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"On ira jusqu'au bout" : dans les rues de Clermont-Ferrand, la radicalité assumée d'une jeunesse déterminée

Les cortèges convergent à deux pas de la place du 1er-Mai, à Clermont-Ferrand, quand un retraité attrape le bras de Jade, 18 ans. Dans un large sourire, il lui envoie : "On est là pour vous, on ne va rien lâcher." La voix cassée, elle le rassure : "On prend le relais, on ne lâchera rien non plus". L'étudiante en prépa commerce ne rate pas une manifestation. Selon elle, le gouvernement s'est mis "la jeunesse à dos", provoquant une colère telle que "les mobilisations sauvages vont se multiplier". 

Blocage de lycées et de la fac de lettres, à l'aube

La journée a commencé tôt, jeudi 23 mars. À l'aube, des lycéens ont bloqué les établissements Blaise-Pascal et Jeanne-d'Arc puis, à 7 heures, le site Gergovia de la faculté de lettres est devenu le lieu de rendez-vous des étudiants, enseignants et personnels. Moins engagée au début de la lutte contre la réforme des retraites, la jeunesse semble décidée à élargir les rangs du mouvement.Photo Thierry Nicolas

Présents dès la première heure, les Jeunes communistes constatent cette évolution. "Ils sont nombreux à nous avoir rejoints, alors qu'ils n'avaient pas forcément la culture de la lutte. C'était spontané." Après un comité de mobilisation, décision a été prise de bloquer le site universitaire. Une réussite que savoure le groupe : "C'était une nécessité, aujourd'hui, il y a une haine viscérale de ce qui se passe". 

Les mots sont durs, mais ils résonnent tout au long du cortège en route pour rejoindre le reste des syndicats. Laura et Ninon, des JC, avancent et savourent ce début de journée réussi. "On sent que ça se renforce et le comportement de la police y contribue", partagent-elles.

Une semaine après le 49.3 déclenché par le gouvernement pour faire passer la réforme des retraites, se pose la question de la suite de la mobilisation. Ce jeudi sera-t-il un baroud d'honneur ou une nouvelle étape ? Les deux jeunes femmes penchent pour la deuxième option :

"Les actions vont continuer. On a un peu peur des débordements, mais on a manifesté pacifiquement pendant deux mois et ça ne fonctionne pas."

Dans ce contexte de plus en plus éruptif, la voie de la radicalité ne fait plus peur à personne. Et apparaît désormais comme la plus directe vers une victoire. "On ne la craint pas, assure-t-on côté communiste, les gens n'en peuvent plus donc on ne peut pas l'empêcher. Les débordements doivent arriver, on est dans une colère populaire et explosive."

Le 49.3 a ouvert la voie vers la radicalité

Militant à l'Unef, très présent sur Twitter sous le pseudo Vilain Syndicaliste, cet étudiant clermontois abonde. Pour lui, il est possible que le mouvement se durcisse. "On n'a plus que ça", avance-t-il, drapeau en main. Cela passe par davantage d'actions non déclarées ou sauvages. Si le spectre d'une démobilisation l'inquiète, il caresse l'espoir d'un sursaut, conforté par cette matinée. "Il n'y a jamais eu autant de jeunes (depuis le début de mobilisation anti-réforme, NDLR.), se félicite-t-il. Ils deviennent de plus en plus radicaux dans leur façon de penser, c'est une bonne chose."Photo Thierry Nicolas

Le 49.3 a ouvert une brèche. Le retrait de la réforme n'est plus la seule revendication ; le temps de travail, la hausse des salaires, le climat, le coût de la vie sont autant de flèches lancées à l'exécutif. La lutte contre l'extrême droite est un autre carburant. "Ils s'attaquent aux étudiants, dénonce un jeune homme du bord opposé. On combat le fascisme, donc on est là. Ils n'ont pas leur place ici.

Les antifas face à l'extrême droite

Au milieu du cortège des jeunes, un groupe d'antifas veille au grain. Révolutionnaires et anti-capitalistes, ils forment un groupe d'une quinzaine depuis un an. "On s'est réuni à cause de la montée de l'extrême droite et la violence qu'elle génère, confie un membre, masqué. On est là pour protéger de ceux qui veulent tabasser."

Menaces, tags racistes, violences : l’offensive de l’extrême droite atteint des niveaux inédits à l’université de Clermont

Souvent ciblés, les militants de l'Unef avancent, en tête des jeunes. "C'est une mobilisation réussie, se réjouit Maé, c'est une nouvelle étape. Oui, il y a de la radicalisation, il faut montrer que ce n'est pas fini. On sera de tous les mouvements, tous les rassemblements." À commencer par celui de la préfecture, ce jeudi soir, à 18 heures.

Malik Kebour

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