Il a eu par ailleurs l'habileté de convoquer l’assemblée fédérale sortante pour obtenir la majorité nécessaire des deux tiers des voix. Avec le prochain Bundestag, qui se constitue le 25 mars, Merz aurait été un "roi nu" avec des extrêmes qui détiendront une minorité de blocage pour cette réforme constitutionnelle. Ce tour de passe-passe parlementaire permet à Merz de lancer un fonds spécial de 500 milliards d’euros pour moderniser les infrastructures du pays délaissées sous l’ère Merkel.
L’ex-garant de la discipline réussit surtout l’exploit de supprimer le sacro-saint "frein à la dette" pour les dépenses d’armement. Face à la menace russe et à la fin de la protection militaire des Etats-Unis, l’Allemagne ne peut selon lui plus se dérober à ses responsabilités, en continuant à se retrancher derrière Washington et Paris avec sa "diplomatie du chéquier". Pays le plus peuplé et première économie d’Europe, elle se doit s’assurer le leadership, estime le futur chancelier, qui veut se donner les moyens de ses ambitions. Il pourra acheter sans limite des chars, des drones ou des avions de chasse, construire des casernes, recruter des soldats pour la Bundeswehr (armée). "Quoi qu’il en coûte", a-t-il martelé. Les experts chiffrent à plus de 1000 milliards les besoins d’investissements dans l’armée (deux fois le budget fédéral allemand) pour que l’Allemagne soit "capable de mener une guerre", selon l’expression de Boris Pistorius, l’actuel (et probable futur) ministre social-démocrate de la Défense.
Le pari n’est pas sans risque
La facture sera élevée. Le vote de ce mardi pourrait faire grimper la dette de plus de 1500 milliards dans les douze prochaines années (un plan d'investissement sur trois législatures). L’Allemagne devrait néanmoins rester dans la moyenne de la zone euro matière d'endettement passant de 60 % à 90 % du PIB, loin derrière son voisin français qui dépasse déjà les 110 %. "L’Allemagne a encore de la marge", tempère l’Institut de recherche économique de Berlin (DIW).
Le pari n’est pas sans risque. Friedrich Merz aura quatre ans pour convaincre les électeurs du bien-fondé de son revirement politique à 180°. Pour l’instant, il a le soutien de la population. Les milieux économiques sont satisfaits de ce sursaut, alors que l’Allemagne vient de subir deux années de récession. Les partenaires européens, la bourse, les agences de notations et même les ONG saluent son plan d’investissement massif.
Mais l’extrême droite prorusse, qui vise la chancellerie en 2029 et va doubler le nombre de ses députés sur les bancs du Bundestag, ne manquera pas de mener campagne sur le thème du "mensonge" et de la "trahison".